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SUJET: Peut-on ne pas se néantiser ? (Sartre). Sujet du lundi 29.04.2019 (+ un compte-rendu et une parenthèse sur la méthode)

Peut-on ne pas se néantiser ? (Sartre). Sujet du lundi 29.04.2019 (+ un compte-rendu et une parenthèse sur la méthode) il y a 3 mois 3 semaines #1

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Peut-on ne pas se néantiser ?

Du point de vue de Sartre, la constitution de notre être psychique est telle que nous ne pouvons que nous "néantiser", autrement dit, passer par un néant, en assumer éventuellement les conditions, pour enfin se reconnaître, mais seulement commme un "paraître". Alors, posons la question : sommes-nous tenus de nous néantiser, peut-on échapper à notre néant ?
Qu'est-ce qu'évoque pour vous cette notion de néant ?

Extraits de texte sur lequel s'appuyer
"Le néant est ce trou d’être, cette chute de l’en-soi vers le soi par quoi se constitue le pour-soi. Mais ce néant ne peut «être été » que si son existence d’emprunt est corrélative d’un acte néantisant de l’être. Cet acte perpétuel par quoi l’en-soi se dégrade en présence à soi, nous l’appellerons acte ontologique. Le néant est la mise en question de l’être par l’être, c’est-à-dire justement la conscience ou pour-soi."
 Sartre. L’être et le néant. 1943. (2ème partie, chap. II. page 136)

L'extrait est technique, mais ci-dessous, des éléments pour le comprendre (tous les extraits proviennent de L'être et le néant).
> Le point de départ du questionnement de Sartre :
- "Nous pouvons rejeter le dualisme de l'apparence et de l'essence. L'apparence ne cache pas l'essence, elle la révèle : elle est l'essence.
- Si l'essence de l'apparition est un "paraître" qui ne s'oppose plus à aucun être, il y a un problème légitime de l'être de ce paraître." (Intro, chap I)

Pourquoi y a-t-il un problème ?
- L'être premier que nous rencontrons dans nos recherches ontologiques, c'est donc l'être de l'apparition.
>> Pourtant, il convient de poser à toute ontologie une question préalable : le phénomène d'être ainsi atteint est-il identique à l'être des phénomènes, c'est-à-dire : l'être qui se dévoile à moi, qui m'apparaît, est-il de même nature que l'être des existants qui m'apparaissent ? (Intro. chap II)

Comment se pose le problème ?

- Mais l'être n'est ni une qualité de l'objet saisissable parmi d'autres, ni un sens de l'objet. L'objet ne renvoie pas à l'être comme à une signification : il serait impossible, par exemple, de définir l'être comme une présence - puisque l'absence dévoile aussi l'être, puisque ne pas être là, c'est encore être. L'objet ne possède pas l'être, (...) Il est, c'est la seule manière de définir sa façon d'être ; car l'objet ne masque pas l'être, mais il ne le dévoile pas non plus"
- L'existant est phénomène, c'est-à-dire qu'il se désigne lui-même comme ensemble organisé de qualités. Lui-même et non son être. L'être est simplement la condition de tout dévoile­ment : il est être-pour-dévoiler et non être dévoilé. (Intro. chap II)

Pourquoi le questionnement s'impose ?
- A coup sûr, je puis dépasser cette table ou cette chaise vers son être et poser la question de l'être-table ou de l'être-chaise. Mais, à cet instant, je détourne les yeux de la table-phénomène pour fixer l'être-phéno­mène, qui n'est plus la condition de tout dévoilement - mais qui est lui-même un dévoilé, une apparition et qui, comme telle, a à son tour besoin d'un être sur le fondement duquel il puisse se dévoiler.
Si l'être des phénomènes ne se résout pas en un phénomène d'être et si pourtant nous ne pouvons rien dire sur l'être qu'en consultant ce phénomène d'être, le rapport exact qui unit le phénomène d'être à l'être du phénomène doit être établi avant tout. (Intro. Chap. II)
- Ce qui est impliqué par les considérations qui précèdent, c'est que l'être du phénomène, quoique coextensif au phénomène, doit échapper à la condition phénoménale - qui est de n'exister que pour autant qu'on se révèle - et que, par conséquent, il déborde et fonde la connaissance qu'on en prend. (Intro. Chap. II)

Quelques définitions du vocabulaire sartrien :
- L'en-soi : c'est l'être du phénomène agissant, mais non conscient de lui.
> Exemple : J'ai conscience (de) courir après le tram, bien que je ne me dise pas : je cours après le tram. Je suis dans "l'en-soi".
- Le pour-soi : C'est la conscience réfléchissant l'en-soi. Cette conscience se vit "toujours" comme en manque (on se pose des questions, on a des limites, on a des besoins, le monde lui-même a ses limites). Le "pour-soi" est présence à "l'en-soi" sur le mode de la distance (il interprète ce qu'il perçoit de l'en-soi, et par là-même, il le néantise).

Ressources :
- L'être et le néant. Sartre. Téléchargeable sur ce blog : A.E.Z.E.N
- Les excellents cours d'Annick Stevens de l'UP Marseille.
Dernière édition: il y a 3 mois 2 semaines par René G..
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Peut-on ne pas se néantiser ? (Sartre). Sujet du lundi 29.04.2019 il y a 3 mois 2 semaines #2

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Un bref compte-rendu de notre rencontre

Nous étions une vingtaine de participants environ. La thématique était perçue comme suspecte, en ce sens que beaucoup se demandaient ce qu'il pouvait en sortir. En effet, du néant, en dire quelque chose serait une contradiction (peut-on parler d'une absence ?) et, par ailleurs, le texte de Sartre, en l'état, est quasiment incompréhensible.
> A la question de la contradiction, il est simple d'y répondre : le concept de chien ne mord pas (le mot n'est pas la chose. Spinoza), on peut parler du néant sans s'y laisser prendre...Ensuite, la référence à Sartre peut nous aider à découvrir de nouvelles perspectives, une autre manière de lire le comportement de l'être humain par le truchement des notions d'en-soi et de pour-soi.
> ce regard peut à son tour nous éclairer sur les points-aveugles entre soi et soi-même, ce qui est déjà une forme de néant (un néant non perçu, donc souvent ignoré, et par conséquent souvent nié), ce qui est une autre manière de parler de l'inconscient, sans en laisser le monopole au seul Freud.

Tour de table sur le néant
- Ce que chacun a exprimé du néant renvoyait à une diversité de représentations : un vide, une déprime, une absence, une impossibilité, un gouffre, un appel au suicide, une épreuve, mais aussi à un réveil, un terreau, une limite à reconnaître pour la dépasser, le fond à partir duquel rebondir...
> Toutes ses représentations évoquent des approches subjectives de soi... en cela, elles sont révélatrices de ce que la conscience rapporte à elle-même à partir de son propre senti.
>> Ce premier point est important. Il s'agit donc de laisser rapporter à sa conscience ce qu'un mot (un symbole, un signifiant tel que le néant dans notre exempe) peut suggérer pour en entendre les résonances, les siennes et celles des autres qui s'évoquent. Tout le monde ne semble pas pouvoir activer cette fonction du lâcher-prise, cette suspension du jugement à l'égard de soi et des autres pour que l'imaginaire ou son ressenti s'exprime.
>>> Dans cette approche, il y a donc déjà des formes d'écoute (de soi, de l'autre) et un premier apprentissage pour se distancier de soi, c'est-à-dire prendre du recul pour autant prendre conscience d'un en-soi (tel qu'il se rapporte à sa conscience) , de même que prendre conscience de "l'en-soi" des autres, et tel qu'il se rapporte à leur conscience, dans le même temps qu'à la nôtre.
- Dans un autre temps, certains ont préféré une approche plus analytique, soit directement, soit à la suite des évocations subjectives.
> Exemple : de quelle manière peut-on rapprocher le "néant" des notions de la physique (trou noir, vide quantique) ? Le vide que l'on ressent est-ce le vide d'une carence de soin, d'amour provenant de l'enfance ?

La philosophie en train de se faire (une parenthèse par rapport à la méthode)
> La philosophie en train de se faire (chemin faisant) est une démarche, voire une revendication d'une nouvelle pratique qui s'invente et qui cherche encore ses marques (d'où l'absence de méthode officielle afin de privilégier la diversité des pratiques, le regard critique et interrogateur de toutes ces nouvelles pratiques philosophiques). A Annemasse, nous sommes relativement conquis par ce mode de fonctionnement, nous savons et nous prenons partis du fait que nos pensées (nos concepts) se travaillent ici et maintenant... Et si nous nous réjouissons souvent de nos rencontres, c'est précisément que nous sommes suffisamment nombreux et attentifs à en jouer ce jeu du questionnement de nos pensées. D'où l'idée que personne ne pointe la direction à prendre selon une idée préconçue (selon un texte, une philosophie pré-établie, etc), mais précisément, le sujet se travaille en fonction de l'effort que chacun fait pour rendre compte de sa raison, mais également, des dialectiques, des problèmatiques, des contradictions qui se construisent en situation. En finalité, la raison collective, c'est-à-dire le fil conducteur du débat, se rapporte à tout ce qui se dit, et à aucun maître en particulier.
(Fin de la parenthèse)

Le lien avec des concepts de Sartre et notre échange
- "L'en-soi" que nous rapportons à notre conscience, Sartre le nomme "pour-soi". En effet, tout ce qui est rapporté à notre conscience est dit "pour-soi". Car, à strictement parlé, l'en-soi est impossible à rapporter tel qu'il est à la conscience.
- > "L'en-soi", puisqu'il ne peut être rapporté à la conscience (ni partiellement ni totalement) est de ce point de vue, un phénomène (un aspect de l'être du phénomène). En effet, la conscience de moi n'est pas une entité extérieure à moi qui serait en train de m'observer, il n'y a donc pas d'objectivité de moi me regardant. Ainsi, je me perçois toujours de l'intérieur, et donc selon des biais cognitifs irréductibles. En conséquence, dès que je prends conscience de ce qui se rapporte à moi, je suis déjà transformé, je suis séparé de moi par une opération cognitive (une division qui permet un réfléchi intérieur). En somme, l'en-soi m'échappe tout le temps. Ce que je vois de moi, Sartre l'appelle : pour-soi.
- Quant à "l'en-soi", gardons présent à la pensée que lorsque nous sommes dans une action (à vélo, absent à sa pensée, concentré sur quelque chose, courant après le bus, etc.), nous n'avons pas conscience de soi comme "en-soi", car notre conscience est donnée à sa tâche du moment, on ne se dit pas : "je cours après le bus". On le vit sans y penser. Mais dès que nous tournons notre regard vers l'intérieur, donc vers l'en-soi, alors nous ne pouvons plus nous voir tel que nous étions dans l'action (d'ailleurs, si on prend conscience de soi en train de courir, on risque de ne pas voir la pierre qui va nous faire trébucher. On a en effet déplacer son point de vue) :blink:
> L'exemple de l'en-soi pris dans l'action est très factuel, structurel de fait.

Le néant de Sartre, c'est-à-dire, le concept
Ce que Sartre appelle le néant comprend plusieurs figures, en voici quelques unes.
- 1°L'en-soi, on l’a vu, échappe toujours au "pour-soi", il est donc en cela même, un néant (un inconnu)
- 2° Le pour-soi peine/résiste à reconnaître son en-soi, il se donne une identité. En effet, il cherche toujours à combler le vide ou la distance qui le sépare de l’en-soi. Il construit ainsi une facticité (une mauvaise foi, des mensonges : je prétends me connaître, je ne mens pas, c'est de la faute des autres, etc...). Selon Sartre, si la conscience devait voir à quel point elle est libre, elle serait saisie d'angoisse...(Le pour-soi est un néant, car il s'appuye sur un en-soi inconnu. En-soi et pour-soi sont tout deux des néants.)
- 3° Si l'en-soi n'a que le "pour-soi" pour se reconnaître... alors les deux tendent à s'annihiler, ils se renvoient leur propre néant. Pour dépasser cela, il faut construire un troisième pont : la présence à soi.
>> Le néant est donc une structure de l'être, c'est un processus en action pris dans un double mouvement, par un désir de fuite (saisir l'en-soi par le pour-soi) et par la conséquence de combler le vide laissé par la fuite. Ainsi, en-soi et pour-soi se néantisent perpétuellement.

Une sortie possible du néant
La présence à soi est le lieu où la conscience peut s'observer elle-même (observer ses jeux intérieurs entre les figures du pour-soi et de l'en-soi), c'est donc un regard construit (équipé de connaissance et/ou de lucidité). Dans un rapport de présence à soi, il est possible d'être honnête. Mais cette honnêteté n'est jamais acquise.
>> Toutes ces raisons font que nous n'échappons pas à des formes de néantisation...

Ps : il reste des concepts à clarifier dans la philosophie de Sartre (la transcendance, le "pour-autrui", "l'être-avec", le "nous", la liberté, l'engagement, etc.) En bref, il y a une complexité de sa pensée... qui demande une prudence par rapport à des jugements hatifs.

De mon côté, j'aime assez bien l'idée selon laquelle, on cherche à réduire l'espace entre l'en-soi et le pour-soi, et je m'interroge sur les possibilités d'une "présence à soi" quant à la réduction possible de cet espace. Suis-je factice ? On ne peut en exclure l'idée de façon absolue. Suis-je pour autant menacé d'anéantissement ? Je n'en ai pas l'impression, car le sentiment du néant relève d'une autre expérience, de quelque chose de personnel, d'intime. Le néant , à ce niveau, n'est qu'un concept ou une idée qui renvoie à autre chose en soi. On peut ne pas s'y perdre et ne pas le confondre avec du rien, du vide, de l'absence, de la perdition, etc... B)
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