Cafephilos › Forums › Les cafés philo › NOUVEAU, PRATIQUE PHILO A VISEE DE CONNAISSANCE DE SOI. GRENOBLE › Séance 10, une consultation avec un HPI se connaissant très bien : déplacer son attention pour établir/modifier/créer d’autres schémes d’attachement.

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    René
    Maître des clés

      Cette consultation résulte d’une demande privée, le pseudo : Guillaume a été adopté et d’autres infos sont occultées pour protéger l’idendité du consultant. Les aspects du compte rendu présent ont été lus par l’intéressé et ont obtenu son accord avant d’être posté dans ce forum.

      Quelques éléments de vie de Guillaume :
      –
      A suivi une psychanalyse
      – A connu un burn out
      – A demandé à être hospitalisé quelques mois pour s’isoler (en lui-même et se protéger du monde)
      – Est sorti de ses problèmes d’addiction (alcool).
      – HPI

      Motif de la consultation en philosophie « connaissance de soi ».
      – Se met « tout seul » en surmenage intellectuel, pressent que sa « pensée » (ou conscience)  « décroche » du corps => risque de déréalisation ou de néantisation de la conscience « pour-soi -Sartre.
      => Ouvert sur le travail de la « conscience » : comment par la conscience que l’on a de soi, on peut revenir à soi (et/ou se connecter à l’humanité en soi) ?

      Les questions, sur un plan général, que nous nous (note1) posons peuvent se formuler ainsi : 
      – comment la pensée, l’attention (la faculté d’être attentif) s’ancrent-elles dans le soma ?
      – est-ce le soma qui commande à la conscience ses pensées ?
      – est-ce la pensée (ou la conscience) qui impose au corps ses contenus ?
      – en bref, comme se tisse et se travaille le rapport entre le soma et la conscience ?

      Note 1 : En tant que praticien en consultation philosophique, la position d’écoute, d’analyse, d’attention à l’autre n’est pas « surplombante » : on cherche ensemble la question qui se pose au consultant. D’où le fait que le consultant doive se reconnaître dans la ou les questions qu’il se pose à lui-même. En effet, lorsque c’est le cas, le consultant peut pressentir que ses questions dessinent un cheminement pour lui, elles font sens. Elles peuvent ainsi ouvrir une porte qui fait principe de reconnaissance par lui-même.
      => Cette dynamique de questionnement peut creuser le sillon d’une conscience réfléchissante structurante pour soi.
      Précision : La conscience réfléchissante peut faire autant référence à Kant (Faculté de juger), qu’à l’idée de réflexivité ou encore à la plasticité du cerveau. Pour le dire autrement, l’effort d’attention mobilise une énergie productrice de circuits neuronaux. Si l’écoute de soi, qui est le plus souvent passive (on écoute ce que l’on porte en soi), y compris si cette écoute est « intense », cette attention à soi peut se révéler insuffisante. En raison notamment du ressort chaotique, douloureux ou destructuré des mémoires profondes engrangées dans le soma. Il s’agit alors de rechercher, avec le consultant, la possibilité d’une créativité positive, efficiente, productrice de connexions neuronales nouvelles.
      Un mot par rapport à la conscience du soma : Spinoza nous inspire autant qu’ Antonio Damasio (voir ici, l’une des dernières interviews du neuroscientifique).

      Une impression de départ :
      Le fait que Guillaume se connaisse très « bien » facilite grandement la possibilité d’aller directement là où les problèmes se posent, c’est-à-dire, dans cette zone intermédiaire où la conscience de soi rencontre le soma.
      Rappel technique préalable : le cerveau sur trois niveaux.  
      Le fait que Guillaume se connaisse bien et se trouve animé d’une conscience plutôt fine et précise du rapport entre les questions qu’il se pose (structure cognitive), le sentiment de soi (structure limbique) et ce que son corps lui impose (soma et niveau amygdalien), cela nous permet d’adresser notre questionnement vers des niveaux intermédiaires qui le concernent aussi directement que possible.

      Je ne vais pas rapporter ici tout ce que nous nous sommes dit avec Guillaume, mais compte tenu du travail qu’il avait déjà fait sur lui-même, une attention et/ou des « préconisations » lui ont été adressées, elles se rapportent à chacun des trois niveaux de sa structure psychique :

      Donc, par rapport à la conscience de soi (structure cognitive) :
      Guillaume sait que, s’il se dévalorise, c’est, d’une certaine manière, le fait d’avoir intériorisé / intégré, un rapport d’exigence et de dépréciation :
      – cette exigence répond de l’attente de ses parents et, en particulier, à une ruse « phénoménale » de sa maman, dont Guillaume a perçu le schème et les conséquences.
      =>dépossession de soi (de se reconnaitre soi), car son attention est tenue captive depuis avant naissance par une ruse phénoménologique incarnée par sa maman.

      Sur ce niveau, Guillaume sait prendre soin de lui, bien que ce soin apporté à soi-même est « exigeant » en lui-même. Autrement dit, il n’est pas automatique, il requiert une hygiène de vie et d’être particulièrement attentif à ses « désirs ». Guillaume dit : « Je marche qu’à l’envie… Si je n’en ai pas envie, je ne fais pas. » Mais dans le même temps, Guillaume est conscient du cycle qui le menace : surinvestissement intense (écriture en transe, travail 6h–23h), puis effondrement, « crise », « vide ». Donc, sur un plan métacognitif :
      => dépréciation et critique de soi, du système psychique et de la mentalité « capitaliste » induite (culte de la performance et de l’auto-exploitation de soi)

      De fait, Guillaume sait, en partie, comment désamorcer ce cycle (se changer les idées, changer d’environnement, rencontrer des connaissances, bref, faire un break d’une manière ou d’une autre).
      Mes propositions vont dans ce sens : lâcher prise l’autodépréciation, car il en connait les raisons, ne pas lutter contre elle, mais porter son attention (sa conscience) sur le fonctionnement économe de sa structure psychique. Autrement dit, saisir par la conscience la « volonté » (ou la clé du désir ou le principe de conservation, le conatus) qui l’anime.

      Donc, sur un plan plus profond :
      Guillaume est « sincèrement » et authentiquement investi dans le questionnement philosophique et le sens que recouvre sa vie. En effet, la mort n’est « plus » un problème. Du moins, il sait qu’il doit assumer sans faux détour sa propre fin, c’est donc tout son être et sa conscience d’être qu’il mobilise dans un dépassement de soi, c’est-à-dire, un dépassement de l’ego et/ou d’un narcissisme qui l’enclorait sur lui-même. Nous nous trouvons là au niveau des structures limbique (récit de soi et sentiment de soi se mêlent) et, à une articulation où l’on devient ce que l’on est par nos manières de nous relier à autrui (autant à soi qu’à autrui). En fait, soi et autrui se regarde en miroir l’un de l’autre, au point où l’on ne sait plus où commence le « soi » et où commence « autrui ». Ici, il importe de se centrer sur soi, notamment sur sa respiration. Et son « attention » peut alors se porter non plus sur une performance mais sur son interlocuteur.

      En effet, Guillaume découvre depuis peu qu’il peut s’adresser à autrui sans préparer son « discours » (sans volonté de contrôle), ce passage résulte de la focale de son attention : à quoi est-il attentif lorsqu’il s’adresse à autrui ?
      Ici, l’acte de création de soi prend comme support, non pas sa peur ou le besoin de contrôle, mais l’attention que l’on porte à autrui, en particulier, sur une manière de se connecter à lui (ou de se mettre en rapport à lui)
      Il s’agit ici de « ranimer » ou d’animer ou encore, de mettre en place des « connexions » qui restaurent ou inaugurent des liens d’attachement (inexistant ou blessés) à autrui et, plus profondément, à l’humanité en l’autre, ou encore, à l’enfant en l’autre.

      Il s’agit d’une pratique susceptible de modifier des schèmes intérieurs.

      J’en resterai là pour ce compte rendu.

      Merci pour votre attention.
      Si l’intéressé veut réagir sur ce forum, je le ferai en son nom.

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      René Guichardan, café philo de Grenoble.
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