Cafephilos Forums Les cafés philo Des cafés philo sur Grenoble Robespierre : Les révolutions, intérieures ou politiques, peuvent-elles se faire sans violence ? Sujet pour mardi 27.01.2026, au café Chimière, 12 rue Voltaire. Grenoble.

Étiqueté : 

3 sujets de 1 à 3 (sur un total de 3)
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    Messages
  • #8032
    René
    Maître des clés

      Nous nous réjouissons de notre amitié avec l’UTEM (Université de Terrain Edgar Morin). Merci également au café citoyen la Chimère, 12 rue Voltaire, Grenoble d’accueillir notre pratique des cafés philo  (Lien vers le café la Chimère citoyenne, ici)

      Durée des débats (1h30 environ > jusqu’à > 20h30 maximum)
      Discussion informelle pour celles/ceux qui souhaitent poursuivre
      Entrée libre

       

      Pour notre sujet ce soir, nous partons de la citation ci-dessous :

      Certes, le lien entre l’actualité et la citation est évident, nous n’en parlerons pourtant pas, ni ne nous attarderons sur la politique de tel ou de tel pays. Il s’agit plutôt de questionner les ressorts qui animent les êtres humains, l’histoire, les constitutions, les révoltes, l’établissement des nations, … En bref, nous questionnons la philosophie (s’il y a ?) à partir de laquelle se fait notre humanité.

      Proposition pour le débat (ou l’échange) :

      Proposons des questions que nous suggère la citation. Puis retenons-en une ou deux (par vote ou par regroupement d’une ou deux questions qui nous semblent les plus centrales.

      Quelques suggestions ont été faites sur le groupe WhatsApp :
      – Comment faire pour « guider » les mouvements de révolte (ici, aux USA ou en Iran) ?
      – La foule ou le peuple, ont-ils toujours besoin d’être guidé ?
      – A-t-on tant besoin d’une figure (providentielle) ?
      – De quoi serait-elle le symbole ?
      – Une politique sans violence est-ce utopique ?
      – L’histoire se répète-t-elle ?
      – Les moyens peuvent-ils être contraires aux fins ?
      – De quoi se laisse-t-on convaincre ?
      – La vie n’est-elle que rapport de force ?

      > mais nous partirons des questions proposés lors de notre rencontre.

      Des ressources :
      Source de la citation
      : La terreur, comme on vous l’a jamais racontée. Par Pacôme Thiellement sur Blast Info.
      >> Podcast tiré de la série : L’empire n’a jamais pris fin. (Cliquer ici)

      Une histoire de la création des Nations (et des apatrides). Guillaume Fleurance. 

      Épisode 2/5 : Robespierre, l’incarnation du peuple. Sur France Culture, avec Sophie Wahnich. 

      Un cours fort bien résumé des étapes et des enjeux de la Révolution française d’Annick Steven en 31mn

      Pour info, ci-dessous, d’autres citations de Robespierre, cité par Jean Jaures.


      Si l’on est ami des hommes, peut-on vouloir nuir à son peuple et, plus largement, à l’humanité ?

       

      Si l’intérêt marchand s’oppose au don et à la coopération (qui favorise la convivialité, la coopération, l’entente, l’accord de confiance), jusqu’où l’intérêt pour soi doit-il s’ériger contre l’autre, et en faire un ennemi ?


      Les fonctionnaires (et/ou des députés et/ou des représentants du peuple). Ils servent le peuple, mais ne s’en servent pas pour faire carrière et, finalement, se monter contre le peuple et se plaire à le diviser.

      Louis XVI cité par Jean Jaures. 

      Une citation de Rousseau, qui inspira Robespierre. 

      Pour celles/ceux qui doutent que l’économie et la mondialisation financière soient compatibles avec la démocratie, vous pouvez écouter le cours d’économie de David Cayla (professeur d’économie à l’université de Nantes). Cliquer ici.
      Vous pouvez écouter aussi l’anthropologue David Graeber, expliqué par Tzitzimitl, Esprit Critique. Cliquer ici.

      Quelques règles concernant nos échanges
      – Chacun peut prendre la parole, nul n’y est tenu.
      – Pas d’attaque ad hominem /ad persona.
      – On essaie de rendre compte des raisons de sa pensée et de faire évoluer le débat.
      – Chacun est le bienvenu, quelles que soient sa confession, sa classe sociale, sa formation et ses références philosophiques.

      L’approche du café philo de Grenoble
      C’est une approche plutôt non-directive, centrée sur les questions des participants. Nous nous efforçons de faire évoluer le débat au fur et à mesure de nos échanges.
      Nous partons du principe que chaque participant est adulte, autonome, responsable de sa pensée et de ses comportements. On note également que le participant est curieux d’examiner aussi bien les arguments de sa pensée que de ceux d’autrui.
      Nous nous appuyons en fait sur l’idée qu’une écoute compréhensive et qu’un partage structurant et structuré de nos réflexions ne peut être que profitable à tous, à une socialisation réflexive en partage et à une philosophie en travail.

      Ce que le café philo n’est pas :
      Le café philo n’est pas un lieu de propagande politique ou religieuse, ni il n’est celui d’une mise en spectacle de soi. On n’y vient pas faire la leçon aux autres ou répéter ce que l’on sait déjà, chacun étant déjà par lui-même l’auteur de sa propre pensée. L’effort que nous faisons porte sur une réflexivité mise en partage, sur l’écoute de l’autre et du débat qui se construit : on y assume les hésitations d’une pensée qui se cherche.

      L’affiche du mois de janvier

       

      ————————————-
      René Guichardan, café philo d’Annemasse.
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      #8053
      René
      Maître des clés

        Un compte rendu à partir de la citation de Robespierre

        Nous étions environ 25 personnes pour cette rencontre.

        La citation de Robespierre , ci-dessous :
        « La plus extravagante idée qui puisse naître dans la tête d’un politique est de croire qu’il suffit à un peuple d’entrer à main armée chez un peuple étranger pour lui faire adopter ses lois et sa constitution. Personne n’aime les missionnaires armés. »

        Et les questions qu’elle a suggérées (accompagnées d’une analyse et de reformulation) :

        De la proximité des questions :
        – les 3 premières évoquent un type de rapport de force (de persuasion dans nos rapports à autrui).

        – Les 3 suivantes interrogent l’horizon des valeurs : à l’aune de quoi le rapport de force (morale, croyance, valeur) s’établit-il ? La tension semble résulter de la possibilité (ou de l’impossibilité) de partager un monde commun, notamment en raison de la diversité des mobiles, valeurs, cultures, intérêts qui animent chacun, les peuples et les nations.

        Les deux dernières questions sont (à mon sens, et dans ce premier temps) en rupture avec les précédentes. La question de la constitution pose celle des moyens de se gouverner, de faire État pour un peuple/une nation.

        La dernière fait appel sur un mode ironique à notre subjectivité, elle souligne certainement le manque de rationalité et d’éthique de ceux qui nous gouvernent.

        Quant aux deux questions du rapport « violence et liberté », elles supposent le dépassement de la question : en effet, si la violence conduit à se libérer, celui qui en subit le jouc, voudra à son tour se venger et/ou retrouver sa liberté perdue. Et, inversement, si ma liberté se gagne au détriment d’autrui, il ne tardera pas à vouloir la renverser.

        En gros, ça peut se représenter dans le schéma ci-dessous :

        Spoiler alerte. En fin de débat, il m’a semblé que la discussion pouvait se rapporter à la citation de Pascal (cliquer ici) que Philippe connaissait par cœur :

        Bien entendu, je ne partage pas toute la philosophie de Pascal, notamment son volet moral qui laisse supposer, bien qu’il ait raison dans les faits, que c’est la justice du fort qui s’impose, et non celle du plus juste (ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste).
        Mais, en philo, il ne s’agit pas de donner raison aux faits, de prendre pour acquit qu’ils s’imposent d’eux-mêmes, comme s’ils n’étaient pas le produit d’une manière de voir, comme s’ils ne résultaient pas d’une volonté, de désirs ou encore, d’intérêts qui animent des groupes contre d’autres groupes, des classes sociales contre d’autres classes sociales, des gouvernants contre des gouvernés, des nations contre d’autres, etc.  Les faits sociaux sont construits.

        Par rapport à la citation de Pascal
        De cette citation, je retiens cette tension qui, dans les groupes humains, structure les rapports entre justice et pouvoir. Ce sont des constantes historiques et anthropologiques. En effet, il n’existe aucun groupe social, tribu, cité-État, empire ou nation qui n’ait dû, pour se gouverner et se maintenir dans l’histoire, contenir cette tension entre pouvoir (qu’il soit militaire, politique et/ou économique) et justice (qu’elle soit divine, sociale, redistributive) afin précisément de « se stabiliser », afin de ne pas s’auto-détruire totalement. Mais notre débat n’a pu ou su se focaliser sur une tension spécifique afin de la creuser plus à fond (et c’est normal dans un groupe assez diversifié). Cela dit, j’ai retenu un ou deux points sur le fond et sur la forme de notre échange.

        Un point aveugle à l’égard de ce que l’on est, et éventuellement à la violence que l’on porte en soi.
        En situation de conflit et/ou de violence, lorsqu’on s’y trouve pris et/ou lorsqu’on agresse l’autre, en sommes-nous conscients ? Si oui, peut-on alors cesser l’agression et résoudre ensemble le problème ? La question a été posée.
        C’est probablement ce qui convient de faire (être conscient des effets de soi sur l’autre, revenir à la raison, se comprendre, faire appel à des médiateurs, à plus de justice, à plus d’éthique pour ne pas se perdre davantage dans la passion et l’aliénation du moment, etc), mais ce n’est pas ce qui se fait à l’échelle du monde aujourd’hui, ni ce qui se fait toujours à l’échelle de soi et de nos interactions interpersonnelles.

        Tant de savoirs.
        Sont évoqués une diversité de théories et d’auteurs, notamment en sciences sociales (je poste des références en bas de page) :  Stanley Milgram (et l’autorité scientifique), le désir mimétique (René Girard), l’expérience de Stanfort (prisonnier et gardien), de Nash (conformisme),  Michel Terestchenko (philosophe), Eichmann (et la banalité du mal d’Arendt) Yan Patocka (philosophe tchèque), Nicolas Grimaldi (philosophe), mais aussi des théories de la guerre, de la géopolitique. Des choses, des références que, pour la plupart d’entre nous, avons seulement ouï-dire, que nous imaginons ou connaissons à différents degrés. Rousseau a été mentionné en raison de la réticence pour un homme non encore corrompu par la société (et les groupes d’intérêts que toute société constitue), à faire souffrir autrui. En effet, on souffre naturellement de voir souffrir l’autre. Une empathie nous rattache à l’être humain, à tout être humain si on ne porte pas en soi de contentieux. A l’époque, Rousseau parle de « pitié » (voir ici) et souligne la différence entre l’amour de soi (estime de soi) et l’amour-propre (celui qui envie l’autre, se compare à lui et reste autocentré, préoccupé par son seul moi).

        Entre soi, l’autre et le monde.
        Dans ce second temps, l’ordre du problème qui se construit est d’une part, celui du rapport à la liberté en soi (sphère du privé, de l’individu, des interactions personnelles) et celui d’autre part, du rapport au groupe et au collectif par lequel on se gouverne.
        Les rapports à soi, à autrui et au collectif, lors de notre échange, n’ont pas été beaucoup différenciés. Or, ils ne se vivent pas sur les mêmes plans, avec les mêmes référents, avec les mêmes valeurs, ni en raison des mêmes buts. On ne s’y trouve pas impliqué de la manière. Chacun de nous, de normalement constitué, fait la différence entre soi, l’autre et le collectif. Cela a été malgré tout souligné lors notre échange, mais peu exploité.

        Ensuite, le lien a été fait avec la taille du groupe (de la commune, au département, à la nation) et le besoin de se référer à une décision qui doit être prise, autrement dit à une autorité. Une autorité ou à quelque chose qui fasse autorité (une valeur, un comité éthique, un groupe de citoyens, une convention, une association, etc.). En effet, un ordre de priorité des décisions à prendre doit être défini, car la réalité n’attend pas. La question qui se pose est celle de l’adéquation d’une réponse susceptible de satisfaire, au mieux, tous les plans de notre réalité, avec la difficulté que nous avons de la reconnaître comme étant « commune » à tous. En effet, notre réalité n’est partagée par aucun dans les mêmes conditions. Nous vivons sur une même planète sans en partager la même réalité (psychologique, sociale, économique, environnementale, etc.).

        Une prise de recul.
        Je note cet aller-retour entre les exemples, les références et peut-être une « volonté générale » du moment qui ne parvient pas à faire aboutir le débat avec plus de clarté. Toutes sortes de raisons peuvent être invoquées, mais je retiens deux choses : la rupture ou le fossé qui a été souligné entre le niveau d’instruction et la compétence relationnelle (la sensibilité, l’attention à l’autre), il n’y a pas de lien nécessaire entre les connaissances et la sensibilité, entre le niveau d’instruction et ses valeurs morales, entre le niveau technologique d’une civilisation et son éthique. Ces deux niveaux sont-ils antinomiques ou simplement mal articulés ? Autrement dit, développons-nous nécessairement l’un au détriment de l’autre ? Ou cela ne relève-t-il que notre conditionnement ?

        Second point : le fait que nous soyons tous capables (hors cas pathologique) de faire la différence entre soi et autrui, entre le personnel et le commun, entre l’intérêt privé et l’intérêt général, nous rend aptes à résoudre la / les crises que nous traversons. L’idée serait de savoir le faire avec un minimum de dégât pour soi, pour autrui et pour le monde. Ou, pour le formuler sur un mode positif : avec un maximum de bonheur partagé pour tous.
        A ce titre, je trouve intéressant d’aller autant vers une connaissance de soi, que celle du monde et de connaître (pour revenir à notre sujet socio-politico-démocratique) l’expérience de démocratie directe qui a lieu en ce moment même dans la Creuse (réf ci-dessous). Elle témoigne du fait que le fatalisme ambiant et les déterminismes politico-sociaux n’ont rien d’une fatalité, en dépit des inerties certaines et du cynisme qui anime ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui.

        Des références, des ressources
        – La série des quatre exposés ci-dessous d’Annick Stevens : Réinventer la démocratie  

        1° La faillite du système. 
        2° La Révolution, la république représentative vs la démocratie directe. 
        3° Retour aux sources, la démocratie en Grèce Antique. 
        4° Démocratie directe, ils l’ont fait. 

        Deux conférences de Michel Terestchenko
        – Vulnérabilité, banalité du mal, banalité du bien. 
        Relativisme et universalité des valeurs : existe-t-il des réalités morales ? 

        Jan Patočka
        Philosophe de la dissidence – Répliques. 1998

        Hannah Arendt
        –  Une série de 4 épisodes sur « Condition de l’homme moderne » France Culture 2022.

        Nicolas Grimaldi : 
        L’effervescence du vide. Libraire Mollat. 2012

        Deux références à liées à J.-J. Rousseau :
        Rousseau, par Pacôme Thiellement. La Révolution arrive. 
        – Rousseau par Martin Rueff, un spécialiste, lors d’un cours au Bénin : Éduquer les filles. 

        Un peu de géopolitique :
        Une histoire de la création des Nations (et des apatrides). Guillaume Fleurance.
        Ukraine, une guerre totale | Gabriel Galice. Economiste et politologue, président de l’Institut International de Recherches sur la Paix à Genève (GIPRI).
        Dans ce forum, trois théories sur la guerre : la guerre juste, la guerre utilitaire, la guerre selon Clausewitz. 
        Jacques Baud, pour comprendre la guerre russo-ukrainienne. Le plan de paix en 28 point. 
        Emmanuell Todd. Elucid Media. 30/01/2026

        Expérience de psychologie sociale :
        L’expérience de Milgram, expliqué par David Louapre, de Science Etonnante.  Durée 22mn.
        Edward Bernays, le neveu de Freud, n’a pas été mentionné, mais il vaut la peine de le connaitre son « influence ».

        A propos d’économie
        Adam Smith est considéré comme le père du libéralisme. Mais c’est faux, C’est l’ultra libéralisme qui en détoure la pensée pour se l’approprier. Ecouter ici, Dixit, qui resitue sa pensée. 

        Pour celles/ceux qui doutent que l’économie et la mondialisation financière soient compatibles avec la démocratie, vous pouvez écouter le cours d’économie de David Cayla (professeur d’économie à l’université de Nantes). Cliquer ici.
        Vous pouvez écouter aussi l’anthropologue David Graeber, expliqué par Tzitzimitl, Esprit Critique. Cliquer ici.

        A propos de la citation de Robespierre,
        La terreur, comme on vous l’a jamais racontée. Par Pacôme Thiellement sur Blast Info.
        >> Podcast tiré de la série : L’empire n’a jamais pris fin. (Cliquer ici)

        Soyez les bienvenus-es pour rédiger votre réaction, ce que vous avez retenu, la réflexion que notre échange ou que ce compte rendu vous inspire. Merci de votre attention. Ps : ci-dessous (message suivant), j’ai rajouté deux références, l’une d’Aristote, liée à des arguments en faveur de la démocratie, l’autre provient d’un philosophe atypique, Patrice Loraux, qui se méfie d’une philosophie trop académique : Du bon usage de l’impasse dans la pensée

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        René Guichardan, café philo d’Annemasse.
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        #8057
        René
        Maître des clés

          Ci-dessous, un argument d’Aristote en faveur de la démocratie. 

          « Actuellement, en effet, ce sont les citoyens réunis qui rendent la justice, délibèrent, décident, et ces décisions portent toutes sur des cas particuliers. Certes, pris individuellement, les différents citoyens sont sans doute pires comparés à l’homme le meilleur, mais la cité est composée de beaucoup de ces gens, et comme un festin auquel on participe collectivement est meilleur que celui qui ne concerne qu’une seule et même personne, pour cette même raison aussi une masse nombreuse décide mieux que n’importe quel individu. De plus, la multitude est plus difficile à corrompre : comme une plus grande quantité d’eau, la masse est plus difficile à corrompre que des gens peu nombreux. Or, quand un individu est dominé par la colère ou quelque autre passion de ce genre, il est nécessaire que son jugement soit altéré, alors que, dans l’autre cas, c’est toute une affaire pour que tous se mettent en colère et se trompent en même temps. »
          Aristote. Politiques, III, 15.

          En résumé, deux arguments essentiels : une masse, plus nombreuse, décide mieux, qu’un individu ou qu’une oligarchie (dont le savoir, l’expérience et l’aptitude à se rendre compte de la diversité sont nécessaires plus limités que la masse prise dans son ensemble, et à qui on prend les avis.
          Une masse est plus difficile à corrompre qu’un individu et/ou qu’une oligarchie.

          Un argument d’un autre genre contre la valorisation excessive de la raison efficace et toute puissante :
          Voici un très court extrait d’une conférence intitulée : Du bon usage de l’impasse dans la pensée, de Patrice Loraux, un philosophe peu connu :

          4- Un rat très malin sort trop vite du labyrinthe ; un rat qui l’est moins se heurte partout, mais dessine ainsi le dédale. Sorte d’apologue chinois.

          5- Ni trop génial ni trop borné, un philosophe comme Aristote se heurte aux difficultés, mais ainsi, il les indique, persévère et poursuit pensivement sans se perdre dans aucune aporie abyssale.

          6- Modifions la fiction en supprimant l’observateur (vérificateur, psychologue cognitiviste mesurant les performances…) : la pensée exige de n’être pas placée sous surveillance.

          7- On le comprendra mieux plus tard : c’est un labyrinthe dont il n’y a pas à sortir à la différence de la Caverne de Platon.

          Voici le lien où l’on peut retrouver cette prise de notes : https://lycee-henri4.com/wp-content/uploads/2020/11/Conference8.pdf

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          René Guichardan, café philo d’Annemasse.
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