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SUJET: La désinformation : analyse d’un concept, Gabriel Lacoste (philosophe) Canada. Aout 2021

La désinformation : analyse d’un concept, Gabriel Lacoste (philosophe) Canada. Aout 2021 il y a 3 mois 3 semaines #1247

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La désinformation : analyse d’un concept. Gabriel Lacoste, philosophe. Canada.


La désinformation : analyse d’un concept. Gabriel Lacoste, philosophe. Canada.
Article accessible ici sur Contrepoints. Un résumé ci-dessous :

Durant la pandémie actuelle, les médias font régulièrement usage du concept de désinformation. Celle-ci désigne la propagation de fausses informations minimisant la dangerosité du virus. Ce sont les groupes opposés aux recommandations des autorités qui désinforment le public. Les autorités, quant à elles, sont considérées comme les seuls juges compétents pour nous informer. Mais pour les conspirationnistes, ce n'est que propagande. Ainsi, sont renvoyés dos à dos propagandistes et conspirationnistes.

Voici quelques exemples de désinformation :
 - le Covid-19 est comparable à la grippe,
 - les cas officiels sont largement des faux positifs induits par les tests PCR,
 - la stratégie des autorités a été planifiée à Davos afin de réinitialiser la population mondiale,
 - seule une petite proportion des morts du virus l’a été vraiment à cause de lui,
 - le Covid-19 est moins dangereux que les vaccins.

Ces affirmations sont fausses, d'après la propagande (les médias et le gouvernement) et vraies d'après les compirationnistes. Où est la vérité ?

La notion de vérité, entre rapport de correspondance et pragmatisme
En philosophie, deux définitions adverses s'opposent.
1° La première énonce un rapport de correspondance exacte entre son énoncé et la réalité décrite.
2° La seconde définition est pragmatique : la vérité n’est pas réductible à l'énoncé de la réalité décrite, et elle doit être comprise comme le résultat d’un acte posé (un point de vue), visant l'efficacité et, par conséquent, animé d'intentions.
Exemple : « le Covid-19 est comparable à la grippe » est consécutive à la réalité observable. Néanmoins, elle n’y correspond pas.
Mais est-elle fausse pour autant ? Oui, selon la définition 1. Non selon la définition 2, qui cherche seulement à relativiser la gravité de la maladie par rapport aux mesures engagées par le gouvernement, et dont les conséquences peuvent être causes à de dommages plus graves encore que ceux de la maladie (autres pathologies délaissées, non diagnostiquées, non surveillées, victimes psychologiques, économiques, éducation et jeunesse sacrifiées, libertés confisquées)

En effet, pour "connaître" une "vérité", il faut saisir le contexte et les objectifs des locuteurs, en prenant en compte les zones grises du vrai, la manière dont se pose la question et les objectifs (effets) recherchés sur les auditeurs.

Au-delà des faits : les stratégies de communication
Au-delà des faits, deux acteurs principaux : les autorités et leurs sympathisants, puis les opposants. Chacun a déployé sa communication en raison de ses raisons.
Les premiers (les autorités) ont systématiquement improvisé toutes sortes de prédictions et de conseils sans base scientifique solide (voir ici, la valeur scientifique du conseil scientifique du gouvernement Macron par Clarisse Sand, avocate), puis ils ont systématiquement interprété toutes les données reçues comme preuves de leur légitimité et une raison d’aller plus loin.
> But visé : Maintenir la vigilance et les contrôles au sein de la population.
Une composante de cette stratégie consiste à n’émettre de tels avertissements que pour les dissidents. Par exemple, ils n'ont pas cherché à corriger Le taux de mortalité prétendu par Neil Ferguson (+ de 7 fois supérieur à la réalité).

La stratégie des seconds a plutôt consisté à dénoncer les "mensonges", à adopter une posture sensationnaliste, puis à faire circuler n’importe quel contenu, crédible ou pas, semant le doute dans l’esprit du public.

Dans ce contexte, la vérité est nécessairement galvaudée de tout côté, comme un tambour sur un champ de bataille.
La réalité est que des deux côtés, la vérité et les faits ont été instrumentalisés dans une stratégie de communication visant une cible différente

La dynamique de pouvoir
Pendant la crise, l’utilisation de la vérité s’est faite dans le cadre d’un rapport de force largement inégal. Les autorités ont bénéficié d’alliés puissants : centres de recherche, entreprises pharmaceutiques, médias traditionnels, haute direction des hôpitaux, tribunaux, géants du Web.
Il est facile d’expliquer ces alliances par un intérêt commun qui vise le supposé "bien de la société". Les uns font comprendre que le virus est dangereux et les autres détiennent les moyens de contrôler les populations par l'information.

Rien de nouveau ici sous le soleil.
Les autorités ont presque toujours dominé en s’appuyant sur une caste d’experts en communication qui les placent dans une posture altruiste et sage, détentrices des plus hautes vérités, face à l’opposition égoïste, ignorante, irresponsable d’une marge de la société. C’est le schéma narratif de l’histoire humaine au grand complet.

Penser faire partie de la génération qui s’en est soustraite, voilà le plus grand mythe de notre époque et de toutes celles qui se prétendent héritières des Lumières. Les autorités n’ont pas besoin de conspirer pour y parvenir. Elles ont simplement à être humaines, c’est-à-dire biaisées et limitées.

Une fois que vous avez compris cela, vous en tirerez la conclusion que durant cette crise, la grande différence entre les autorités et leurs opposants est l’inégalité du rapport de force lorsqu’il s’agit de discerner le vrai du faux devant un public. La monopolisation du terme désinformation, ainsi que l’orientation univoque de son usage n’est que l’expression de ce rapport de force.
Cela nous renvoie à un autre concept philosophique encore plus fondamental que celui de la vérité : la justice.

Mon commentaire : l'absence de transversalité et d'intérêt pour l'idée d'un bien commun
J'ai apprécié le renvoi dos à dos du concept de désinformation et celui de propagande. Derrière cette sémantique où chacun des protagonistes (provax et antivax) accuse son adversaire, la vérité demeure introuvable. En effet, chacun se donne raison en fonction de l’usage qu’il fait du mot, vérité (rapport de correspondance ou de pragmatisme). Derrière ce désaccord, où le public est pris en otage, se joue selon le philosophe Gabriel Lacoste, un rapport de force millénaire : la quête du pouvoir et l’affirmation sans partage de ceux qui le détiennent (rien de nouveau dans l’histoire). Ainsi, le fil de cette analyse voit le concept de vérité céder la place à une lecture anthropologique et philosophique de l’histoire des sociétés. Elle est anthropologique, car trouver un équilibre entre les forces en présence est une préoccupation de tout temps et de toutes les sociétés ; elle est philosophique, car de ce rapport de force, les groupes sociaux et les sociétés font évoluer leur conception de la justice et de ses pratiques. La chose est entendue, mais dans le cours de cette analyse, où est passée la vérité ? Est-elle à ce point introuvable quand il s’agit de virus, de santé humaine (pour la personne en général), de santé publique (pour un collectif désigné) et de traitements ? La vérité n'est pas une pure abstraction qui ne prend son sens que par son usage. De fait, les virus, la santé, les traitements s'objectivent par des sciences, par l'étude de rapport de causes et d'effets, ce n'est pas de la métaphysique pure.
Comment donc expliquer que l’on trouve si peu d’épistémologues critiques de la production du savoir médical et de la recherche par rapport à la gestion de la Covid ? Comment comprendre ce déficit de vérité dans nos sociétés dites du savoir et de l’information ? Pourquoi y a-t-il si peu de philosophes pour questionner la gestion politique, le droit, la liberté, les valeurs éthiques mises à mal dans cette gestion ? Autant de valeurs malmenées en ce que les réponses apportées le sont au nom d'une science, dont les délibérations ont lieu dans le secret d'un Conseil de défense.

Résumons-nous essentiellement à la question suivante : Que se passe-t-il entre la philosophie et la science ? Nous entendons par science, le savoir en général1.
On sait depuis Paul Feyerabend (épistémologue) qu'on ne peut statuer définitivement sur les conclusions résultant d’une démarche scientifique. D’une part, nous savons qu’un savoir scientifique est toujours circonscrit à une observation délimitée (en raison des méthodes propres à la science, en raison de limites techniques et humaines, "tout" ne peut pas être observé) ; d’autre part, les domaines d'observations sont, eux aussi, circonscrits à des champs spécifiques (la physique, la biologie, la médecine, les sciences humaines). De fait, chaque savoir est cloisonné à son domaine d'expertise, et chacun de ses domaines a ses méthodes, son langage, ses défis à relever, et une complexité qui s'étend presque à l'infini. Outre ces contraintes propres à l'étude scientifique, Feyerabend a montré que la production des savoirs est toujours tributaire d'un contexte social, politique. De fait, le savoir élaboré ne résulte pas jamais de la pureté de la méthode, comme s'il était une abstraction pure "tombée du ciel de la pensée". Pour le dire autrement, les procédures de fabrique du savoir ne sont qu’un aspect de leur effectivité, mais non une preuve suffisante de leur valeur. Ainsi, une bonne méthode peut produire des résultats non pertinents et trompeurs. C’est particulièrement vrai en médecine, cet art au carrefour de plusieurs sciences (physique, biologique, humaine, sociologique, psychologique) : Les études en faveur d’une molécule sont aussi nombreuses que celles qui en proscrivent l’usage car, trop souvent, la recherche dans le secteur médical, nous devrions dire, pharmaceutique, ne vise qu’à rassembler les preuves de ce qu’elle souhaite démontrer (pour telle molécule à tel moment pour ce type de patients dans cet état en particulier). C'est le propre de la recherche que de bien définir son projet, c'est-à-dire, de démontrer ce qu'il vise à prouver.

De fait, l'organisation administrative de la recherche, la manière de structurer le savoir, d’en organiser la discussion, la communication, le financement, tout cela va influencer la production des savoirs. Et, les conditions de production du savoir recherché seront également influencées selon une orientation philosophique de la question thérapeutique : faut-il plutôt renforcer l’autonomie et les défenses du sujet ou plutôt combattre la maladie en considérant la balance des effets secondaires à endurer ? Dans cette perspective, jusqu’où considérer le libre choix du patient, en particulier s'il est mal informé sur sa santé et sur les possibilités effectives de la science. Et notamment, si seul un certain type de savoir est promu par telle ou telle industrie ou selon telle et telle philosophie (idéologie) du soin ?
Ainsi, entrera en compte le partage (la communication) et la transversalité des savoirs qui se trouve peu encouragée en raison du cloisonnement des disciplines.

Dans une démocratie, on peut s'entendre sur le fait que l’objectif visé doit bien être celui d’une santé informée des populations, et non celle promulguée par les laboratoires et imposée par un gouvernement dans le secret de son Conseil de défense.

Du côté de la science, de ceux qui s'en revendiquent et la mettent en pratique, c'est comme si elle disait à son tour, c'est aux citoyens de juger des valeurs de la société dans laquelle ils entendent vivre. On voit ainsi la boucle se refermer sur elle-même. Dans la gestion de cette crise, sont mis sur le devant de la scène, la puissance des médias, la systémique des partis politiques, les puissances économiques, la répression par la loi et la police, l’idéologie méritocratique d’un capitalisme financier, tandis que le silence et l'engagement des intellectuels, des philosophes, des artistes devient de plus en plus dérangeant, quand il n’est pas complice de l'ordre en place.

Il convient donc de repenser les choses (et cette gestion du Covid) dans un ensemble de savoirs qui se rapportent aux choses mêmes (la science), mais aussi aux interactions entre les choses mêmes, entre une diversité de spécialistes, de citoyens, et selon un intérêt commun global. Cet intérêt aujourd'hui, et dans notre monde en mutation, on peut envisager qu'il est celui d'une humanité apprenant d'elle-même, librement et avec intelligence (plutôt qu'avec des croyances, selon des idéologies et des savoirs fragmentés, compartimentés en silos).

Pouvons-nous faire usage de tout ce que l'humanité nous a appris jusqu'à maintenant, pouvons-nous continuer à apprendre et à aller vers plus de transversalité quant aux savoirs ? C'est le concept d'humanitude, néologisme dont le sens philosophique a été forgé par Albert Jacquard et qui inspire également Edgar Morin. La philosophie doit savoir s'intéresser au réel, aux problématiques de la société d'aujourd'hui, et non pas simplement à ses concepts académiques (comme s'ils étaient hors du réel, comme s’ils devaient se confiner dans les silos de leur spécialité respective). La science ne doit pas ignorer la philosophie, et la philosophie ne doit pas se déconnecter du réel, de la politique, des sciences humaines en général et surtout, de sa capacité à penser une éthique en situation réelle.

Note 1. Le savoir en général : la métaphysique recouvre un champ du savoir, tout comme les religions (les institutions). L’intuition, de son côté, est un procédé non formalisé de production de certaines formes de savoirs, lesquels s’étudient autant dans la procédure même de l’intuition (comment est-elle sollicitée, qu’est-ce qui la fait advenir ?) qu’il peut être fait examen des savoirs produits par cette même intuition.
Ensuite, les savoirs formels (mathématiques, physiques), les sciences du vivant et les sciences dites « humaines » (économie, histoire, sociologie, psychologie, etc.), toutes ces sciences s’accordent pour rendre explicite, objectif et discutable les rapports de causes et d’effets sur lesquelles elles établissent leurs propositions.
De fait, chaque savoir est conditionné par sa "méthode" et délimité à son champ.
Dernière édition: il y a 1 mois 1 semaine par René G..
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