Cafephilos Forums Les cafés philo NOUVEAU, PRATIQUE PHILO A VISEE DE CONNAISSANCE DE SOI. GRENOBLE Séance n°4 : thématique abordée : le flou et l’indétermination, la folie et la norme et qu’est-ce que se comprendre ?

  • Ce sujet contient 0 réponse, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par René, le il y a 1 jour.
Affichage de 1 message (sur 1 au total)
  • Auteur
    Messages
  • #8190
    René
    Maître des clés

      Compte rendu de la séance 4, du 17 mai 2026

      Nous étions 7 pour cette séance. Ce chiffre est peut-être un maximum pour s’autoriser, en tant que groupe restreint, à aller vers un peu de profondeur. Cela dit, la dynamique d’un groupe est toujours propre à chacun d’eux, tandis que les synergies et les problématiques qui s’y travaillent restent uniques.

      J’ai repéré trois grands thèmes dans notre échange :
      1° Le flou dans les interactions, voire dans le cadre de nos échanges.
      2° Qu’est-ce que la folie ? (Nous sommes toujours le fou de quelqu’un d’autre et/ou relativement à une norme ?)
      3° Qu’est-ce que comprendre (comprendre l’autre et/ou se comprendre soi-même) ?

      1° Le flou, inquiétude ou liberté-créative ?
      Le flou dont il est question ici est celui relatif à un moment de flottement qui intervient à propos du sujet (qu’est-ce que le soi et la connaissance de soi), puis, quelle pratique philo à propos de la connaissance de soi et quelle est la méthode ?

      Trois niveaux de réponse : la question et la pratique de la connaissance de soi est nécessairement « individuelle », mais aussi spécifique à l’endroit où chacun se situe. Nul n’est totalement ignorant de lui, et chacun, venant dans ce café philo, a déjà entrepris des démarches en vue de se connaître, de se comprendre. Donc, il y a « philosophie » dans la mesure où l’on s’évertue (assume) de questionner ce que l’on est (c’est-à-dire ce qui se présente à soi dans sa conscience). Il y a donc deux choses à distinguer : ce qui se présente à sa conscience d’une part et, d’autre part, la façon et les références par lesquelles je pense et réfléchis ces choses.
      Le second point touche l’indétermination. Elle est entendue comme la possible de liberté de se « penser soi » et d’envisager du devenir. Bien que l’un et l’autre ne soient pas « donnés » et/ou évidents. On en postule une liberté possible.
      Enfin, le dernier point touche peut-être à ce que chacun est susceptible de rencontrer en lui-même, dès lors qu’il/elle cherche à se connaître.

      > il est fort possible qu’une inquiétude soit liée (ou proviennent) de l’un de ces trois points et/ou de l’ensemble de ces trois niveaux :
      Comment je pense la connaissance de soi par la diversité de ce que cela signifie pour chacun.

      – Qu’est-ce que la folie ?
      Sommes-nous toujours le fou de quelqu’un d’autre ? Ne sommes-nous fous que relativement à ce que disent les « autres », autrement dit, que relativement à une norme, qu’elle soit sociale (l’environnement proche), administrative (ce que décide le gouvernement) ou encore médicale (ce qui fait débat au sein des approches psychiatriques, psychologiques et thérapeutiques) ?

      L’échange entre les participants a été éclairant (expérientiellement éclairant) pour cette thématique. En effet, nous abordons un registre de l’intime non-indiscret, mais ultra-spécifique : comment chacun s’apparait à lui-même ? Comment chacun apparaît à sa propre conscience ? C’est moins le quoi qui nous importe que le « comment », c’est-à-dire :
      > jusqu’où sommes-nous ouverts et/ou transparents à ce que nous « ressentons » et aux images qui peuvent nous submerger ?
      > Ce qui nous habite (les sensations, les pulsions, les images, nos désirs, ce que le corps « dit »…) sont-ils inquiétants, effrayants, affolants ou tout simplement incompréhensibles, étranges, désolants ?
      Remarquons comment je passe du « constat » (étrange, inconnu, incompréhensif) à « l’appréciation » (effrayant, désolant).

      La folie, est-ce que ça fait mal ?
      C’est une question qui se pose pour certains d’entre nous. Sommes-nous inquiétés par ce que nous « expériençons » en nous (états et sensations étranges) ou est-ce que cette étrangeté fait mal en tant que telle ? Elle serait alors une sorte de mémoire « traumatique » ?
      Il y a ici comme une « imprécision » dans ce qui se vit. L’étrange fait-il peur en même temps qu’il est douloureux ou alors, me fait-il simplement peur et, à la suite de quoi, j’ai mal, car cela m’isole du monde ? Autrement dit, le monde m’est incompréhensible et dans le même temps, il ne pourrait me comprendre.
      Dans le fond, qui suis-je ? Suis-je un être totalement isolé du monde ? Ou est-ce mes « traumas » qui me font me percevoir tel que je me perçois, c’est-à-dire comment un étranger à moi-même ?

      La folie, est-ce bien, est-ce confortable ?
      Autre possibilité : j’ai appris à ne plus craindre mon étrangeté. Au contraire, je le vis comme un apprentissage de différentes « zones géographiques » dans mon psychisme. Et, cet apprentissage m’est bénéfique, apaisant. Je voyage ainsi en moi et en différents espaces géographiques de mon univers psychique (schizophrénie ? le mot (diagnostic) a été évoqué) et, finalement, j’accepte de découvrir tout ce qui est en moi, je trouve que c’est bien, c’est confortable. Dans ce cas, je ne me bats plus avec moi-même. Je m’accepte et/ou j’accepte ce qui est.

      On distinguera facilement par rapport à ce schéma  :
      1° se reconnaître (= on voit quelque chose que l’on connait déjà, donc on le reconnait, rapport à une sorte de réminiscence et/ou d’estime de soi)
      2° s’accueillir (= se vit comme un plaisir, comme un désir et peut comprendre une forme de jouissance-reconnaissance > davantage d’estime intérieure et/ou de gratitude envers la vie)
      3 s’accepter (= peut relever autant d’une passivité (on constate que l’on est ainsi), que d’une résignation. Dans le cas d’une résignation, on pâtit de soi, on ne s’accepte pas encore. Mais peut-être est-on en chemin vers un accueil et/ou une reconnaissance de soi ?

      Des références (au cas où) :
      – Mathieu Bellahsen; La révolte de la psychiatrie. Une interview.
      – Georges Canguilhem, médecin, philosophe et historien des sciences. Le normal et le pathologique. 
      Les Arcanes du vivant. André Bullinger. Du développement psycho-moteur de l’enfant (ou comment on devient un sujet)
      Psychiatrie : l’état des lieux alarmant – Dialogue avec le Dr Alexis Bourla et Fabrice Midal. 

      Qu’est-ce que comprendre, qu’est-ce que se comprendre ?
      L’étymologique peut renvoyer à co-prendre (prendre avec, intégrer, saisir une totalité) si bien que l’acte de « co-prendre » n’est pas seulement « cognitif – intellectuel», il peut se « comprendre » comme une expérience de soi, de l’autre, comme une rencontre avec autrui. Mais signifie-t-il également « empathie » (aptitude à comprendre l’état mental et affectif de l’autre) et à se mettre à la place de l’autre ? Jusqu’où est-il effectivement possible de rencontrer/comprendre l’autre ? Jusqu’où pouvons-nous nous représenter l’état mental et affectif d’autrui ?
      La question s’est posée notamment par rapport à la diversité culturelle du groupe. Par exemple, peut-on comprendre les ontologies de l’être (du moi) des totémistes et/ou des animistes, des shamans (Philippe Descola – voir ici). Alors que dire pour une personne qui ne partage pas la même langue que nous (le français) ou qui a connu des traumatismes de guerre, de la maltraitance, des agressions sexuelles ou des viols ? Jusqu’où nous comprenons-nous entre nous, mais aussi, chacun à l’égard de soi en ses différentes strates ou mémoires émotionnelles ?

       Autre possibilité : pouvons-nous partager une « folie à deux» ou une « folie communautaire », c’est-à-dire le fait de s’enfermer dans un entre-soi (comme dans une forme de secte = syndrome de la folie à deux), et de ne comprendre personne d’autre que le cercle restreint dans lequel on se trouve ?
      Au-delà de tout jugement, l’idée se pose pour chacun de savoir apprendre, voire d’oser apprendre ce qui se présente en soi et/ou ce qui se perçoit chez l’autre.
      ——

      Une ou deux idées retenues :
      « il s’agit de naviger entre différentes réalités, de se balader dans des zones de soi, des espaces psycho-géographiques.
      « De l’anima à l’animus » ou de la part d’ombre de soi, de la part féminine et masculine de soi (Carl Gustave Jung)

      Fin du compte rendu.
      Freud, Carl Gustave Jung ont été cité, mais aussi Jiddu Krishnamurti (dont un film documentaire présente le biopic ce jeudi 28 mai à 20h00 à Mon Ciné, Saint Martin d’Heres. Voir ici.)

      Merci pour votre attention.
      Vous pouvez réagir à ce compte rendu et/ou poser vos questions, soit comme lecteur de ce forum, soit comme participant à ce groupe.

      ————————————-
      René Guichardan, café philo d’Annemasse.
      Des cafés philo à Grenoble. Cliquer ici pour accéder aux forums (et aux comptes rendus).
      Le groupe WhatsApp des cafés philo sur Grenoble. S’enregistrer ici pour être informé des sujets (bientôt, nous passerons vers l’application Signal).
      > NOUVEAU : Le groupe Signal pour une philosophie pratique de la connaissance de soi. Cliquer ici.
      > Lien vers les sujets du café philo d’Annemasse d’avant, (avec comptes-rendus) ici.
      > Agenda Google où sont postés nos activités cafés philo (vous pouvez vous abonner à cet agenda.)

    Affichage de 1 message (sur 1 au total)
    • Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.