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SUJET: Faut-il réaliser tous ses fantasmes ? Proposé par Karine pour lundi 21.11.2016 + un compte-rendu + un schéma

Faut-il réaliser tous ses fantasmes ? Proposé par Karine pour lundi 21.11.2016 + un compte-rendu + un schéma il y a 3 ans 10 mois #1

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Faut-il réaliser tous ses fantasmes* ?
Une proposition de Karine Treuillet

Mots connexes : désir, rêve, illusion, obsession, fiction, scenario, déception, interdit, censure

Définition proposée :
Du grec fantasma : apparition, vision, songe, spectre, fantôme
Scénario imaginaire, fiction que le sujet se raconte où il est présent lui-même ; ce scénario imaginaire représente l’accomplissement d’un désir (avec une déformation produite par la censure et les processus défensifs)
Le fantasme est une activité psychique qui s’analyse en un scénario imaginaire où le sujet est présent comme un acteur, soit en tant que spectateur. Celui qui fantasme peut y intégrer des personnes plus ou moins familières bien que bien que non nécessairement reconnues comme telles. Le fantasme figure, de façon plus ou moins déformée par les mécanismes de défenses, l’accomplissement d’un désir inconscient. Il est une forme d’activité de pensée soumise au principe de plaisir, comme le sont le rêve et l’hallucination.

La définition d'un philosophe :
Kant : « Avant que l’artiste puisse présenter une forme physique, il doit l’avoir fabriquée dans l’imagination, et cette forme est alors une invention qui, si elle est involontaire, comme dans le rêve, s’appelle ‘fantasme’ et n’appartient pas à l’artiste »

Citations :
« La société se tourne vers une forme de bonheur, où chacun a la possibilité de réaliser et d’exprimer ses désirs, ses rêves et ses fantasmes, voire de les exhiber sans restrictions majeures » (cf l’Homme sans gravité de Charles Melman)
« Je voulais encore une fois revivre, pour en jouir rétrospectivement, bribe par bribe, ces émotions fugitives, grâce à cette façon magique de se tromper soi-même que nous appelons le souvenir » (24 heures de la vie d’une femme – Stefan Zweig)

Questions proposées :
- Le fantasme est-il un faussaire, un falsificateur ?
- Le fantasme est-il conatus ? (Principe selon lequel l'élan de toute chose tendrait à se préserver dans son être, et à se développer, selon Spinoza).
- Que dit le fantasme de l’Homme ? dit-il que l’Homme n’est pas adapté à la réalité ?
- Il existe dans l’esprit une tendance irrépressible à produire des images dont la fonction est de nature hallucinatoire, comme dans les rêves nocturnes ; alors se pose le problème redoutable : De quelle liberté disposons-nous face à la toute puissance de l’esprit et du fantasme ?
- Le fantasme est-il la solution la plus rapide et sans conséquence de réaliser ses désirs ?
- Le fantasme nous sauve-t-il de l’insignifiance ?
- Le fantasme est-il un mécanisme de défense ? Ce mécanisme de défense est-il fondamentalement lié à la fonction première du fantasme, à savoir la mise en scène du désir, mise en scène dans laquelle l’interdit se trouve toujours dans la position même du désir ?
- N’est-il pas préférable de ne pas fantasmer, d’accepter la réalité afin de ne pas souffrir de la déception.

Liens :
- Théorie sur le fantasme de M. Fouchez, psychologue.
- Fantasme, le point de vue de Ethel S. Person, psychiatre, dans Sciences Humaines.
- Le blog de Guy Karl.

A écouter sur France Culture
- Enquête sur la pornographie. Mathieu Tracham, sociologue dans La suite dans les idées.
- Lacan, le désir dans tous ses états. Clotilde Leguil et Jacques-Alain Miller invités des Nouveaux Chemins de la Connaissance.

*Nous n’enfermerons pas le sujet en traitant uniquement les fantasmes sexuels
Dernière édition: il y a 3 ans 9 mois par René G..
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Faut-il réaliser tous ses fantasmes ? Proposé par Karine pour lundi 21.11.2016 il y a 3 ans 9 mois #2

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Compte-rendu de certaines problématiques discutées lors de notre débat
Faut-il réaliser tous ses fantasmes

Ambiance
- Plus d'une trentaine de personne était présente.
- Les participants adoptent bien une posture de recherche, ce qui est intéressant pour la construction du débat.

Quelques éléments du débat
Il y a certes la polysémie du mot fantasme qui demande à être clarifié :
- Utilise-t-on le terme dans le sens commun de certaines expressions comme : "Arrête de fantasmer", pour signifier simplement « arrête de rêver » ? Dans ce cas, on parle de nos "souhaits", il s'agit d'une invitation à revenir à plus de réalité.
- Et il y a le sens psychanalytique du terme. Le fantasme fait alors référence à des structures profondes du psychique, lesquelles ne se dévoileraient jamais, sous peine de mettre en danger notre santé psychique, le "sentiment de soi" (la cohérence du sentiment de son identité). De ce point de vue, par exemple, si vos « vrais » fantasmes se révélaient à vous, vous ne le supporteriez pas. Dans la même idée, des délires psychotiques, qui peuvent ponctuellement submerger la conscience, ont parfois pour cause la prise d’une drogue, laquelle a eu précisément pour effet d’affaiblir les structures du refoulement du psychique.
Entre ces deux points de vue, d'une part, les fantasmes désirés, conscients et, d'autre part, les fantasmes inconscients, protecteurs des structures du psychisme, il y a une notion « relativiste » du fantasme. Mais ce caractère "relatif" nous empêche de nous positionner clairement à son propos : si des fantasmes vous viennent à la conscience, c’est qu’ils ne sont que des désirs fantastiques (imaginaire plus ou moins débridé, plus ou moins tabous), mais dans ce cas, ils ne proviendraient pas des structures profondes du psychique.
En fait, c’est comme si les choses se présentaient ainsi : avec des zones conscientes, semi-conscientes (intermédiaires) et inconscientes (fantasmes interdits dans l'absolu). Cette représentation s'apparente à la structure du cerveau qui s'étage sur 3 niveaux :
1° Le cortex, zone de l'intelligence cognitive
2° Le limbique : zone de la mémoire émotionnelle
3° Le reptilien : zone de l 'agmydale, gestion des peurs et de l'instinct.
> Si le schéma ci-dessous n'est pas net, cliquer ici pour l'ouvrir

Par rapport au schéma :
Il est fort possible que se distinguent 3 zones de conflits-négociations avec soi-même
- 1° une zone consciente entre mon intérêt personnel et celui des personnes que j'aime (l'empathie)
- 2° une zone du ressenti entre les fantasmes que j'estime socialement acceptables et ceux qui ne le sont pas.
- 3° une zone plus profonde entre des pulsions denses à tendance destructrices, regressives... qui elles, peut-être, demandent à être ré-orientées (en terme d'énergie, de volonté, d'intention, de conscience) vers des perspectives délibérément positives.

Pour l'instant, nous aurions un début de réponse à la question : faut-il réaliser tous ses fantasmes ?
Réponse : Oui, dans la mesure où ils ne menacent pas notre structure psychique.
En effet, il a été avancé que, s'approcher de nos fantasmes, de pressentir la possibilité de les vivre, nous permettrait de mieux nous connaître, de percevoir avec plus acuité les ressorts du désirs, et la distance qui les sépare de la réalité.

Mais d'autres problèmes se font jour.
Il y a les fantasmes qui viennent de soi, et il y a ceux qui nous sont suggérés par les autres. Par exemple; DSK incarne probablement un type de personnage qui vit ses fantasmes, et fait fantasmer : riche, beaucoup de pouvoir, une double vie, une sexualité fantastique.
Or qui, ayant autant de "pouvoir" souhaiterait réaliser les mêmes fantasmes que lui ? Théoriquement, beaucoup de personnes, mais en réalité, elles ne seraient pas aussi nombreuses : les fantasmes suggérés par les autres, ne sont pas les nôtres.
> Quand bien même réaliserions-nous de tels fantasmes (ou quelque chose d'apparenté), qu'aurions-nous vraiment de plus dans notre vie ?
> Qu'arrive-t-il à ses personnes qui réalisent leurs "délires" de toute puissance ? L'arrogance qu'elles affichent est pathétique, et les phobies qui les assaillent, pitoyables. (Outre leur cruauté, les dictateurs illustrent bien le ridicule de cet état.)
> Enfin, certains de nos fantasmes semblent avoir pour origine le fait que nous ne sommes pas "nous-même". Nous nous plaisons à apparaître de telle ou de telle façon dans le regard d'autrui ; on s’obligerait par la suite à satisfaire à cette "image" (un rôle public, une apparence qui nous enfermerait dans une contenance singée). Mais est-ce là des fantasmes, ou une manière névrosée de vivre sa vie ?
> Le fantasme est-il le produit "immature" du psychique d'un individu qui ne parvient pas suffisamment à être lui-même, à être en cohérence avec lui-même ?
> Enfin, il y a ce que le fantasme dit de "moi" dans mon rapport à "l'autre". Fondamentalement, il est possible que nous "rêvions" de réduire autrui à "l'objet" de nos désirs : que l'autre soit, au moins l'espace d'un instant, la parfaite incarnation de ce que nous voulons qu'il soit, que nous puissions en jouir totalement, et sans effet de retour, sans conséquence pour soi-même. Il semble que nous revenons là au désir de toute puissance du bébé : il ne peut supporter de voir sa maman s'éloigner de lui, et tout son être réclame de l'avoir toute pour lui, uniquement pour lui.

Sur le plan philosophique
- La fantasme peut être ressenti comme une puissance d'exister, comme un "conatus" (selon Spinoza, l'élan de toute chose qui tend à se préserver dans son être, et à se développer). Ecartons les anachronismes, selon l'éthique de Spinoza, on pourrait penser que le fantasme est une étape conduisant vers la joie, les béatitudes : le principe premier nous unifiant à Dieu et à toutes les créatures (selon Spinoza). Mais nous l'avons vu, selon un point de vue plus récent de la psychologie, le fantasme est plutôt un construit secondaire de notre psychique, une interface nous protégeant des structures les plus profondes de notre identité. De ce point de vue, les fantasmes ne sont pas un chemin menant directement vers un plein accomplissement de soi.
- Selon Kant : "Traite toujours autrui comme une fin et jamais seulement comme un moyen ". C'est-à-dire, ne réduis pas autrui à un objet (un moyen) pour parvenir à tes fins (ne l'instrumente pas). Autrui est à lui-même sa propre fin. De ce point de vue, autrui est souverain, il est un égal à toi-même, un représentant de l’humanité. Respecte-le en tant que tel, il n'est pas le produit de ton fantasme.

Conclusion
A la question : faut-il réaliser tous ses fantasmes ?
Réponse :
- Oui, dans la mesure où ils ne menacent pas notre structure psychique, car ils permettent de se révéler à soi-même, et de mieux distinguer les rapports entre soi et la réalité des autres.
- Non, si nos fantasmes conduisent aux mépris d'autrui, à ne pas respecter l'humanité en l'autre, à abuser de son pouvoir sur les autres, à ne pas reconnaître la vulnérabilité des gens.
- Encore non, si nos fantasmes entretiennent une structure névrosée de notre psychique, c-à-d. qu'ils permettent précisément de se maintenir dans une fuite à soi-même, et de ne jamais prendre en compte son manque d'intégrité, de ne jamais répondre à un accomplissement plus profond de soi.

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