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SUJET: Le despotisme résulte-t-il de notre égoïsme de masse ? (Tocqueville). Sujet pour lundi 07/01/2019

Le despotisme résulte-t-il de notre égoïsme de masse ? (Tocqueville). Sujet pour lundi 07/01/2019 il y a 2 mois 2 semaines #1

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Le despotisme résulte-t-il d'un égoïsme de masse ?

Définitions :
Despote : du grec despotes, c'est le seigneur d'une chose de laquelle il peut dire : ceci est mien.
> Par la suite, prince qui gouverne avec une autorité arbitraire et absolue.
> Par extension, personne qui s'arroge une autorité tyrannique. Celui ou celle qui abuse de son autorité avec ruse ou violence, ou les deux.

Egoisme : du latin ego, je ou moi.
Par la suite, attention portée exclusivement sur ses préoccupations, ses intérêts propres.
Par extension, intérêt qui se fait au détriment de l'intérêt des autres, au détriment d'une attention tournée vers les autres.

L'égoîsme massifié fait référence à la doctrine de l'intérêt bien entendu. C'est l'idée selon laquelle, dans un monde d'individus, l'intérêt pour soi fait l'intérêt de tous. (Voir ici la doctrine de l'intérêt bien entendu selon Tocqueville)

Démocratique. Du grec demos : peuple. Cratie : pouvoir.
Adjectif, qui vient du peuple. Pouvoir/Constitution par lequel un peuple élit ses représentants.

C'est un extrait de texte ci-dessous de Tocqueville qui m'inspire notre sujet. Tocqueville dont on dit qu'il fut un visionnaire pour notre époque, et pour les démocraties en général.

Extrait : De la démocratie en Amérique/Édition 1848/Tome 3/Deuxième partie/Chapitre 14
Comment le goût des jouissances matérielles s’unit, chez les américains, à l’amour de la liberté et au soin des affaires publiques

Il y a, en effet, un passage très périlleux dans la vie des peuples démocratiques.
Lorsque le goût des jouissances matérielles se développe chez un de ces peuples plus rapidement que les lumières et que les habitudes de la liberté, il vient un moment où les hommes sont emportés et comme hors d’eux-mêmes, à la vue de ces biens nouveaux qu’ils sont prêts à saisir. Préoccupés du seul soin de faire fortune, ils n’aperçoivent plus le lien étroit qui unit la fortune particulière de chacun d’eux à la prospérité de tous. Il n’est pas besoin d’arracher à de tels citoyens les droits qu’ils possèdent ; ils les laissent volontiers échapper eux-mêmes. L’exercice de leurs devoirs politiques leur paraît un contretemps fâcheux qui les distrait de leur industrie. S’agit-il de choisir leurs représentants, de prêter main-forte à l’autorité, de traiter en commun la chose commune, le temps leur manque ; ils ne sauraient dissiper ce temps si précieux en travaux inutiles. Ce sont là jeux d’oisifs qui ne conviennent point à des hommes graves et occupés des intérêts sérieux de la vie. Ces gens-là croient suivre la doctrine de l’intérêt, mais ils ne s’en font qu’une idée grossière, et, pour mieux veiller à ce qu’ils nomment leurs affaires, ils négligent la principale qui est de rester maîtres d’eux-mêmes.
Les citoyens qui travaillent ne voulant pas songer à la chose publique, et la classe qui pourrait se charger de ce soin pour remplir ses loisirs n’existant plus, la place du gouvernement est comme vide.
Si, à ce moment critique, un ambitieux habile vient à s’emparer du pouvoir, il trouve que la voie à toutes les usurpations est ouverte.
Qu’il veille quelque temps à ce que tous les intérêts matériels prospèrent, on le tiendra aisément quitte du reste. Qu’il garantisse surtout le bon ordre. Les hommes qui ont la passion des jouissances matérielles découvrent d’ordinaire comment les agitations de la liberté troublent le bien-être, avant que d’apercevoir comment la liberté sert à se le procurer ; et, au moindre bruit des passions publiques qui pénètrent au milieu des petites jouissances de leur vie privée, ils s’éveillent et s’inquiètent ; pendant longtemps la peur de l’anarchie les tient sans cesse en suspens et toujours prêts à se jeter hors de la liberté au premier désordre.
Je conviendrai sans peine que la paix publique est un grand bien ; mais je ne veux pas oublier cependant que c’est à travers le bon ordre que tous les peuples sont arrivés à la tyrannie. Il ne s’ensuit pas assurément que les peuples doivent mépriser la paix publique ; mais il ne faut pas qu’elle leur suffise. Une nation qui ne demande à son gouvernement que le maintien de l’ordre est déjà esclave au fond du cœur ; elle est esclave de son bien-être, et l’homme qui doit l’enchaîner peut paraître.
Le despotisme des factions n’y est pas moins à redouter que celui d’un homme.
Lorsque la masse des citoyens ne veut s’occuper que d’affaires privées, les plus petits partis ne doivent pas désespérer de devenir maîtres des affaires publiques.
Il n’est pas rare de voir alors sur la vaste scène du monde, ainsi que sur nos théâtres, une multitude représentée par quelques hommes. Ceux-ci parlent seuls au nom d’une foule absente ou inattentive ; seuls ils agissent au milieu de l’immobilité universelle ; ils disposent, suivant leur caprice, de toutes choses, ils changent les lois et tyrannisent à leur gré les mœurs ; et l’on s’étonne en voyant le petit nombre de faibles et d’indignes mains dans lesquelles peut tomber un grand peuple.
L'original est ici, sur WIkisource.

Comment allons-nous procéder pour notre débat ?
Celle et ceux qui le souhaitent proporent au groupe une question que nous suggère le texte.
- On essaie d'avancer dans le débat qui se construit autour des questions posées (en traitant les plus simples, celles qui font référence au sens du texte, aux définitions des termes, puis en allant vers les questions plus complexes et qui demandent à dégager les implicites qu'elles comportent.
- Et, à certains moments, on essaie de mesurer la distance entre ce que l'on dit et ce que voulait dire l'auteur.

Deux citations en rapport avec l'égoïsme
Paul Valéry (Sète 1871-Paris 1945)
La vanité, grande ennemie de l'égoïsme, peut engendrer tous les effets de l'amour du prochain.
Suite , Gallimard

Simone Weil (Paris 1909-Londres 1943)
L'homme voudrait être égoïste et ne peut pas. C'est le caractère le plus frappant de sa misère et la source de sa grandeur.
La Pesanteur et la Grâce , Plon

Autres ressources :
- Penser la crise contemporaine de la démocratie avec Tocqueville. Chronique de Brice Couturier. France Culture.
- Démocratie et libéralisme, je t’aime moi non plus ? Les Chemins de la Philosophie. France Culture.
- Tocqueville à la découverte de la démocratie. Les Chemins de la Philosophie. France Culture.
- Pourquoi la liberté ne fait-elle pas consensus ? La Grande Table. France Culture.
- Et si Trump avait tout compris ? Les Chemins de la Philosophie. France Culture.
- La french theory, what else ? Les Chemins de la Philosophie. France Culture.
- Alexis de Tocqueville. Canal Académie.

- Le despotisme démocratique. Simone Manon dans Philolog.
- Alexis de Tocqueville (1805-1859) : concilier liberté et égalité. . Un résume de Sciences Humaines
- Un résumé de La démocratie en Amérique. Les Philosophes.2
- L’individualisme, produit de la démocratie pour Tocqueville. France TV Education.

- D'autres chapitres quasi prophétiques du livre de Tocqueville :
> De l’individualisme dans les pays démocratiques.
> Que parmi les nations européennes de nos jours le pouvoir souverain s’accroît, quoique les souverains soient moins stables
> Quelle espèce de despotisme les nations démocratiques ont à craindre
>> Il y en a d'autres encore, consulter la table des matières ici :cheer:

B)
Dernière édition: il y a 2 mois 1 semaine par René G..
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