Cafephilos › Forums › Les cafés philo › NOUVEAU, PRATIQUE PHILO A VISEE DE CONNAISSANCE DE SOI. GRENOBLE › Séance 9. Du courage d’être soi et de s’inscrire dans une démarche de connaissance de soi, du rapport à ses émotions.
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25 août 2026 à 11h43 #8413
Séance 9 du dimanche 9 aout 2026
Du courage d’être soi et de s’inscrire dans une démarche de connaissance de soi,
du rapport à ses émotions.Nous étions 8 ou 9 participants-es. L’une d’elles souhaitait surtout être observatrice et se tenir un peu à l’écart.
Une question d’introduction a été ouverte sur le courage que requiert une démarche de connaissance de soi, notamment dans un groupe « café philo » qui, par principe, est ouvert, informel et vise à une réflexivité mise partage (si souhaitée).
Quelques éléments de réponse : faut-il du courage pour s’inscrire dans une démarche de connaissance de soi ?
– Certes, au début, il y a l’appréhension d’une prise de parole devant des personnes que l’on ne connait pas. Toutefois, les participants partagent ce questionnement qui porte sur le mystère, les contradictions et les difficultés à se connaître ou à comprendre ce que l’on est. Cette difficulté, parce qu’elle est commune, atténue la crainte de se lancer. Mais derrière l’appréhension partagée, nous repérons trois difficultés qui se distinguent :1° de la difficulté de reconnaitre des choses (idées, comportements, désirs) que l’on estime honteux et/ou pour lesquels, on ne tire aucune estime.
> Peur du jugement d’autrui.2° De la difficulté à rendre compte la complexité avec laquelle notre « soi » se rapporte à notre conscience. Comme s’il était trop complexe, mais probablement douloureux également, de démêler l’écheveaux que l’on porte en soi.
> Trouble en regard au sentiment de soi.3° Du fait de se sentir habité d’une intensité d’être (émotionnel) proprement déstabilisante, dérangeante qui se donne comme trop atypique, instable voire, perturbante, éventuellement angoissante.
> Trouble ontologique sur le plan de l’identité de l’être.Trois modalités dans le rapport à soi
Ces trois modalités du rapport à soi ne désignent donc pas seulement des différences psychologiques ; elles engagent des manières distinctes d’habiter sa propre intériorité. Selon que le sujet se confronte à la honte, à la complexité de ce qui l’anime ou à l’intensité parfois débordante de son être affectif, il ne se tient pas au même endroit face à lui-même ni face aux autres. Dès lors, écouter autrui, comprendre sa parole et situer ce qui se dit suppose de reconnaître cette pluralité des positions subjectives. Or dans un groupe de « connaissance de soi », il ne s’agit pas seulement d’échanger des idées, mais de composer avec des formes diverses de présence à soi. La prise de parole dépend alors d’une volonté de discernement en dépit des « gênes ressenties » et des caractéristiques propres à chacun. Il convient dans ce cas de mobiliser suffisamment de confiance en soi, de confiance dans le dispositif et en chacun de sorte que la parole puisse être accueillie et sans jugement.J’aime rappeler cette pensée d’Épictète (v. 50-125) dans le Manuel: il y a ce qui dépend de nous et il y a ce qui n’en dépend pas. En conséquence, agissons et agissons aussi pleinement que possible en rapport à ce qui dépend de nous.
Ces trois niveaux ou manières de redouter ou de se situer par rapport à autrui s’illustre bien avec la structure du cerveau sur trois niveaux (cortex, limbique et amygdalien). Le schéma ci-dessous peut être significatif pour celles/ceux qui sont avertis de cette structure neurocognitive. Il illustre la possibilité d’enjeux qui peuvent apparaître à chacun de leur niveau, mais aussi entre ces niveaux eux-mêmes. Nous n’avons pas tous le même accès à notre imaginaire, à nos émotions ou encore à notre instinct (aux émotions dans le corps), et nous n’avons pas les mêmes facilités pour les analyser, pour nous en distancier ou pour les accueillir.

Le courage de se connaître soi s’entend ainsi en plusieurs manières et sur plusieurs plans, lesquels ne requièrent pas les mêmes aptitudes, dispositions intérieures et manières de faire.
Écouter ses émotions, ne pas « savoir les écouter » et être submergé par elles.
Dans le groupe d’aujourd’hui, on peut distinguer trois façons différentes d’être en relation avec ses émotions.. Quelques exemples :
Lucie (les prénoms sont changés) laisse entendre qu’elle est en transformation avec elle-même (image de la chrysalide), elle sent bien que « ses colères » peuvent être liées à la difficulté d’être comprise (notamment par son partenaire), tandis qu’elle sait, par ailleurs, qu’elle est trop « altruiste » (fait trop abstraction d’elle-même), ce qui peut conduire précisément au fait de ne pas prendre position, de manquer d’assertivité et, finalement, de se laisser déborder par un partenaire qui, en fait, ne la connait pas (ou à partir duquel, Lucie ne se reconnaît pas / ou ne se reconnaît plus).Pour Taya, l’expérience d’une phase dépressive semble avoir ouvert un passage vers une manière d’être plus lisible à elle-même et affirmée face à autrui. Comme si, après une période d’obscurité ou de repli, une pulsion de vie en avait émergé et s’imposait avec évidence. Désormais, il ne s’agit plus d’être passif par rapport à ses émotions, mais de les interpréter comme des signes. Une émotion agréable peut indiquer qu’un besoin est reconnu ou satisfait ; une émotion désagréable peut signaler qu’un besoin demeure ignoré, frustré ou empêché. En ce sens, l’émotion, qu’elle soit agréable ou désagréable, devient une voie d’accès à soi : elle invite à chercher ce qu’elle exprime, à l’accueillir sans la rejeter (ce qui n’est pas toujours évident), puis à comprendre de quel besoin elle rélève afin d’y répondre de manière plus juste.
De toutes évidences, entre Lucie et Taya, un travail et une expérience de soi sont à l’œuvre depuis quelques temps. Le dialogue avec soi, le sens de ses émotions (de leur cause et des manières de les interpréter) s’inscrivent comme des manières de s’appartenir, d’aller vers soi, d’être plus pleinement soi et de se présenter à l’autre.Minoé, de son côté, réalise qu’elle n’a pas encore appris à écouter ses émotions comme des réalités à accueillir, à découvrir, à identifier et avec lesquelles dialoguer. Accueillir, identifier, exprimer ses émotions, puis les interpréter sont des étapes différentes dans le rapport à soi. L’ensemble de ces actions implique de se demander d’où viennent nos émotions : répondent-elles d’un besoin profond, d’une blessure ancienne, d’une peur ? Sont-elles le produit d’un conditionnement familial, social, ou sont-elles une perception de soi déjà construite ? L’écoute des émotions s’inscrit ainsi comme une certaine approche de la connaissance de soi. Elle permet d’accueillir ce qui se manifeste intérieurement et, possiblement, d’entrevoir une distance critique à soi-même. Se connaître, pour Minoé, peut consister en une première approche à entendre ce que ses émotions lui disent, à interpréter le sens qu’elles ont, à saisir des rapports de causes et de finalités qu’elles suggèrent. Il s’agit de ne plus subir ses émotions, mais aussi de ne pas les réprimer, les nier, les ignorer, ni de les prendre pour des vérités. Elles sont des signes dans une manière d’être soi.
Pour Zoé et Claude, tout semble beaucoup plus complexe pour ce jeune couple. L’intensité de leurs émotions, leur vélocité, des phases hautes et basses par lesquelles ils passent les désarment. Tout se vit comme étant immédiat, très riche, trop, car confus et déstabilisant. De fait, leurs émotions (pour ce couple, bien que chacun les vit nécessairement selon le singulier qui le compose) sont très difficiles à lire, à interpréter. Ils ne peuvent, en réalité, leur faire confiance spontanément, car elles renvoient mal à leurs besoins, il leur faut d’emblée prendre du recul par rapport à ce qu’elles incitent à faire.
L’un et l’autre peuvent se ressentir en décalage avec leurs émotions, comme si elles n’étaient pas les leurs ou comme s’ils pouvaient en être « dépossédés » (on ne peut se reconnaître dans ses émotions). Ils sont tenus, finalement, d’adopter une perspective sociologique et d’emblée plus « raisonnée », considérant l’être humain comme le produit de son environnement. De ce point de vue, les notions de « soi » résultent de mécanismes sociaux imbriqués.
Zoé et Claude sont très différents dans la perception que chacun-e à de lui-même/elle-même et dans le travail que chacun-e doit produire dans son rapport à lui-même/elle-même. Mais le cadre de ce compte rendu ne me permet pas d’entrer dans trop de détails. Soulignons peut-être que Zoé se sent davantage confrontée à du vide, tandis que Claude à une surabondance d’émotions. Mais dans les deux cas, l’action, le faire, la créativité mise en acte, la danse pour l’un et la photo pour l’autre sont des voies d’émancipation et d’apprentissage de soi.Je ne passerai pas chacun des participants en revue… Il s’agit simplement de donner quelques grandes lignes d’approches différenciées selon des typologies de présence à soi.
En résumé, un schéma du rapport à ses émotions.

Ps : bien que nous schématisons trois façons d’être relié à ses émotions, considérons que ces trois typologies ne sont pas exhaustives et qu’elles peuvent, par ailleurs, se combiner entre elles.
Pour information, je me tiens à disposition des participants qui souhaitent, à la suite de nos rencontres, aller plus loin dans une démarche de connaissance de soi => cela peut se faire autour d’un café, lors d’une promenade dans un parc ou prendre la forme d’une consultation philosophique.
Une question : Faisons-nous de la philosophie ou de la psychologie ou encore de la psychothérapie ?
Notre démarche relève d’une philosophie appliquée à une démarche de connaissance de soi. Elle ne se confond pas avec la psychologie ni avec la psychothérapie, mais elle dialogue avec des savoirs contemporains, en particulier ceux des sciences humaines et des neurosciences.Mon approche philosophique se veut appliquée en situation. Autrement dit, elle vise une certaine pertinence, un pragmatisme (Dewey) en réponse au système de représentation dialogique et émotionnel de chacun. Ainsi, je fais démarrer la philosophie à partir du vécu subjectif qui se présente à chacun. La connaissance de soi, de ce point de vue, vise à établir la possibilité pour chacun de s’approprier lui-même, y compris dans les mémoires du soma. Je m’évertue, dans la mesure de mes possibilités, à un jeu de miroir (une mise en réflexivité de la subjectivité).
La question psychothérapeutique : nous ne nous situons pas dans une promesse de guérison, qui appartient au champ thérapeutique. Toutefois, à la suite d’une meilleure connaissance de soi peut s’établir celui d’une meilleure intégration/compréhension de soi. De là peut naître davantage de sérénité et de bienveillance à son égard comme à celui de la vie en général.
Ma philosophie : je tiens que c’est à partir de soi que la compréhension émerge. La part difficile étant de pouvoir se rencontrer soi, de clarifier ce qui se joue en soi et pour soi > dans un rapport à la Nature (ajouterait Spinoza, dont j’apprécie l’Éthique).
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René Guichardan, café philo de Grenoble.
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