Cafephilos › Forums › Les cafés philo › DES CAFES PHILO SUR GRENOBLE › Sujet avec compte rendu : Metaphysique, amour et sexe, sont-ils inter-reliés ? Schopenhauer le 28.07.2026, à 18h30 au café Chimère. Grenoble.
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8 juillet 2026 à 15h45 #8324

Nous nous réjouissons de notre amitié avec l’UTEM (Université de Terrain Edgar Morin). Merci également au café citoyen la Chimère, 12 rue Voltaire, Grenoble d’accueillir notre pratique des cafés philo (Lien vers le café la Chimère citoyenne, ici)


Durée des débats (1h30 environ > jusqu’à > 20h30 maximum)
Discussion informelle pour celles/ceux qui souhaitent poursuivre
Entrée libreOn part de la citation ci-dessous d’Arthur Schopenhauer 1788 – 1860 :
« L’instinct sexuel est cause de la guerre et but de la paix. Il est le fondement d’actions sérieuses, objet de plaisanterie, source inépuisable de mots d’esprit, clé de toutes les allusions, explication de tout signe muet, de toute proposition non formulée, de tout regard furtif. C’est que l’affaire principale de tous les hommes se traite en secret et s’enveloppe ostensiblement de la plus grande ignorance possible.»
Le monde comme volonté et comme représentation (1819)Mise en contexte de la question qui se posera dans notre échange :
L’instinct sexuel est donc cause de la guerre, et il est également but de la paix, comme si les deux, guerre et paix, étaient tenus ensemble, la paix découlant de la guerre et, inversement, la guerre conduisant à la paix. C’est aller vite en besogne si l’on ne resitue pas cette proposition dans l’oeuvre de Schopenhauer. Je me suis inspiré pour ce sujet de la vidéo du Précepteur : La métaphysique, l’amour, le sexe (cliquer ici), Et sa proposition structurera notre échange autour de la question : métaphysique, amour et sexe sont-ils inter-reliés ?Autres citations de Schopenhauer tirées de Philomag (ici) et d’ailleurs 😉
« Par métaphysique j’entends tout ce qui a la prétention d’être une connaissance dépassant l’expérience, c’est à dire les phénomènes donnés, et qui tend à expliquer par quoi la nature est conditionnée dans un sens ou dans l’autre, ou, pour parler vulgairement, à montrer ce qu’il y a derrière la nature et qui la rend possible. »
“Le Monde comme volonté et comme représentation” (1819), 856, trad. A. Burdeau révisée par R. Roos, PUF, 1966« Tout ce qui existe, existe pour la pensée, c’est-à-dire, l’univers entier n’est objet qu’à l’égard du sujet, perception que par rapport à un esprit percevant, en un mot, il est pure représentation. »
“Le Monde comme volonté et comme représentation” (1819), 25, trad. A. Burdeau révisée par R. Roos, PUF, 1966« Le monde considéré comme représentation, comprend deux moitiés essentielles et inséparables […] la première est l’objet, le second est le sujet […] chacune d’elles n’est réelle et intelligible que par l’autre et pour l’autre ; elles existent et cessent d’exister ensemble. »
“Le Monde comme volonté et comme représentation” (1819), 28, trad. A. Burdeau révisée par R. Roos, PUF, 1966« Toutes les fois que des profondeurs obscures de notre être intime, un acte de volonté surgit dans la conscience qui connaît, se produit un passage immédiat de la chose en soi et non temporelle dans le phénomène. L’acte de volonté n’est donc sans doute que le phénomène le plus proche et le plus précis de la chose en soi […]. C’est donc en ce sens que j’enseigne que la volonté est l’essence intime de toute chose et que je l’appelle la chose en soi »
Suppléments au “Monde comme volonté et comme représentation” (1844), chap. XVIII, trad. A. Burdeau, Félix Alcan, 1888
« La souffrance du désir inaccompli est faible, comparée à celle du repentir. Car celle-là a devant elle l’avenir toujours ouvert et incommensurable ; celle-ci, le passé irrévocablement fermé. »
Parerga et Paralipomena. Éthique, droit et politique” (1851), trad. A. Dietrich, Félix Alcan, 1909» Au fond de l’être humain, il y a cette conviction consciente qu’il y a hors de lui-même, une chose qui est consciente de lui, comme il l’est lui-même. » (…) « En toi, le ciel touche la terre ».
Journal de Schopenhauer, lorsqu’il a 20 ans, et à la suite d’une expérience mystique ou esthétique (dans le film ici, à la mn 7).Questions subsidiaires :
– Le monde est-il Volonté ou est-il puissance (Nietzsche) ?
– Le monde est-il doué de son propre sens ?
– Si les choses ne sont que représentations, peut-on considérer qu’elles existent en elles-mêmes ?Des définitions (à partir du Vocabulaire de Schopenhauer, Alain Roger, Ellipses) :
La Volonté : avec une majuscule, la Volonté est l’instance fondamentale du système de Schopenhauer. Elle est au principe de toutes les forces qui agitent l’univers, le vivant comme le non-vivant. Elle correspond à la chose en soi de Kant à laquelle Schopenhauer donne vie en la nommant Volonté. Elle est inconditionnelle, immatérielle, universelle et inconnaissable en tant que telle, puisqu’elle est souterraine à la phénoménologie (les choses telles qu’elles apparaissent) et aux représentations.Représentation : Elle est l’équivalent du « phénomène » kantien. Elle est soumise aux trois conditions de l’espace, du temps et de la causalité qui relève de l’entendement et forment le Principe de la raison suffisante. « De même que c’est notre oeil qui produit le vert, le rouge, le bleu, c’est notre cerveau qui produit le temps, l’espace et la causalité ». Fragment sur l’histoire de la philosophie, p. 101). Autrement dit, pour Schopenhauer, le monde ne se distingue pas de nos représentations. (Et nous n’avons pas accès à sa Volonté).
Monde : Le monde est à la ma représentation comme « volonté », comme phénoménologie et comme Volonté métaphysique. Le monde, en tant que représentation, est soumis au principe de raison suffisante (espace, temps, causalité) et donc régi par un déterminisme rigoureux qui, pourtant, n’est qu’une illusion phénoménale, par opposition à la réalité métaphysique de ce monde, c’est-à-dire, la Volonté inconditionnée, une, indestructible et libre.
Principe de raison suffisante : S’il se compose de trois instances (espace, temps, causalité – celle-ci résultant des deux autres), le principe de raison suffisante s’exerce selon quatre modalités :
1° ratio cognoscendi (principe du connaitre, nécessité logique)
2° ratio essendi (principe de l’être, nécessité mathématique)
3° ratio agendi (principe agendi, principe de l’agir, nécessité pratique)
4° ratio fiendi (principe du devenir)
Ces quatre racines de la raison suffisante (scolastique) ont surtout pour intérêt de fonder une classification des sciences, mais dont la philosophie est exclue. Selon Schopenhauer, la philosophie ne peut devenir une théologie, elle reste une cosmologie, une théorie du monde fondé sur le dualisme de la Volonté métaphysique et de la Représentation phénoménale.
« En vertu du principe de la raison suffisante, nous considérons qu’aucun fait ne saurait se trouve vrai ou existant, aucune énonciation véritable, sans qu’il y ait une raison suffisante pourquoi il en soit ainsi et non pas autrement. »
De la quadruple racine de la raison suffisante. Chenet et Piclin. Vrin 1991.Matière : la matière est la réunion de l’espace et du temps. À ce titre, elle est de part en part causalité et principe d’activité. Elle est également la forme intellectuelle de la causalité (liée à l’espace et au temps), elle donc condition de l’expérience, comme l’entendement lui-même, dont elle est dans une certaine mesure, la fonction.
Métaphysique : La métaphysique est, pour l’essentiel, la connaissance de la chose en soi. La représentation, produit de l’entendement, et soumise au principe de la raison suffisante, s’oppose l’expérience métaphysique de ma volonté individuée. La Volonté est métaphysique, l’intellect est physique.Des références :
La métaphysique, l’amour et le sexe. Par le précepteur. Durée 26mn. Cliquer ici.
– Le site dédié à Schopenhauer. Cliquer ici.
– Un film-documentaire sur la vie du philosophe. Durée 18mnQuelques règles concernant nos échanges
– Chacun peut prendre la parole, nul n’y est tenu.
– Pas d’attaque ad hominem /ad persona.
– On essaie de rendre compte des raisons de sa pensée et de faire évoluer le débat.
– Chacun est le bienvenu, quelle que soit sa confession, sa classe sociale, sa formation et ses références philosophiques.L’approche du café philo de Grenoble
C’est une approche plutôt non-directive, centrée sur les questions des participants. Nous nous efforçons de faire évoluer le débat au fur et à mesure de nos échanges.
Nous partons du principe que chaque participant est adulte, autonome, responsable de sa pensée et de ses comportements. On note également que le participant est curieux d’examiner aussi bien les arguments de sa pensée que de ceux d’autrui.
Nous nous appuyons sur l’idée qu’une écoute compréhensive et qu’un partage structurant et structuré de nos réflexions ne peut être que profitable à tous, à une socialisation réflexive en partage et à une philosophie en travail.Ce que le café philo n’est pas :
Le café philo n’est pas un lieu de propagande politique ou religieuse, ni il n’est celui d’une mise en spectacle de soi. On n’y vient pas faire la leçon aux autres ou répéter ce que l’on sait déjà, chacun étant déjà par lui-même l’auteur de sa propre pensée. L’effort que nous faisons porte sur une réflexivité mise en partage, sur l’écoute de l’autre et du débat qui se construit : on y assume les hésitations d’une pensée qui se cherche.L’affiche du mois de juillet 2026

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René Guichardan, café philo de Grenoble.
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> Agenda Google où sont postés nos activités cafés philo (vous pouvez vous abonner à cet agenda.)5 août 2026 à 17h52 #8377Compte rendu : « métaphysique, Amour et Sexe sont-ils inter-reliés ?
A partir d’une citation de SchopenhauerNous étions environs 35 personnes pour ce débat. Tout le monde ne souhaitait pas prendre la parole, celle-ci a malgré tout bien circulé, calmement, sans précipitation et, me semble-t-il, avec un certain enrichissement partagé. De nombreux éclairages ont été amenés tant sur la philosophie de Schopenhauer que sur la question qui a été soulevée : métaphysique, amour et sexe sont-ils inter-reliés ?
Notre échange peut être regroupé autour de quatre ensembles de questions.
Le premier concerne les définitions : qu’entend-on par instinct, sexe, amour, volonté ou métaphysique ?Le deuxième porte sur les processus et les mouvements de la conscience :
que signifie sublimer ? Faut-il partir du sexe pour accéder à l’amour, ou le sexe s’arrête-t-il à la pulsion qui l’anime ? Faut-il partir de l’amour pour sublimer les pulsions sexuelles ou cette sublimation n’est-elle qu’une vue de l’esprit ? Comment savons-nous ce que nous faisons de nous ?Une troisième question concerne plus précisément le rapport à l’autre : comment, en quoi, le rapport à autrui (passer par autrui) est-il nécessaire pour parvenir à soi , et à aller plus loin que soi ?
Enfin le quatrième type de question est intimement lié aux trois étapes précédentes et porte sur le but ou la finalité des choses, autrement dit sur notre rapport à la « métaphysique ». Celle-ci peut être comprise comme étant implicite, laïque, immanente, assimilée à la nature, ou comprise (depuis Descartes) comme ce qui dépasse la physique, l’observation et la mesure (les étendues).
Dans le cadre de nos échanges — et des cafés philo en général — la métaphysique peut être envisagée non comme une croyance en un arrière-monde, mais comme un ensemble de propositions heuristiques. Elle désigne alors des représentations, des symboles, des imaginaires ou des logiques susceptibles d’élargir notre compréhension de nous-mêmes, des autres et du monde. C’est dans cette perspective que certaines interventions ont interrogé la philosophie de Schopenhauer : jusqu’où peut-on attribuer un principe de « volonté » à l’inanimé, aux choses ou à la physique ?Quelle réalité vient en premier : l’instinct, le sexe, l’amour, la métaphysique ou la Volonté ?
On pourrait comparer ces notions à des poupées russes : elles ne sont pas séparées les unes des autres, mais poreuses, imbriquées et susceptibles de se transformer mutuellement. La métaphysique formerait alors l’enveloppe la plus vaste : elle engloberait l’univers, le monde minéral, le vivant, puis l’être humain, avec sa réflexivité et sa capacité à produire des savoirs, dont la philosophie.
Cependant, si l’on se place du point de vue empirique, l’ordre du vécu semble différent. Nous rencontrons d’abord la pulsion sexuelle ou le désir, puis l’amour, les attachements et parfois, à travers certaines épreuves, une forme de métaphysique : le sentiment d’être traversé et dépassé par une expérience plus grande que soi, et que l’usage des mots et les moyens de la raison peinent à expliquer.
Notre débat a ainsi fait apparaître plusieurs niveaux — pulsion, sexe, amour, volonté, métaphysique — entre lesquels les ruptures de sens ne sont pas toujours nettes.
En résumé, la question peut être formulée ainsi : la métaphysique comprend-elle tout, ou dépasse-t-elle tout ? Dans le premier cas, elle serait inclusive, proche d’un panthéisme à la Spinoza. Dans le second, elle renverrait à une conception plus classique et dualiste, héritée notamment de Descartes : la physique relèverait alors du mesurable, tandis que la métaphysique désignerait ce qui échappe à la mesure, à la preuve et au langage (Wittgenstein).
Ne rien choisir, mais tout « prendre ».
Pour ne pas avoir à choisir entre ces deux options — celle d’une régression à l’infini vers une origine première supposée de toutes choses, et celle d’une réalité finalement « non communicable » —, nous pourrions formuler le problème ainsi : est-ce nous qui, par nos représentations, attribuons à la vie ce que nous projetons sur elle ? Schopenhauer pourrait sans doute accepter cette formulation, dans la mesure où sa « métaphysique » relève davantage d’une expérience que d’un rapport à la preuve.Pour Schopenhauer, le monde est à la fois « volonté » et « représentation ». Autrement dit, la réalité ultime de la vie nous échappe : nous n’en saisissons que les formes qui apparaissent à notre conscience. La matière elle-même, étant traversée par l’activité et le mouvement, peut être comprise comme l’expression d’une Volonté. Chez Schopenhauer, la métaphysique se confond ainsi avec ce concept de Volonté, qui s’illustre ensuite dans tout ce qui vit et tout ce qui est.
De ce point de vue, Schopenhauer est à la fois phénoménologue et épistémologue. Il est phénoménologue parce qu’il interroge le monde tel qu’il apparaît à la conscience ; il est aussi épistémologue parce qu’aucun savoir ne peut prétendre accéder directement à la réalité en soi : « Le monde est ma représentation » dit-il dans son ouvrage. Sa phénoménologie se confond alors avec les représentations. Son « intégrisme » se résume dans cette citation : « Il est aussi vrai de dire que le sujet connaissant est un produit de la matière que de dire que la matière est une simple représentation du sujet connaissant ». ». (Le Monde comme Volonté et comme Représentation, p. 682).
Cette position conduit toutefois à une tension forte (si ce n’est à une contradiction) : si tout est Volonté dans sa métaphysique, comment penser la liberté, le désir ou l’amour autrement que comme des manifestations d’une force qui dépasse également nos représentations ? Sa Volonté et sa métaphysique sont alors irreprésentables. Nietzsche répondra à cette difficulté en substituant à la Volonté schopenhauerienne sa propre notion de « volonté de puissance », tournée vers l’affirmation de la vie, et non plus vers sa négation.

« Ce dont on peut parler, il faut le taire » dirait Wittegenstein. Mais continuons malgré tout l’échange, précisément, car la vie ne se limite ni à nos mots ni à nos représentations.
Résumé de ce premier parcours.
Sur le plan logique, deux lectures restent possibles. On peut partir d’une pulsion de vie qui, peu à peu, ouvre vers une finalité métaphysique. Mais on peut aussi poser l’hypothèse inverse : une métaphysique première, dont découleraient toutes les formes du vivant et de l’expérience humaine.Une autre piste consiste à comprendre cette métaphysique comme le résultat d’une expérience esthétique, au sens grec d’aisthesis : ce qui relève de la perception et de la sensibilité. Une phrase du jeune Schopenhauer va dans ce sens : « Au fond de l’être humain, il y a cette conviction consciente qu’il y a hors de lui-même une chose qui est consciente de lui, comme il l’est lui-même. (…) En toi, le ciel touche la terre. »
Reste alors une question décisive : la logique est-elle vraiment neutre dans nos rapports à la vie ? En théorie, elle repose sur des règles, des postulats et des démonstrations. Mais ses effets ne sont jamais neutres dès lors qu’elle oriente nos manières de comprendre, de sentir et d’agir.
La logique est-elle neutre dans la vraie vie ?
Si la logique peut sembler neutre, ce n’est qu’à l’intérieur d’un cadre abstrait. Dans la vie concrète, les conclusions que nous tirons d’un raisonnement transforment nos affects, nos comportements et nos choix éthiques. Par exemple, si l’on affirme que l’amour n’est qu’une ruse biologique par laquelle l’espèce cherche à se reproduire, on peut être conduit à une vision cynique : il n’y aurait pas d’amour, mais seulement une mécanique pulsionnelle, déterministe, sauvage. Selon Schopenhauer, l’individu croit désirer une personne pour elle-même, alors qu’en profondeur, c’est la Volonté de vivre qui ne cherche qu’à se perpétuer.Faut-il choisir entre un romantisme et le réalisme schopenhauerien ?
On peut bien sûr résister à ce réalisme pessimiste et défendre une vision plus romantique de l’amour. Schopenhauer y verrait sans doute une illusion. Pourtant, sur le plan logique, les deux positions — l’amour comme illusion ou l’amour comme expérience authentique — peuvent se soutenir. Ce qui les distingue vraiment, ce sont leurs conséquences concrètes : elles ne nous engagent pas dans le même rapport aux autres, aux corps, aux sentiments et à l’éthique.Faut-il dépasser Schopenhauer ?
Schopenhauer, marqué par les Upanishad, estime que la métaphysique dépasse nos représentations et que ni les mots ni l’entendement ne permettent de la saisir pleinement. Mais comment avancer si l’on refuse à la fois de se tenir enfermé dans la logique pure et de s’arrêter devant les limites du langage ? C’est ici que surgit l’une des grandes difficultés (contradictions ?) de sa pensée : plus nous sommes soumis au désir, plus nous sommes soumis à la Volonté, et plus nous sommes exposés à la souffrance. L’idéal éthique devient alors le détachement, puis la négation de la Volonté. Nietzsche y verra une forme de « négation de la vie ».
Notre rapport à l’autre est-il réel ?
« Pour pouvoir aimer quelqu’un, il faut d’abord s’aimer suffisamment soi-même », a rappelé l’un des participants. Aimer l’autre suppose en effet de se reconnaître soi-même comme sujet, afin de pouvoir reconnaître l’autre comme sujet également. Autrui n’est pas simplement un double de soi (un similaire) comme dans un miroir, il est tout autre : autrui est un « autre » soi-même dans le singulier qui le distingue, et avec lequel peut se construire une relation de reconnaissance partagée. Avec ce point de vue centré sur les interactions et sur la co-construction de soi avec autrui, nous nous éloignons de la métaphysique de Schopenhauer. Mais ce déplacement peut être fécond : il permet de revenir ensuite à sa pensée pour interroger ses rapports dans l’intersubjectivité : comment nous construisons-nous dans le devenir, tout en permettant à l’autre de se construire lui aussi ? Mais, inversement également, comment pouvons-nous nous empêcher mutuellement d’exercer librement notre créativité et le devenir que nous portons en potentiel ?Ces questions mériteraient d’être reprises lors de prochains échanges, notamment dans le cadre des cafés philo consacrés à la connaissance de soi (voir ici). En attendant, une interrogation demeure : jusqu’où pouvons-nous nous représenter l’autre dans son altérité, et nous composer avec lui ou elle ?
L’amour pur existe-t-il ? La pulsion sexuelle pure existe-t-elle ?
Une participante a évoqué le cas d’André Gide. Celui-ci choisit d’épouser sa cousine et de l’aimer d’un amour pur, c’est-à-dire sans relations sexuelles, tout en vivant par ailleurs des plaisirs sexuels conformes à son orientation homosexuelle, mais mal toléré et difficilement assumable à son époque. Cet exemple montre que pulsion sexuelle et amour peuvent parfois être vécus séparément, selon des formes d’engagement différentes et librement déterminées.Nous pouvons conclure sur cette question : jusqu’à quel point sommes-nous capables — et libres — de composer ce que nous sommes et ce que nous souhaitons devenir ? Cette liberté se joue entre ce dont nous héritons — notre corps, notre passé, notre genre, notre éducation — et notre capacité à élaborer notre volonté, nos choix et nos représentations.
Fin du compte rendu.
Merci pour votre attention. N’hésitez pas à composer votre propre compte-rendu, y compris que sur un aspect de la question, et/ou réagir à ce compte rendu.
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René Guichardan, café philo de Grenoble.
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