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SUJET: Le temps des victimes. Où en sommes-nous aujourd'hui de notre compréhension du processus de victimisation ? Marie-Thérère présente ce sujet pour lundi 11.03.2019 + compte-rendu

Le temps des victimes. Où en sommes-nous aujourd'hui de notre compréhension du processus de victimisation ? Marie-Thérère présente ce sujet pour lundi 11.03.2019 + compte-rendu il y a 4 mois 2 semaines #1

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Le temps des victimes.
Où en sommes-nous aujourd'hui de notre compréhension du processus de victimisation ?

Définition. Victimisation: le fait d'être considéré , et/ou, de se considérer comme ayant subi un dommage d'un acte ou d'un phénomène.
On parle de "double victimisation" quand la victime est rendue injustement responsable du dommage subi, ( "victim blaming")

Que l'on corresponde à la première ou à la deuxième partie de cette définition, le statut de victime véhicule une image peu valorisante. Le mot "victime" est souvent entaché de passivité. D'autres vocables conviennent parfois mieux: rescapé, survivant, résiliant ... (pour ne parler que des vivants ). Il semble que la principale réticence à endosser l'habit de victime, notamment au niveau individuel, soit la crainte d'une perte d'estime sociale.

Quelques pistes pour alimenter la réflexion:

-Le discours concernant les situations de victimisation est souvent paradoxal. Ainsi une enquête révèle que les vétérans ayant participé à des essais nucléaires en Algérie dans les années soixante , d'une part se montrent très fiers d'avoir participé "à une grande oeuvre nationale" et, d'autre part réclament un statut de victimes pour être indemnisés quant aux maladies qui peuvent découler de ces essais.
-L'éventail des causes de victimisation est extrêmement large: agressions, catastrophes, guerres, terrorisme, racisme, rejet social ....
-On peut aussi être traité différemment , alors que l'on a subi le même dommage, selon que l'on est une victime de ce que l'on est, ou de ce que l'on fait. (v. le décalage dans la perception que l'on avait des rescapés des camps de la mort, suivant qu'ils étaient résistants, ou alors juifs, tziganes, homosexuels ... )

-Le sentiment d'être victime (mais aussi l'étiquette qu'on vous "colle" peut-être contre votre gré) ne peuvent être dissociés de nombre d'affects, parfois antinomiques, tels que le sentiment de dignité, le besoin de reconnaissance, la honte, la culpabilité ...
En face, chez le "victimiseur", on trouve le sens de la justice, la compassion ... aussi bien que l'exploitation politique ou mercantile.
-On oublie aussi que, dans les sociétés pourvues d'un système judiciaire digne de ce nom, la revendication du statut de victime est une alternative à la vengeance (crimes d'honneur, etc...)
On est actuellement bien loin du mythe de la grandeur héroïque qui a prévalu tout au long de l'histoire des peuples.

-Il arrive que l'identité de victime soit revendiquée par des communautés entières qui exigent des droits spécifiques, par exemple les revendications liées à la colonisation, utilisées ça et là à des fins électorales. Et la reconnaissance des dommages infligés aux victimes par une nation, ou un Etat, peut susciter des controverses sans fin.
Parfois la "concurrence victimaire" n'est pas loin: ne s'est-on pas battu jusqu'au sommet de l'Etat pour occuper la première place dans la course à la victimisation !

Il faut mentionner en outre la culture de l'excuse qui, poussée dans ses extrêmes, n'est pas loin de gratifier du statut de victime ... un terroriste: l'école, la société ne lui auraient pas donné sa chance"!

Questions:

- A quel prix assume-t-on le statut de victime?

- Comment devient-on une victime? Par quel processus réalise-t-on que l'on est une victime?

- Les victimes ne constituent-elles pas un bon fonds de commerce pour les médias?

- Y a-t-il des victimes "honorables" et des victimes "déshonorées" ?

- Une communauté, un groupe social doivent-ils recourir à la victimisation pour se faire reconnaître?

- "La victime aurait-elle un statut sacré, serait-elle une version laïcisée des martyrs et des saints?" (Erner:
La société des victimes. )

Ressources

- La délicate fabrique des victimes. France Culture. La suite dans les idées.
- Les effets pervers de la victimisation. Sciences humaines.
- La logique victimaire entraîne-t-elle de nouvelles inégalités ? France Culture.
- La victimisation: tout un art. France culture. (3 min.)
- Violence et victimisation. OpenEdition.
- Jean-Michel Chaumont. La concurrence des victimes. Pdf. L'Erudit.
Dernière édition: il y a 4 mois 3 jours par René G..
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Le temps des victimes. Où en sommes-nous aujourd'hui de notre compréhension du processus de victimisation ? Marie-Thérère présente ce sujet pour lundi 11.03.2019 il y a 4 mois 1 semaine #2

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Quelques notes se rapportant à notre débat
(mais brièvement, ce dont je me désole, mais je manque de temps)

Ambiance
- Nous étions près d'une trentaine... le débat était dense, très riche et a presque suivi une sorte d'évolution qui laissait voir se dessiner un panorama de l'idée de victime et de ses processus de victimisation.

Quelques idées retenues, mais pas nécessairement les plus édifiantes, juste celles que ma mémoire faillible a retenues :huh:
- A distinguer 3 types de victimes :
1° celui qui se sent victime (psychologie victimaire mais aussi, reconnaissance non encore établie selon les critères actuels de la société)
2° Victime objective (celle dont les traumatismes sont clairement identifiés)
3° Victime officiellement reconnue, en raison du droit et des associations de défense.

Des typologies de victimes (reconnues ou pas)
- Celles qui sont liées à des maladies professionnelles
- Celles qui relèvent de formes de discrimination (migrants politiques, climatiques, économiques...)
- Celles qui relèvent d'un acte héroïque, mais non reconnu : les lanceurs d'alerte.
- Celles qui se trouvent sinistrées par des attentats, des événements climatiques, des injustices, du harcèlement, des manifestations ou pour avoir, en 2019, porté un gilet jaune....

La question de la reconnaissance
- Si le principe de reconnaissance semble primordial pour se réparer, pour se sentir à nouveau exister pleinement dans la société, il ressort que cela peut ne pas suffir à tourner la page de sa propre histoire... Cela peut même être pernicieux, le statut de victime stigmatisant et réduisant celle/celui qui le porte à son état... Ou, encore, l'enfermant dans cette identité en raison des profits/intérêts (psychologique ou financier) qui peuvent en être tirés.
> Se pose la question de tourner la page, de renaître de ses cendres, de passer à autre chose ou, mieux encore, de grandir et de sortir transformer de son expérience.
> Les conditions ultimes de ce processus de tranformation/révolution intérieure appartiennent sans doute en dernier lieu au sujet lui-même. A reste à savoir si l'on peut renaître de tout, des condtions qui le permettent, mais aussi, les valeurs à l'appui desquelles on peut effectivement renaître à soi-même.

N'hésitez pas, à votre tour à écrire quelques mots sur ce que vous avez retenu, ou à réagir, par exemple, sur ce que vous avez pensé du sujet après coup (sur le thème ou sur le débat, son ambiance....)
Dernière édition: il y a 4 mois 3 jours par René G..
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Les lanceurs d'alerte ont été évoqués comme étant des "victimes" du système, de l'Etat ou des institutions d'aujourd'hui.
Juan Branco, jeune docteur en Droit international, défenseur de Julian Assange, dénonce dans cette interview à Thinkerview, les dessous du pouvoir. C'est fort instructif. La reproduction des élites n'est pas seulement un fait social discriminant par nature et par une inertie liée au système, c'est véritablement une organisation délibérée de personnes dont le métier est d'en faire un système de castes et de privilèges.
Tout laisse penser que nous ne sommes par loin de la théorie fumeuse du complot. Mais les choses sont plus nuancées que cela. Les grands systèmes (financiers, industriels, politiques, et les grands medias) sont à la fois dans des rapports de tensions entre eux-mêmes, mais aussi dans un tissu d'acquaintance très serré où l'on se tient les coudes. Les cercles du pouvoir sont très fermés et on y rentre que par cooptation.

Dernière édition: il y a 4 mois 3 jours par René G..
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