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SUJET: Souverain bien et genres de vie. Aristote. De quelles conditions relèvent l'idée d'un sens à la vie ? Sujet pour lundi 11.11.2019

Souverain bien et genres de vie. Aristote. De quelles conditions relèvent l'idée d'un sens à la vie ? Sujet pour lundi 11.11.2019 il y a 4 semaines 1 jour #1

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Souverain bien et genres de vie. Aristote.
De quelles conditions relèvent l'idée d'un sens à la vie ?

Se poser la question du sens de la vie, c'est interroger les conditions à partir desquelles, on détermine pour soi-même ce sens. Aristote peut nous inspirer. J'ai retenu deux extraits de texte, l'un concerne sa façon de déterminer ce que peut être le "souverain bien", c'est-à-dire, ce que nous visons derrière toutes nos actions. Et l'autre texte porte sur les trois genres de vie auxquels les hommes s'adonnent :
1° La foule des gens les plus grossiers disent que c’est le plaisir
2° Les gens cultivés, et qui aiment la vie active, préfèrent l’honneur,
3° La vie contemplative (néanmoins, l'homme n'étant pas seulement "pure âme", il ne peut soutenir la pureté du logos)

Extrait 1 La méthode pour viser ce qui peut être le bien suprème (le souverain bien).
Tout art et toute recherche, de même que toute action et toute délibération réfléchie, tendent, semble-t-il, vers quelque bien. Aussi a-t-on eu parfaitement raison de définir le bien : ce à quoi on tend en toutes circonstances. Toutefois il paraît bien qu'il y a une différence entre les fins. (…) Du fait qu'il y a des actes, des arts et des sciences multiples, il y a également des fins multiples ; la santé est la fin de la médecine ; le navire, la fin de la construction navale ; la victoire, la fin de la stratégie ; la richesse, la fin de la science économique. Tous les arts et toutes les sciences particulières de cette sorte sont subordonnés à une science maîtresse ; par exemple, à la science de l'équitation sont subordonnées la fabrication des mors et celle de tout ce qui concerne l'équipement du cavalier ; ces arts, à leur tour, ainsi que toute action à la guerre, dépendent de la science militaire ; il en va de même pour d'autres également subordonnées. Ainsi les fins de toutes les sciences architectoniques sont plus importantes que celles des sciences subordonnées. C'est en fonction des premières qu'on poursuit les secondes. (…)

S'il est exact qu'il y ait quelque fin de nos actes que nous voulons pour elle-même, tandis que les autres fins ne sont recherchées que pour cette première fin même, s'il est vrai aussi que nous ne nous déterminons pas à agir en toutes circonstances en remontant d'une fin particulière à une autre — car on se perdrait dans l'infini et nos tendances se videraient de leur contenu et deviendraient sans effet —, il est évident que cette fin dernière peut être le bien et même le bien suprême. N'est-il pas exact que, par rapport à la vie humaine, la connaissance de ce bien a une importance considérable et que, la possédant, comme des archers qui ont sous les yeux le but à atteindre, nous aurons des chances de découvrir ce qu'il convient de faire ? S'il en est ainsi, il faut nous efforcer de préciser, même d'une manière sommaire, la nature de ce bien et de dire de quelles sciences ou de quels moyens d'action il relève.
Aristote. Ethique à Nicomaque. Livre 1. 1094a 20-25

Extrait 2 : Les genres de vie.
« Les hommes, il ne faut pas s’en étonner, paraissent concevoir le bien et le bonheur d’après la vie qu’ils mènent. La foule des gens les plus grossiers disent que c’est le plaisir : c’est la raison pour laquelle ils ont une préférence pour la vie de jouissance. C’est qu’en effet les principaux types de vie sont au nombre de trois : celle dont nous venons de parler, la vie politique et en troisième lieu la vie contemplative. – La foule se montre vraiment d’une bassesse d’esclave en optant pour une vie bestiale, mais elle trouve son excuse dans le fait que beaucoup de ceux qui appartiennent à la classe dirigeante ont les mêmes goûts qu’un Sardanapale. – Les gens cultivés, et qui aiment la vie active, préfèrent l’honneur, et c’est là, à tout prendre, la fin de la vie politique. Mais l’honneur apparaît comme une chose trop superficielle pour être l’objet cherché, car de l’avis général, il dépend plutôt de ceux qui honorent que de celui qui est honoré, or nous savons d’instinct que le bien est quelque chose de personnel à chacun et qu’on peut difficilement nous ravir. En outre, il semble bien que l’on poursuit l’honneur en vue seulement de se persuader de son propre mérite; en tout cas, on cherche à être honoré par les hommes sensés et auprès de ceux dont on est connu, et on veut l’être pour son excellence. Il est clair, dans ces conditions, que, tout au moins aux yeux de ceux qui agissent ainsi, la vertu l’emporte sur l’honneur. Peut-être pourrait-on aussi supposer que c’est la vertu plutôt que l’honneur qui est la fin de la vie politique. Mais la vertu apparaît bien, elle aussi, insuffisante, car il peut se faire, semble-t-il, que, possédant la vertu, on passe sa vie entière à dormir ou à ne rien faire, ou même, bien plus, à supporter les plus grands maux et les pires infortunes. Or nul ne saurait déclarer heureux l’homme vivant ainsi, à moins de vouloir maintenir à tout prix une thèse. Mais sur ce sujet en voilà assez (il a été suffisamment traité, même dans les discussions courantes).

Le troisième genre de vie, c’est la vie contemplative, dont nous entreprendrons l’examen par la suite.

Quant à la vie de l’homme d’affaires, c’est une vie de contrainte, et la richesse n’est évidemment pas le bien que nous cherchons: c’est seulement une chose utile, un moyen en vue d’une autre chose. Aussi vaudrait-il encore mieux prendre pour fins celles dont nous avons parlé précédemment, puisqu’elles sont aimées pour elles-mêmes. Mais il est manifeste que ce ne sont pas non plus ces fins-là, en dépit de nombreux arguments qu’on a répandus en leur faveur »

Aristote : Ethique à Nicomaque, [1]I, 3, 1095 b, 15 à 1096 a, 10. Traduction Jean Tricot. Vrin, p.43 à 45.

Proposition pour notre débat
On peut garder l'idée que, l'adotion d'un mode de vie (d'une philosophie de vie) s'élabore en raison d'une idée d'un bien souverain que l'on viserait. A l'opposé, une forme de déshérence philosophique peut également être liée au fait qu'aucun souverain bien, aucune hiérarchie dans ses valeurs ne se précise dans son mode de vie qui, alors, se fait "à la va comme je te pousse".
Les deux textes d'Aristote illustrent en partie l'idée que "bien suprême et genre de vie" sont liés.
Réagissons à partir des textes (partageons-nous l'argumentation d'Aristote ?)
Puis, essayons de voir les rapports qui peuvent être faits avec notre vie d'aujoud'hui. Peut-on définir une hierarchie (une architectonique) des biens, et des modes de vies qui leur correspondraient ? A quelles conditions le peut-on ?

Ressources
- Éthique et politique. Bonheur, qualités, action libre. Les excellents cours d'Annick Steven sur Aristote.
- L’Ethique à Nicomaque d'Aristote (2/4) : Bonheur et vie contemplative. Les chemins de la philosophie.
- Le cycle Aristote. Blog France Culture. .
- Aristote. Le souverain bien est une activité de l’âme selon la vertu dans une vie achevée. Simone Manon. Philolog.
- Aristote. Ethique à Nicomaque. Un résumé un peu rapide néanmoins de cette oeuvre. Philosophie/com.
Dernière édition: il y a 3 semaines 13 heures par René G..
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