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SUJET: Vers de nouvelles transcendances ? D'après une conférence de Marcel Gauchet (sept.2019) sujet du lundi 07.10.2019

Vers de nouvelles transcendances ? D'après une conférence de Marcel Gauchet (sept.2019) sujet du lundi 07.10.2019 il y a 2 mois 6 jours #1

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Avons-nous besoin de nouvelles transcendances ?
Question suggérée à la suite d'une conférence de Marcel Gauchet donnée à Genève le 26.09.2019 dans le cycle de conférences :
Notre monde a-t-il cessé d'être chrétien ?

La conférence est en ligne sur le serveur de l'université (cliquer ici).
> L’introduction de Sarah Scholl, durée 4mn.
> Intervention de Marcel Gauchet, durée 40mn.

Résumé de la ligne argumentaire de la conférence de Marcel Gauchet, et selon laquelle, on assiste au parachèvement de la sortie de la structuralisation du religieux des sociétés et, dans le même temps, à l'ouverture d'un continent inconnu du spirituel dans le monde occidental.

L'exception religieuse et familiale que l'on observe au niveau européen (par rapport au reste du monde) :
- Sur le plan religieux : le nombre des sans religions est plus faible que partout ailleurs dans le monde, tandis que le fait religieux s’amenuise (les pratiques rituelles, cultuelles, les partis politiques portant l’étiquette « chrétienne » disparaissent ou ont disparu)
- Sur le plan familial : La maxime : la famille est la cellule de base de l’organisation sociale ne fonctionne plus. Les structures familiales ne sont plus organisatrices de la société comme elles l’ont été. La majorité des enfants naissent hors mariage, les familles recomposées, les familles monoparentales sont croissantes. Chacun aspire à s’épanouir pour lui-même.
> Ces deux faits (religieux et familial), apparemment indépendants, sont à rapprocher. Ils expriment une rupture historique majeure des sociétés européennes, une individualisation radicale.

Cette individualisation s’inscrit dans un phénomène plus large : le parachèvement de la sortie de la structuration du religieux des sociétés. (La religion après la religion).

Attention : la sortie de la structuration du religieux dans les sociétés n’est pas la fin du religieux, mais le changement complet de sa nature et de sa signification. C’est ma thèse.

Pourquoi en Europe ?
- Elle est le creuset de la sortie de la religion en inventant la modernité, la démocratie, le principe d’égalité, de nouveaux modes de consentement, la pensée scientifique, l’activité industrielle et économique. L’occident est né sur les deux rives de l’atlantique (USA). Via l’impérialisme colonial, cette invention a touché le monde entier. On croyait l’histoire achevée… au niveau du religieux.

> Grave erreur, le processus de sortie de la structuration du religieux est toujours à l’œuvre et de façon singulière en Europe.

Dans les 40 dernières années, la globalisation donne à voir deux choses derrière son économie : une occidentalisation culturelle du monde (même mode de vie économique, technico-industriel), mais une désoccidentalisation politique du monde. Ailleurs dans le monde, cette globalisation se construit en référence à de l’autorité politique et à du religieux en ce qu’ils confèrent encore du sens et des structures.
> Les fondamentalismes religieux répondent à l’appropriation forcée du monde occidental qui s’impose d’en haut (par la force du droit international et de l’économie).
En somme, la pénétration de l’occidental détruit l’organisation traditionnelle des autres cultures et régions du monde (c’est perçu, vécu et ressenti de cette manière), qui alors lui répond. C’est donc la toile de fond dans laquelle nous nous situons.

Une sécularisation qui s’achève ?
La sécularisation semblait achevée (on en avait l’impression dans notre société). Exemple : l’opposition de l’église à la pilule contraceptive a été sans effet, y compris chez les catholiques en Europe.
Mais dans les années 60, la structuration du religieux abattait encore ses cartes. Elle existait par le fait d’une reconnaissance « institutionnelle fantôme », mais néanmoins présente et organisatrice. Une sacralité diffuse continuait à agir. On pouvait notamment se sacrifier pour la société, la patrie. On se sacrifiait pour elles, on leur donnait un ascendant d’autorité sur nos choix personnels comme reliquat du sacrifice religieux. Le religieux par ses rites symboliques (le mariage, les cérémonies, etc..) obligeait à un dépassement, on doit quelque chose à ce qui nous structure, car les structures donnent vie, mais le fond n’y est plus en termes de croyance effective. L’idée de contrôle social en sociologie tenait aux diverses appartenances auxquelles on est liées (religieuses, mais aussi syndicales, associatives, corporatives, classes sociales, politiques), mais ce concept de contrôle social s’est volatilisé à une vitesse déconcertante durant ces dernières décennies.

> Le politique n’est plus transcendant, il s’est trivialisé.
> L’individualisation s’est radicalisée par une nouvelle conception du droit humain, et la judiciarisation de l’individualisme redéfinit les liens sociaux. L’émancipation du féminin : nous n’avons plus affaire à des couples, à des familles mais au droit de chacun revendiquant son libre épanouissement loin de toute fonction/rôle social.
> La vie des sociétés se concevait dans l’élément du politique (ce qui garantit une organisation stable et durable). Elle se conçoit dorénavant dans l’élément de l’économie, c’est-à-dire, dans une mobilisation collective toute donnée au présent, et en vue d’un futur dont nul ne peut rien dire.

Qu’est-ce donc la religion aujourd’hui (comme pratique cultuelle et de rituels) ?
- Une formule résume le tout : la religion était la chose collective par excellence, le cœur même de la fabrique de « l’être ensemble ». Aujourd’hui, on assiste à une inversion historique ce qu’elle a toujours été : la religion est devenue individuelle par excellence.
> Cet individualisme affecte directement le religieux tel qu’on le connaissait par une série de changements : désinstitualisation, déritualisation, désymbolisation, décommunautarisation.
> désinstitualisation : les églises en sont l’excellence = définition d’un cadre destiné à se perpétuer dans la suite des générations et qui s’impose à travers le temps. Or ce cadre s’amenuise, et les individus ne peuvent que contester ce cadre au nom de la liberté et du présent. Or quand il n’y a que le présent, il n’y a plus d’institution dans le temps.
> Déritualisation = le rite est une actualisation de l’origine intangible, elle rassemble les communautés dans le présent en les liant dans un au-delà. Mais quels rituels à partager lorsqu’on ne se reconnaît plus une même origine, qu’on en perd le sens ?
> Désymbolisation : il n’y a que des discours explicites, transparents et positifs. Or le religieux se définit essentiellement comme « contact » avec le mystère et le symbole. Une société d’individus ne connaît que les liens juridiques. La dimension symbolique qui établit du lien dans les sociétés disparaît.
> Décommunautarisation : il n’y a plus de fabrication des êtres partageant un même « esprit », l’individualisme n’est plus surmonté par une communion en un esprit.
Chacun devant garder sa pensée propre : on peut être d’accord, mais on ne partage plus rien de commun.

Le christianisme sociologique
Nous assistons à la décomposition du christianisme sociologique (toutes confessions confondues). Le christianisme sociologique est une religiosité sociale : elle est héritée, transmise par la famille, conformiste, modérément dogmatique, cérémonielle (la messe de Pâques, des défunts, de Noël), mais elle fait appel à peu de foi personnelle. C’est néanmoins une religion de l’observance (on respecte par principe des règles, sans plus en connaître le sens, la symbolique.) Seule l’idéalisation des êtres (la communion des Saints) garde encore une signification mais de façon confuse.
Le baptême est important en tant que cérémonie, mais il n’est plus l’acte qui inaugure l’entrée de l’âme dans le monde du chrétien. Idem pour le mariage qui perd le sens sacré de l’union des âmes dans l’au-delà (idem pour les sacrements, l’extrême onction, l’assomption).
La mort ne concerne que soi, alors qu’elle était le lieu par lequel la communauté se rassemblait et se rappelait à elle-même, à une unité originelle.

A quoi est appelé le religieux ?
Pour autant, la religion n’a pas disparu (malgré la désaffection des pratiquants), elle réapparait dans un autre lieu et pour un autre emploi. Les pratiquants qui restent sont aussi peu nombreux qu’ils sont convaincus mais, les pratiques sociales laissent place aux convictions individuelles, à des conversions privées, pour soi, pour son intériorité, pour sa foi.
> Les pratiques mystiques (soufisme, bouddhisme, évangélisme) sont des pratiques existentielles (pour soi, en soi) du religieux, et non plus pour la communauté des âmes. La religion est le lieu de la « division » des esprits (de la séparation de soi vers l’en-soi). La conviction religieuse devient le jardin secret d’une quête intérieure, les dogmes, les magistères, l’autorité religieuse n’ont plus lieu… ce sont des institutions extérieures, purement formelles, sans lien avec sa foi profonde.

S’ouvre ici un continent inconnu du spirituel, une relecture de la condition humaine sans que l’on sache nommer le spirituel qui l’anime. On se fait malgré tout une idée de son périmètre :
- il est ce que nie le complexe juridico-marchand de nos sociétés d’aujourd’hui, car les liens entre les êtres humains ne peuvent être uniquement juridiques et économiques. Notre existence reste essentiellement symbolique, alors que notre société n’exprime que du techno-juridico-économique. Le domaine du spirituel est tout ce que notre société ignore, refoule ou exclut.
De ce point de vue, nous n’en avons pas fini avec ce retour du refoulé.

Fin de la conférence. Durée 40mn.
La conférence sur le serveur de l'université (cliquer ici).
Programme du cycle de conférence à télécharger sur le site de l'université ici.

Ressources :
- Raphael Glucksmann & Marcel Gauchet : l'individualisme, ennemi de la démocratie. Débaut dans Public Sénat.
- Rencontre avec Marcel Gauchet, philosophe et historien. Université de Lausanne.
- Marcel Gauchet, la Révolution Française est-elle épuisée ? invité du Rendez-vous des idées.
- Quel retour de quelle religion ? Table ronde avec : Rémi Brague, historien de la philosophie, Frédéric Brahami, philosophe, Giulio de Ligio, philosophe, Marcel Gauchet, philosophe.
- Émile Durkheim : Les formes élémentaires de la religionConférence de Bruno Karsenti, philosophe
- Marcel Gauchet sur France Culture.
- Marcel Gauchet, Un monde désenchanté ? Céline Couchouron-Gurung, article dans Open Edition.
- Le peuple peut-il revivifier la démocratie ? Elisa Lewis, vice-présidente du collectif "Démocratie ouverte" et Francis Dupuis-Déri, Professeur de Science Politique
Dernière édition: il y a 1 mois 3 semaines par René G..
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