Cafephilos › Forums › Les cafés philo › NOUVEAU, PRATIQUE PHILO A VISEE DE CONNAISSANCE DE SOI. GRENOBLE › Séance 8 : Ce que je vois, ce que je juge, ce que je deviens.
- Ce sujet contient 0 réponse, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par René, le il y a 1 semaine et 6 jours.
-
AuteurMessages
-
23 juillet 2026 à 15h20 #8341
Séance 8 du dimanche 22 juin 2026
Ce que je vois, ce que je juge, ce que je deviens.Trois personnes, que nous nommerons Melki, Fogue et Elise, sont venues pour cette rencontre.
Le tour de table met en lumière trois questions :
1° Comment je rapporte à ma conscience ce que je perçois de moi ?
2° Comment j’interprète, je juge, je comprends ce que je perçois de moi ?
3° Comment j’envisage le devenir qui se dessine en moi ?Ces trois niveaux renvoient à des idées-phénomènes-images que chacun peut observer en lui-même. En second plan, l’interprétation que chacun a de lui-même renvoie à un ordre de références (sociales, culturelles, livresques, philosophiques) propres et singuliers à chacun. Le troisième plan, lui, fait référence à un devenir profond, éventuellement perçu par chacun. Ce devenir profond comprend lui aussi sa propre dynamique, sa propre inertie, ses propres règles. Ce plan du profond se mêle en réalité aux deux premiers niveaux : ce que je perçois de moi et les références à partir desquelles je me comprends, mais il porte en lui la possibilité de comprendre sur le long terme le mouvement du profond par lequel je me sens appelé et/ou je vois m’inscrire. Nous y reviendrons.

1° Comment je rapporte à ma conscience ce que je perçois de moi ?1° Elise se présente comme douée d’une perception, vécue comme immédiate à elle-même. C’est simple, direct, « communicatif, voire absolu et sans l’espace d’un doute dans le sentiment qu’elle a d’elle-même (sans espace entre le perçu, le vivre et le dire) : « je suis ». Son vécu est comme libérateur, source de béatitude, de calme, de sérénité. Il est accompagné d’un sentiment d’accomplissement en déploiement. (Bien qu’Elise puisse, à l’occasion, se sentir un peu en « bas »).
2° Mélki se présente comme une personne assez introvertie, peu en confiance avec elle-même et avec les autres. Il commence à se sentir un peu mieux, à exprimer ses émotions depuis récemment. Mais finalement, il constate qu’en situation d’interaction avec autrui, il reste très inhibé et souhaite rompre ce décalage entre, d’une part, se sentir presque bien avec lui, mais très mal avec autrui. Melki constate ainsi un décalage entre comme il se sent (presque en confiance) et comme il se voit objectivement dans ses rapports avec les autres. Il aimerait rompre ce décalage et se sentir plus en concordance encore entre ce qu’il se sent être et la façon dont il se voit être.
Il y a une question de « présence à soi » (savoir être soi par rapport à soi-même) et se sentir en présence à l’autre (savoir être présent dans le rapport à l’autre).
Relativement à cette concordance, Mélki s’accorde avec l’idée qu’on utilise des « masques » identitaires selon les contextes.3° Fogue se décrit comme s’il était extérieur à lui-même. Il dit de lui-même qu’il est comme un « outil » qui corrige d’autres aspects de lui (comme si tout n’était que mécanique et outillage chez lui : sa conscience est un outil qui corrige des mécaniques que sont ses affects, ses désirs). Mais, Foque estime, au total, que ces moyens « heuristiques de réussite » le conduise qu’à une faible joie en regard à l’investissement mobilisé (le jeu n’en vaut pas la chandelle). Fogue souffre de son absence de filtres sociaux et de limites personnelles, il n’ose pas partager des expériences intimes, éventuellement amorale, de peur de heurter la sensibilité des personnes, tout en exprimant le besoin de conversations profondes.
2° Comment chacun se comprend
Nous n’avons pas spécifiquement dialoguer sur cet aspect des choses, mais il se laisse deviner par les manières dont chacun comprend autrui. En effet, se comprendre soi mobilise un ensemble de références, de grilles de lecture et de jugement qu’on utilise également pour juger autrui.
Elise, dans son rapport direct à elle-même, le comprend comme une absence d’interférence et des questions parasites qui proviennent des normes du social. Comme elle l’a précisé elle-même, elle ne s’encombre pas des jugements normatifs provenant des autres. Elle est donc davantage dans un rapport authentique à elle-même. Elle suit ce qu’elle sent de ses valeurs et d’une sensibilité dans un rapport direct à elle-même. Ce rapport direct à elle-même produit une certaine confiance en Elise, une réjouissance également. Comme si son être se présentait à elle-même avec évidence. A certains moments, Elise fait référence à des cultures orientales, mais sans se les imposer comme modèles, ce sont plutôt des ouvertures.
Mélki ne cherche plus les raisons pour lesquelles il est « introverti » et/ou en manque de confiance. Il laisse entendre qu’il s’est suffisamment analysé et, d’une certaine manière, le mode introspectif et les spéculations sur lui-même ne lui sont plus avantageuses. Melki tend à voir les autres comme des miroirs à lui-même : il regarde jusqu’à quel point il se sent concerné par l’analyse que l’autre fait de lui-même. Cela renvoie à une double « méconnaissance » de Mèlki par rapport à lui-même. Il ne sait comment s’approcher de lui-même, de ses profondeurs, ni ne semble savoir de quoi elles sont faites.
Toutefois, Mèlki semble ouvert à la suggestion qui lui a été faite : d’accepter les « images », les sensations qui viennent de lui pour découvrir ce qui l’habite.
Ps : laisser monter les choses (sensations, images) qui viennent de soi est très différent et incomparable avec les « choses » que l’on vient chercher en soi. Dans le premier cas, il s’agit d’accueillir, d’écouter, de laisser-faire, de ne rien troubler, c’est une disposition d’écoute attentionnée à son égard et non contrôlante. Dans le second, on s’arme d’une volonté et de présupposés, on cherche ensuite à « forcer » ce qui est supposé être soi. En bref, on se conditionne pour obtenir ce que l’on veut.Fogue, nous l’avons dit, se voit de manière strictement mécanique, et comme étant une mécanique lui-même. Or, il en a conscience. Ce qui signifie qu’il souffre de son fonctionnement et, dans le même temps, qu’il porte en lui cette part sensible, non-mécanique, mais vis-à-vis de laquelle, il n’a aucun repère, car il ne l’a jamais écoutée. De fait, Fogue a conscience qu’il a dû « refouler » sa sensibilité. Fogue doit donc abandonner ce regard mécanique et hyper logique qu’il tient sur lui-même, néanmoins, il redoute de se laisser être, car ce qu’il porte en lui est susceptible d’être effrayant, non pour lui-même, mais pour son entourage. En effet, la part « animal » de Fogue peut se révéler « sauvage » (voire inhumaine) et être à la limite de l’acceptabilité sociale.
3° Sais-je où je vais ?
Mais où va-t-on à partir de ce que l’on perçoit de soi ?Rappelons-le, le mouvement du profond a sa propre dynamique, sa propre inertie. Il est lié aux affects de la première enfance et à ce qui a été intégré ou placé en soi par notre entourage. Or, les strates de ce profond sont, dans la majeure partie des cas, inaccessibles à notre conscience immédiate. Toutefois, certains d’entre nous peuvent avoir l’intuition des structures de leur profond en raison de la connaissance qu’ils ont d’eux-mêmes. D’autre part, la conscience du profond est également très déstabilisante pour soi, quand elle n’est pas, par ailleurs, insupportable, insoutenable (en raison des traumas de l’enfance). Il convient souvent, à ce stade, de savoir travailler à la connaissance de soi par une écoute du corps et/ou un travail sur le corps.
Rappel d’une structure du cerveau sur trois niveaux :



Elise : la transparence par rapport à soi est un signe d’aisance, qu’un certain travail a été fait et qu’il procure ses fruits. Elise fait référence également aux philosophies orientales et à des approches symboliques, voire chamaniques ou suggestives : faire appel à l’animal en soi.
Il y a donc, malgré une lecture directe de soi-même, une profondeur qui « échappe » mais qui peut être interpellée/provoquée/mobilisée par des « techniques » et des imaginaires. De quoi est faite cette structure du profond pour Elise en particulier ? Cache-t-elle autre chose de son identité ?
De façon plus général, cette profondeur est-elle structurellement séparée de soi (de sa conscience immédiate) ? Peut-on véritablement travailler sur elle ou est-ce elle qui nous « travaille » ? Autrement dit, cette profondeur de soi se laisse-t-elle interpréter comme on le souhaite ou impose-t-elle à notre conscience sa propre réalité ? Nous connaissons en partie les réponses à ces questions. En effet, puisqu’il s’agit des mémoires qui structurent notre profond, nous héritons de ce profond. Il nous faut donc, avant tout, le reconnaitre, savoir prendre conscience de la manière dont il se forme. Pour Elise, la quête reste ouverte. Il nous faut probablement mieux nous connaitre pour tenter cette approche.Mélick : en raison de la double « méconnaissance » de Mèlki par rapport à lui-même (semble ne pas savoir comment s’approcher de lui-même, ni ne savoir de quoi sont faites ses profondeurs), il importe également de mieux le connaître et qu’il ose suffisamment se faire confiance pour entreprendre des démarches. Notons qu’il accepte l’idée d’être à l’écoute des sensations et des images qu’il peut porter en lui. C’est une première approche.
Fogue : comparativement à Elise, le rapport direct à ses « affects » et à ses profondeurs est « terrifiant » car, d’une part, il les a niés (ils sont donc concentrés en une densité brute) et, d’autre part, il n’a jamais appris à les écouter. De fait, Fogue ne fait pas appel à la pensée symbolique et à des « perceptions fines », subtiles de lui-même pour se connaître, du moins, par pour l’instant. Toutefois, il a une conscience de ses manques et de ses besoins, ce qui peut constituer une base d’appuis pour amorcer des approches. Il reste motivé, sincère et ouvert à autrui pour découvrir, voire se co-construire avec autrui.
Pour conclure :
Ce petit groupe de trois personnes étaient assez hétérogènes, mais très motivés et sincères dans leur démarche. Il y a donc un potentiel pour continuer. Reste à savoir comment elles vont le faire, et si nos rencontres peuvent leur permettre d’aller un peu plus loin dans leur cheminement.Pour information, je pense me rendre disponible pour des personnes qui souhaiteraient faire une démarche de consultation philosophique en privée. J’ai conscience que les démarches en groupe, comme nous le faisons jusqu’à présent, comportent des limites, ne serait-ce que celles selon lesquelles, nous essayons d’accorder un temps pour chacun.
Pour autant, ce travail en groupe, pour qui s’évertue à en faire usage, est d’une grande utilité réflexive et peut prendre des allures de supervisions, selon l’intérêt et l’avancée en pratique de connaissance de soi des participants qui le composent.————————————-
René Guichardan, café philo de Grenoble.
– Le groupe WhatsApp des cafés philo sur Grenoble. S’enregistrer ici pour être informé des sujets
– Des cafés philo à Grenoble. Cliquer ici pour accéder aux forums (et aux comptes rendus).
> NOUVEAU : le café philo-politique pour aller plus loin que de vaines disputes. (Sujets et comptes rendus ici)
> NOUVEAU : Une pratique philo dédié à la connaissance de soi. (Sujets et compte rendu, cliquer ici.)
> Lien vers les sujets du café philo d’Annemasse d’avant, (avec comptes-rendus) ici.
> Agenda Google où sont postés nos activités cafés philo (vous pouvez vous abonner à cet agenda.) -
AuteurMessages
- Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.
