Peut-on ne pas se néantiser ? (Sartre)

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Peut-on ne pas se néantiser ? (Sartre)

Peut-on ne pas se néantiser ?

Du point de vue de Sartre, la constitution de notre être psychique est telle que nous ne pouvons que nous "néantiser", autrement dit, passer par un néant, en assumer éventuellement les conditions, pour enfin se reconnaître, mais seulement commme un "paraître". Alors, posons la question : sommes-nous tenus de nous néantiser, peut-on échapper à notre néant ?

Qu'est-ce qu'évoque pour vous cette notion de néant ?

 

Extraits de texte sur lequel s'appuyer

"Le néant est ce trou d’être, cette chute de l’en-soi vers le soi par quoi se constitue le pour-soi. Mais ce néant ne peut «être été » que si son existence d’emprunt est corrélative d’un acte néantisant de l’être. Cet acte perpétuel par quoi l’en-soi se dégrade en présence à soi, nous l’appellerons acte ontologique. Le néant est la mise en question de l’être par l’être, c’est-à-dire justement la conscience ou pour-soi."

 Sartre. L’être et le néant. 1943. (2ème partie, chap. II. page 136)

 

L'extrait est technique, mais ci-desous, des éléments pour le comprendre (tous les extraits proviennent de L'être et le néant).

> Le point de départ du questionnement de Sartre : 

- "Nous pouvons rejeter le dualisme de l'apparence et de l'essence. L'apparence ne cache pas l'essence, elle la révèle : elle est l'essence.

- Si l'essence de l'apparition est un "paraître" qui ne s'oppose plus à aucun être, il y a un problème légitime de l'être de ce paraître." (Intro, chap I)

 

Pourquoi y a-t-il un problème ?

- L'être premier que nous rencontrons dans nos recherches ontologiques, c'est donc l'être de l'apparition.

>> Pourtant, il convient de poser à toute ontologie une question préalable : le phénomène d'être ainsi atteint est-il identique à l'être des phénomènes, c'est-à-dire : l'être qui se dévoile à moi, qui m'apparaît, est-il de même nature que l'être des existants qui m'apparaissent ? (Intro. chap II)

 

Comment se pose le problème ?

- Mais l'être n'est ni une qualité de l'objet saisissable parmi d'autres, ni un sens de l'objet. L'objet ne renvoie pas à l'être comme à une signification : il serait impossible, par exemple, de définir l'être comme une présence - puisque l'absence dévoile aussi l'être, puisque ne pas être là, c'est encore être. L'objet ne possède pas l'être, (...) Il est, c'est la seule manière de définir sa façon d'être ; car l'objet ne masque pas l'être, mais il ne le dévoile pas non plus"

- L'existant est phénomène, c'est-à-dire qu'il se désigne lui-même comme ensemble organisé de qualités. Lui-même et non son être. L'être est simplement la condition de tout dévoile­ment : il est être-pour-dévoiler et non être dévoilé. (Intro. chap II)

 

Pourquoi le questionnement s'impose ? 

- A coup sûr, je puis dépasser cette table ou cette chaise vers son être et poser la question de l'être-table ou de l'être-chaise. Mais, à cet instant, je détourne les yeux de la table-phénomène pour fixer l'être-phéno­mène, qui n'est plus la condition de tout dévoilement - mais qui est lui-même un dévoilé, une apparition et qui, comme telle, a à son tour besoin d'un être sur le fondement duquel il puisse se dévoiler.

Si l'être des phénomènes ne se résout pas en un phénomène d'être et si pourtant nous ne pouvons rien dire sur l'être qu'en consultant ce phénomène d'être, le rapport exact qui unit le phénomène d'être à l'être du phénomène doit être établi avant tout. (Intro. Chap. II)

- Ce qui est impliqué par les considérations qui précèdent, c'est que l'être du phénomène, quoique coextensif au phénomène, doit échapper à la condition phénoménale - qui est de n'exister que pour autant qu'on se révèle - et que, par conséquent, il déborde et fonde la connaissance qu'on en prend. (Intro. Chap. II)

 

Quelques définitions du vocabulaire sartrien : 

- L'en-soi : c'est l'être du phénomène agissant, mais non conscient de lui.

> Exemple : J'ai conscience (de) courir après le tram, bien que je ne me dise pas : je cours après le tram. Je suis dans "l'en-soi".

- Le pour-soi : C'est la conscience réfléchissant l'en-soi. Cette conscience se vit "toujours" comme en manque (on se pose des questions, on a des limites, on a des besoins, le monde lui-même a ses limites). Le "pour-soi" est présence à "l'en-soi" sur le mode de la distance (il interprète ce qu'il perçoit de l'en-soi, et par là-même, il le néantise).

 

Ressources :

L'être et le néant. Sartre. Téléchargeable sur ce blog : A.E.Z.E.N

Les excellents cours d'Annick Stevens de l'UP Marseille.

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