Le temps des victimes. Où en sommes-nous aujourd'hui de notre compréhension du processus de victimisation ?

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Le temps des victimes.  Où en sommes-nous aujourd'hui de notre compréhension du processus de victimisation ?

Le temps des victimes.

Où en sommes-nous aujourd'hui de notre compréhension du processus de victimisation ?

 

Définition. Victimisation: le fait d'être considéré , et/ou, de se considérer comme ayant subi un dommage d'un acte ou d'un phénomène.

On parle de "double victimisation" quand la victime est rendue injustement responsable du dommage subi, ( "victim blaming")

 

Que l'on corresponde à la première ou à la deuxième partie de cette définition, le statut de victime véhicule une image peu valorisante. Le mot "victime" est souvent entaché de passivité. D'autres vocables conviennent parfois mieux: rescapé, survivant, résiliant ... (pour ne parler que des vivants ). Il semble que la principale réticence à endosser l'habit de victime, notamment au niveau individuel, soit la crainte d'une perte d'estime sociale.

 

Quelques pistes pour alimenter la réflexion: 

 

-Le discours concernant les situations de victimisation est souvent paradoxal. Ainsi une enquête révèle que les vétérans ayant participé à des essais nucléaires en Algérie dans les années soixante , d'une part se montrent très fiers d'avoir participé "à une grande oeuvre nationale" et, d'autre part réclament un statut de victimes pour être indemnisés quant aux maladies qui peuvent découler de ces essais.

-L'éventail des causes de victimisation est extrêmement large: agressions, catastrophes, guerres, terrorisme, racisme, rejet social ....

-On peut aussi être traité différemment , alors que l'on a subi le même dommage, selon que l'on est une victime de ce que l'on est, ou de ce que l'on fait. (v. le décalage dans la perception que l'on avait des rescapés des camps de la mort, suivant qu'ils étaient résistants, ou alors juifs, tziganes, homosexuels ... )

 

-Le sentiment d'être victime (mais aussi l'étiquette qu'on vous "colle" peut-être contre votre gré) ne peuvent être dissociés de nombre d'affects, parfois antinomiques, tels que le sentiment de dignité, le besoin de reconnaissance, la honte, la culpabilité ...

En face, chez le "victimiseur", on trouve le sens de la justice, la compassion ... aussi bien que l'exploitation politique ou mercantile.

-On oublie aussi que, dans les sociétés pourvues d'un système judiciaire digne de ce nom, la revendication du statut de victime est une alternative à la vengeance (crimes d'honneur, etc...)

On est actuellement bien loin du mythe de la grandeur héroïque qui a prévalu tout au long de l'histoire des peuples.

 

-Il arrive que l'identité de victime soit revendiquée par des communautés entières qui exigent des droits spécifiques, par exemple les revendications liées à la colonisation, utilisées ça et là à des fins électorales. Et la reconnaissance des dommages infligés aux victimes par une nation, ou un Etat, peut susciter des controverses sans fin.

Parfois la "concurrence victimaire" n'est pas loin: ne s'est-on pas battu jusqu'au sommet de l'Etat pour occuper la première place dans la course à la victimisation !

 

Il faut mentionner en outre la culture de l'excuse qui, poussée dans ses extrêmes, n'est pas loin de gratifier du statut de victime ... un terroriste: l'école, la société ne lui auraient pas donné sa chance"!

 

Questions:

 

- A quel prix assume-t-on le statut de victime?

 

- Comment devient-on une victime? Par quel processus réalise-t-on que l'on est une victime?

 

- Les victimes ne constituent-elles pas un bon fonds de commerce pour les médias?

 

- Y a-t-il des victimes "honorables" et des victimes "déshonorées" ?

 

- Une communauté, un groupe social doivent-ils recourir à la victimisation pour se faire reconnaître?

 

- "La victime aurait-elle un statut sacré, serait-elle une version laïcisée des martyrs et des saints?" (Erner:

La société des victimes. )

 

Ressources (en construction, les liens seront créés jeudi 7 mars). 

- La délicate fabrique des victimes. France Culture. La suite dans les idées.

- Les effets pervers de la victimisation. Sciences humaines.

- La logique victimaire entraîne-t-elle de nouvelles inégalités? France Culture.

- La victimisation: tout un art. France culture. (3 min.)

- Violence et victimisation. OpenEdition
- Jean-Michel Chaumont. La concurrence des victimes. L'Erudit.

 

Forum ici.

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