Cafephilos Forums Les cafés philo Les sujets du café philo d’Annemasse Ce lundi 03.07.2023, Paul présente : Les loisirs ont-ils du sens dans notre société ? + Le compte rendu + Question de méthode du café philo.

  • Ce sujet contient 4 réponses, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Rossi, le il y a 1 année.
5 sujets de 1 à 5 (sur un total de 5)
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  • #6711
    René
    Maître des clés
      De la place des loisirs dans notre société ?
      Sujet et introduction proposés par Paul. Merci à lui

      Autrefois considérés comme futiles et que seules les personnes désœuvrées et/ou de classe inférieure s’adonnaient, les loisirs ont pris une place croissante dans notre vie quotidienne.

      De la simple partie de cartes de belote dans les bars, aux jeux de société en famille, ou plus cruellement de la chasse à courre au renard, aux réunions de jeux vidéo Lan des nouvelles technologies entre les jeunes ou encore des week-ends thématiques sur tel ou tel passetemps, les loisirs deviennent de plus en plus variés, évolués et complexes surtout pour les personnes qui viennent de commencer.

      Cependant, ces pratiques qui, pour certains se transforment en addiction, conduisent-elles à une évolution positive de nos affects avec des possibilités d’ouverture d’esprit, de créativité et de création de lien social ?
      Ou au contraire ces pratiques nous coupent-elles insidieusement de la réalité du monde, de ce qui est vraiment important dans la vie ?
      Ces pratiques nous rendent-elles esclaves au même titre que le drogué, nous font-elles régresser et partir à la dérive ? Nous font-elles oublier nos objectifs, notre vie, la possibilité qu’elle ait un sens ?

      Peut-il exister un équilibre bénéfique entre les deux mondes, ou y en a-t-il toujours un qui aimerait se prévaloir sur l’autre ?

      Certains loisirs peuvent-ils nous permettre de mieux nous sentir dans la réalité du quotidien ?

      La vie quotidienne peut-elle être influencée par certains loisirs et vice-versa ?

      Peut-on considérer des taches banales que nous faisons chaque jour comme un loisir et ainsi réunir naturellement passion et vocation, mission et vocation ?

      Un mélange de ces éléments peut-il nous permettre de trouver notre Ikigaï, terme japonais qui signifie atteindre une joie de vivre, car nous avons trouvé notre raison d’être d’être humain ?

      Des ressources éventuelles :
      Guy Debord – La Société du Spectacle – par Politikon.
      Repenser le travail aujourd’hui. Yves Clot. Psychologue du travail.

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      Le compte rendu du sujet de la semaine passée est posté ici (cliquer) : L’humour peut-il nous sauver pour un instant ?

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      Règles de base du groupe
      – La parole est donnée dans l’ordre des demandes, avec une priorité à ceux qui s’expriment le moins.
      – Chacun peut prendre la parole, nul n’y est tenu.

      Pour limiter les effets de dispersion dans le débat
      – On s’efforce de relier son intervention à la question de départ, de mettre en lien ce que l’on dit avec ce qui a été dit.
      – Pour favoriser une circulation de la parole, de sorte à co-construire le débat avec les autres participants, on reste concis.
      – On s’attache davantage à expliquer la raison de sa pensée, plutôt qu’à défendre une opinion.
      – On s’efforce de faire progresser le débat.
      – Concrètement, on évite de multiplier les exemples, de citer de longues expériences, de se lancer dans de longues explications, mais on va au fait de son argumentation.

      > Le moment de la conclusion peut donner l’occasion d’un exercice particulier :

      – On peut dire ce que l’on pense des modalités du débat.
      – On peut faire une petite synthèse d’un parcours de la réflexion.
      – On peut dire ce qui nous a le plus interpelé, ce que l’on retient.
      – On peut se référer à un auteur et penser la thématique selon ce qu’aurait été son point de vue.
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      Avec ou sans préparation, chacun est le bienvenu, les cafés philo sont par définition, contre toute forme de discrimination et de sélection par la classe sociale, le niveau scolaire, etc.

      ————————-
      René Guichardan, café philo d’Annemasse.
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      Ici, nous postons des cours, interviews, conférences dont nous avons apprécié la consistance philosophique
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      #6730
      René
      Maître des clés
        Compte rendu : De la place des loisirs dans notre société ?

        Nous étions une dizaine de participants. Tous des habitués (ou presque), certains d’entre eux ne venant que ponctuellement.

        Nous observons trois temps dans notre échange. Celui de définir le terme « loisir », celui de resituer sa place dans l’histoire et les sociétés et le troisième temps, celui de penser la possibilité de s’émanciper d’une société aliénante. En effet, l’une des illustrations de cette aliénation consiste à faire passer l’emploi salarié pour un lieu d’épanouissement, alors qu’il devient de plus en plus un moment d’adversité, de compétitivité, d’asservissement, mais aussi de précarité, d’incertitude. De fait, il y avait une double question derrière l’introduction de Paul : l’idée positiviste selon laquelle, de son emploi salarié, on peut toujours en tirer un avantage psychologique, mais, et plus fondamentalement, la seconde question qui est posée est celle du sens de l’épanouissement que chacun poursuit dans un monde devenu complexe, insécure et incertain. Ainsi, la trame de fond qui nous interroge ne porte pas sur le loisir en tant que tel, mais sur le sens d’un épanouissement qui inclut toute notre société d’aujourd’hui, c’est-à-dire, notre vie privé, publique, familiale, professionnelle. En bref, c’est notre modèle de société qui est questionné. Permet-il qu’on s’y épanouisse ?
        > Il s’agit de ne pas créer un empire dans un empire – Spinoza, mais d’intégrer l’idée que la vie et son épanouissement s’inscrivent dans un processus global qui comprend tous les aspects de notre vie. (Références en bas de page)

        Pour l’instant, le premier niveau d’épanouissement dont il est question dans l’introduction de Paul peut, certes, être mis en œuvre dans des situations contraintes (emplois pénibles, répétitifs), mais précisément, il s’agit, dans ce cas, d’échapper à une pénibilité, de se préserver, de se protéger. Or, ce talent, pourtant bienvenu et ponctuellement salutaire, peut prendre la forme d’une ligne de fuite sans retour car, à trop s’adapter, on ne questionne plus rien, on s’évade au risque de décrocher du réel. Le sens de l’épanouissement, dont nous parlons et qui est aussi sous-tendu dans l’introduction de Paul, ne peut pas être parcellisé au risque de tout éparpiller. Cet épanouissement doit être envisagé à la fois sur un plan plus profond et plus englobant. Deux ou trois grands axes se détachent pour y penser :
        1° celui de la découverte de soi : ouvrir son horizon, apprendre de la vie, à expérimenter sa liberté, à écouter son intensité d’être, ses peurs profondes, mais aussi la joie profonde d’exister,
        2° celui de notre rapport au monde : comprendre notre aptitude à rencontrer autrui, à prendre en considération l’environnement, ses limites ; comprendre aussi le fonctionnement des groupes sociaux (sciences humaines), celui des institutions sociales et démocratiques, et
        3° observer les porosités, c’est-à-dire, les interactions entre les humains, entre et avec les groupes qu’ils forment, puis les effets de corps et les boucles systémiques que cela entrainent.

        C’est un jeu de poupées russes qui jouent entre elles, chacune peut apprendre à se connaître, à connaître les autres et à voir l’ensemble du ballet qui se dessine. Ainsi, la question que nous nous posons est, pouvons-nous directement être connectés à des rapports épanouissants avec autrui, comme également lorsqu’on est à son poste de travail et comme on peut l’être dans la vie en général ? Autrement dit, l’hypothèse sous-tendue à notre question est : notre vie et notre mode de vie doivent plutôt être liés à l’idée d’une humanité que l’on porte en soi et/ou à laquelle, on travaillerait pour la faire advenir délibérément et en toute conscience. On le voit, la question du loisir ouvre sur plusieurs questions de fond. Mais commençons par la première d’entre elles, qu’est-ce qu’un loisir ?

        Qu’est-ce que le loisir ?
        Grâce au dictionnaire que nous avons sur place, la réponse nous est donnée : « Etymologie du latin, licere = être permis (avoir licence). Temps étranger aux occupations habituelles et dont on peut disposer librement, sans contrainte, pour faire ce que l’on veut et épanouir sa personnalité. »
        Selon le philosophe Dumazedier (Vers une civilisation du loisir), c’est un temps que l’on dégage de ses obligations professionnelles, familiales et sociales.
        Nous nous sommes posés la question de ce temps de loisir mais aussi de liberté, entendu comme, se rendre disponible à soi-même. Mais nous manquons de donnés (historiques, anthropologiques) pour situer précisément ce que des êtres humains font quand ils sont disponibles à eux-mêmes selon les époques (de l’antiquité au début de l’ère industrielle). On part de l’idée que les sociétés (avant l’ère industrielle) étaient mieux ritualisées, car les membres qui les composaient, partageaient le sentiment de vivre dans un monde « commun » (l’église est encore au centre du village). De fait, l’image du monde que le citoyen se représentait, aussi disparate qu’elle puisse l’être d’un corps social à l’autre, reposait sur un ensemble de croyances et de valeurs situées, voire communes, sinon connues des uns et des autres (honneur, patrie, dignité, fidélité, spiritualité). Aujourd’hui, il est très difficile d’établir des lignes de continuité entre la diversité des différents mondes que chacun de nous habite (Norbert Elias, Une société d’individus). Le paradoxe étant que nous aurions tous en commun l’image d’un monde où chacun est « isolé » à la fois en lui-même et dans la représentation du monde qu’il se fait.
        D’ailleurs, cette notion de « disponibilité à soi-même » semble résulter de notre modernité post-industrielle qui a vu se développer une manière particulière de s’individualiser, de se couper des autres, de la nature et d’intérioriser notre mal « existentiel » en un regard « intrasubjectif » : un individu individualiste, comme le conceptualise le philosophe, Mark Hunyadi, un empire dans un empire comme le redoute Spinoza.

        Loisirs et époque moderne
        Dans tous les cas, on considère, pour l’époque moderne (depuis le début de l’industrialisation), puis avec les années 60 (qui voient une émancipation d’avec les figures de l’autorité), puis les années 90 (qui voient s’ajouter la globalisation et internet) que les activités de loisirs ne sont plus liées nécessairement à une obligation professionnelle, les frontières deviennent de plus en plus floues. C’est comme si toutes les activités, quelles qu’elles soient, étaient une opportunité pour vivre un moment d’épanouissement ou de réjouissance. Quoiqu’il en soit, aujourd’hui, les activités de loisir restent suggérées, de près ou de loin, par le marché de la consommation, les lobbys, les publicités, les médias, les influenceurs monétisés par les Gafam, lesquels contrôlent l’accès aux informations, à leurs contenus et à nos connexions. De fait, quand on parle de temps libéré, de quoi peut-il l’être ? Peut-on s’extraire de la société, penser et agir comme si nous n’en étions pas le produit ? Mais d’autres questions se posent par rapport à l’idée d’épanouissement qui constitue la trame de fond de notre débat : le besoin d’amitié, de se retrouver avec des connaissances, avec ses enfants, sa famille ou sur un stade de foot, de quelle manière ces « loisirs » ne sont-ils pas aussi importants que celui de « gagner » le nécessaire pour vivre ? De quelle manière ces temps hors emploi ne sont-ils pas des besoins aussi essentiels à notre développement, à notre bien-être, à notre santé et à notre équilibre, que ceux qui répondent de nos besoins biologiques (se nourrir, se vêtir et d’avoir un logement) ?

        Ainsi, lorsqu’on parle de loisirs individuels ou collectifs, de la rando seule ou en groupe, de la pratique en salle de gym, du parapente, de la pétanque ou des parcs d’attraction, le loisir est nécessairement sous-tendu par l’offre qui est disponible et accessible à son groupe d’appartenance, à des habitus et à son niveau de vie. Ce temps libre s’inscrit tout autant que nos besoins biologiques dans ce qui participe à un épanouissement non moins essentiel par rapport à nos relations, à nos affects, à notre équilibre psychologique. On voit ici que la question de l’épanouissement doit être pensée comme une architecture qui dépasse l’activisme du moment, le sensationnalisme et l’évasion pure et simple pour compenser l’aliénation consumériste que captive l’affairisme globalisé (la pensée utilitariste généralisée).

        La liberté créative du loisir ou la fuite ?
        Nous observons également que la suggestion du loisir (du temps libéré de nos contraintes) que chacun se représente, peut résulter d’une réaction paradoxale : se couper de tout lien, s’isoler. En effet, les procédures dans l’emploi comme dans notre mode de vie privée sont, pour beaucoup d’entre nous, intériorisées avec trop d’injonctions, trop de perfection, trop d’obligation. En réaction, on peut se sentir emprisonné au sein de sa famille, dans la salle de sport et lors de ses loisirs (Culte de la performance, Ehrenberg). On peut être ainsi amené à choisir entre le burn-out, la dépression ou l’appel de la forêt (de la montagne ou du désert) pour se libérer (se sentir soi, chercher qui on est).
        Dans tous les cas, que nos loisirs visent à une recherche de soi ou à fuir son monde, à terme, le retour à la société est à anticiper. Mais comment y revenons-nous ? Comment renouvelons-nous notre rapport à autrui, au social, comment, de notre quête et de nos trouvailles lors de nos loisirs ? Sommes-nous prêts à réinventer notre aptitude à renouer contact ? Ou comment restons-nous toujours aussi aliénés, prêts à renforcer nos attachements ? Comment, en ne sachant pas quoi faire, en restant dans un entre deux, sans engagement authentique ou sans transformation intérieure, pouvons-nous rester coincés dans un compromis qui, à terme, ne peut que nous enliser ? Croyons-nous reculer pour mieux sauter ou sommes-nous vraiment en train de nous transformer ?

        Pour conclure.
        J’ignore si nous sommes allés plus loin dans notre questionnement ce soir, car la question restait tentaculaire et sur plusieurs niveaux. Une autre difficulté pointait. Le besoin de sens est intimement lié ou interprété comme un besoin d’existence pour soi, lui-même est corrélé au besoin de « reconnaissance » (de narcissisme ?), de mise en visibilité de soi. Comme si l’individu ne sortait jamais de lui-même. Si bien que ce souci de soi pour soi semblait se confondre avec le souci de l’image de soi que l’on projette dans le regard de l’autre, comme si nous en redoutions le jugement, la dépréciation. A nouveau, c’est toujours « soi » qui crie partout : moi, moi, moi. En bref, il était difficile de faire la part des choses entre se servir des autres pour se mettre en valeur (faire un usage des autres), et partager sa réflexion avec d’autres de sorte à se co-construire en réflexivité, puis avec une reconnaissance partagée dans les interactions avec toutes les parties ayant participées à l’échange.

        Ps : ce point, qu’est-ce qui s’échange dans des interactions, comment elles modifient chacun ? Comment nous nous impliquons ou comment nous en tirons profit (statut de consommation) méritent d’être creusée, précisée plus abondamment, tant il est vrai qu’aujourd’hui, de nombreuses choses nous paraissent gratuites, dues ou allant de soi, alors qu’elles supposent une sorte d’engagement, d’éthique, des conditions d’existence et d’implication dans ce qui s’échange. Indirectement et philosophiquement, je pense à J. Dewey dans, Le public et ses problèmes. Vidéo ici, ou article ici.

        Quelques références :
        – Joffre Dumazedier, sociologue. Le droit à la paresse et aux loisirs. 1966. Ina. Durée : 5mn.
        Loisir et société. Traité de sociologie empirique. Gilles Pronovost (Québec). 2017. Durée : 7mn.
        La société de loisirs est-elle une fabrique à crétins ? Olivier Babeau, auteur de «La tyrannie du divertissement». Durée : 22mn
        Les loisirs dans un monde effondré (ou loisirs avec des ressources restreintes) Durée 7mn
        “L’ homme n’est pas un empire dans un empire”. L’explication de texte de Kidsvacances.
        Mark Hunyadi – Entretien (La tyrannie des modes de vie). RFI. Durée : 48mn
        Le divertissement selon Pascal. Par le Précepteur. Durée 25mn
        – Norbert Elias. La civilisation des moeurs. En 5.11mn par l’institut : Chaos Internationnal.
        Norbert Elias, par SocioGeek. Durée 20mn.
        Indispensable, si vous ne l’avez pas vu. Yves Clos. La gauche se trompe quand elle parle du travail. Interview. Durée 38mn

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        Voiri ci-dessous, un commentaire sur ma méthode des comptes rendus et sur mon animation du café philo
        #6735
        René
        Maître des clés
          Question de méthode à propos du café philo et de mes comptes rendus

          Dans un café philo, on ne peut procéder (à mon avis) avec une méthode scolaire (comme si un professeur ou un animateur d’atelier déroulait ses réponses ou traitait la question sur un mode analytique, méthodique). Il s’agit plutôt, (c’est mon approche) de prendre en compte l’imprécision des questions, tout autant que l’ambition qui les sous-tend, ainsi que la diversité des interventions.
          Cette diversité montre bien des « niveaux » de questionnement qui engagent à aller vers le fond des choses comme vers ce qui “englobe”. Je m’efforce de conjuguer : analyse et synthèse, profondeur et prise de recul. D’où le fait que mes comptes rendus ressemblent davantage à une synthèse de certaines problématiques retenues, qu’au cheminement chronologique des idées parcourues durant le débat.

          Je prends aussi en compte deux autres éléments par rapport au café philo: nous sommes entre adultes, et nous devons assumer, en nous-mêmes, en entrant dans un café philo, que nous pouvons nous tromper (en termes de connnaissance et d’information, en termes également de construction de nos raisonnements), de fait, nous acceptons le conflit d’idées, précisément pour le dépasser, et pour apprendre à faire des pas-de-côté, autrement dit, à savoir envisager d’autres points de vue que le sien. Et c’est le second élément : construire des regards décentrés.
          La philosophie, et sa branche, l’épistémologie, sont supposés nous aider à construire une capacité critique, c’est-à-dire, une capacité réfléxive qui réinterroge nos concepts, informations et raisonnements (conceptualisation, argumentation et problématisation), mais la réflexion à propos de nos figures de raisonnement ne sont rien (peut tourner en rond, piège rhétorique) si l’on ne sait “DÉCENTRER” son regard, c’est-à-dire, adopter un autre regard pour penser à partir de lui, et non plus seulement à partir du sien. C’est ce que fait à merveille, l’anthropologie, et ce que peuvent nous aider à faire les sciences humaines en général. C’est toute la question de l’usage et de l’intérêt de la transversalité : ne pas être réduit qu’à son domaine de savoir ou à sa spécialité.
          A propos de transversalité et d’anthropologie, dans ce forum, je poste des liens vers des conférences de Maurice Godelier.
          Et dans ce forum, je poste des liens vers l’énaction et la phénoménologie qui sont intimement liés en ce qu’ils permettent de tisser des liens entre des sciences humaines et la philosophie.
          Enfin, dans ce forum, je poste des liens vers une diversité d’auteurs, de cours, de conférences dont j’ai apprécié le sérieux, la pertinence, l’intérêt. Bien entendu, ce regard n’est qu’un partage qui dit à partir de quoi je pense, ce qui, à un moment donné, m’a inspiré.

          ————————-
          René Guichardan, café philo d’Annemasse.
          > Lien vers les sujets du café philo d’Annemasse, ici.
          > Lien vers le forum des problématiques de notre temps (écologie, guerre, zoonose, démographie et philosophie.
          Ici, nous postons des cours, interviews, conférences dont nous avons apprécié la consistance philosophique
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          #6743
          René
          Maître des clés

            Ci-dessous, une analyse de l’introduction de Paul :

            Paul questionne la place des loisirs dans la société.
            Certes, sa vision des loisirs d’autrefois est peut-être “maladroite”, car ce ne sont pas uniquement les désœuvrés qui s’y adonnent, mais les observations conclusives de Paul sont vraies (place croissante et complexe des loisirs dans notre société) tandis que les questions qu’il pose sont pertinentes.

            [b]
            Autrefois considérés comme futiles et que seules les personnes désœuvrées et/ou de classe inférieure s’adonnaient, les loisirs ont pris une place croissante dans notre vie quotidienne.
            (…) les loisirs deviennent de plus en plus variés, évolués et complexes.

            [b]
            – Ces pratiques qui, pour certains se transforment en addiction, conduisent-elles à une évolution positive de nos affects avec des possibilités d’ouverture d’esprit, de créativité et de création de lien social ?
            – Ces pratiques nous coupent-elles insidieusement de la réalité du monde, de ce qui est vraiment important dans la vie ?
            – Ces pratiques nous rendent-elles esclaves au même titre que le drogué, nous font-elles régresser et partir à la dérive ?
            – Nous font-elles oublier nos objectifs, notre vie, la possibilité qu’elle ait un sens ?

            Par la suite, Paul suggère sous la forme de questions des ouvertures.

            [b]
            – Peut-il exister un équilibre bénéfique entre les deux mondes, ou y en a-t-il toujours un qui aimerait se prévaloir sur l’autre ?
            – Certains loisirs peuvent-ils nous permettre de mieux nous sentir dans la réalité du quotidien ?
            – La vie quotidienne peut-elle être influencée par certains loisirs et vice-versa ?
            – Peut-on considérer des taches banales que nous faisons chaque jour comme un loisir et ainsi réunir naturellement passion et vocation, mission et vocation ?

            Enfin, Paul fait proposition d’une réponse.


            Un mélange de ces éléments peut-il nous permettre de trouver notre Ikigaï, terme japonais qui signifie atteindre une joie de vivre, car nous avons trouvé notre raison d’être d’être humain ?

            Sur le plan de la méthode, dans un café philo, il est rare que l’on puisse se pencher sur toutes les questions que soulève une introduction. Néanmoins, les questions posées de Paul sont essentielles, parce qu’elles laissent deviner la perspective qu’il se donne. Toutefois, dans le café philo, il nous fallait d’abord questionner des présupposés de son l’introduction : qui pratique les loisirs, qu’appelle-t-on loisir, quelle place ont-ils dans la société aujourd’hui, etc. ?

            Puis, par rapport à la perspective de Paul, on observe qu’elle vise le sens et de l’épanouissement global, ce qui le conduit à faire une proposition avec le Ikigaï. Ici, trois observations sont à faire :

            1° La démarche de questionner les présupposés de la question sont conséquents et peuvent suffire à un débat, celle de prendre en compte la perspective (la question de l’épanouissement global et sociétal) était déjà un défi, mais il prenait en compte le questionnement sous-jacent qui animaient autant Paul que les participants, d’où notre intérêt pour ce sujet.

            2° La référence à un concept japonais “Ikigaî” pose un double problème (sur le plan épistémique) :
            Les traditions asiatiques sont plus qu’intéressantes en ce sens qu’elle vise une globalité (des formes d’unité, de quiétude), sans pour autant revendiquer une “spiritualité” au sens occidental du terme, laquelle sépare l’immanent du transcendant. De fait, la transposition à notre société occidentale d’un concept japonais demande un véritable travail de traduction, d’équivalence entre ce que nos cultures respectives comprennent de l’une et de l’autre. Il faut presque adopter un double esprit (comme les interprètes qui écoutent et traduisent en même temps, et qui n’ont en fait pas le temps de comprendre ce qu’ils disent).
            Par exemple, les mots, ciel, dieux, esprit ne renvoient pas du tout aux mêmes imaginaires, à la même histoire, aux mêmes affects et mêmes représentations dans nos pays.
            En France, le philosophe sinologue François Julien s’est collé à ce problème (voir ici une courte vidéo de l’auteur) ou, ici, sur Babelio : Les transformations silencieuses. . Il y a un grand intérêt à aborder ce genre de concept, mais sans occulter la question des traductions, de sorte à chercher à les questionner de l’intérieur, à partir de l’esprit du Japon (ou autres pays selon). Dans ce but, il vaut la peine d’être introduit (ou simplement averti) du décalage des concepts d’une civilisation à l’autre.

            3° L’autre point qui pouvait être délicat (dans un café philo) consiste à suggérer une solution à la suite des questions de son introduction. Or, les solutions sont toujours relatives à des manières de poser le problème. De plus, chaque participant porte déjà en lui ses propres réponses.
            Il convient donc en premier lieu de s’entendre sur le problème posé, ce qu’il implique, les présupposés qu’il contient, la définition des termes. C’est ce que nous avons fait. Cette phase conduit à clarifier la façon dont se pose le problème sous plusieurs angles (personnel, collectif, sociétal, politique, économique, historique, éthique, etc.), Dans notre débat, nous sommes ainsi arrivés à l’idée d’épanouissement global (personnel, sociétal, économique, politique, éthique).

            Ensuite, si une solution est proposée, il importe surtout de questionner les problèmes qu’elle va poser. ✌ Ce n’est pas qu’il n’y a pas de solution et que nous tournons en rond. C’est plutôt qu’il n’y a pas d’effets sans réaction, et qu’il s’agit de comprendre des effets systémiques et hiérarchiques quant aux conséquences (à court, moyen, long terme et des niveaux d’échelles en nombre, en gravité) quand une solution est suggérée. A partir de là, on peut en questionner les implications philosophiques.
            Certes, on peut commencer à questionner les implications philosophiques directement à partir de la solution, lorsque la question des conséquences est clairement entendue par les participants présents.

            D’où le fait que, généralement, pour les intro dans un café philo, on pose avant tout une question, de sorte à souligner en quoi, elle pose problème. Et, si le temps nous est donné ou si l’introducteur (ou les participants) pense à des solutions, elles peuvent être explorées par la suite et avec un grand intérêt.

            #6745
            Rossi
            Participant

              Merci René, pour cette très bonne soirée que nous avons eue lundi dernier sur la place des loisirs dans notre société.

              Oui, je suis d’accord avec toi en ce qui concerne la complexité de la philosophie orientale (Japonaise) appliquée à la nôtre plus occidentale.

              J’ai trouvé cela intéressant le fait que l’on ait essayé d’être un petit peu les pionniers à se poser ces questions et à creuser un peu le sujet.

              Je pense que cela nous amènera à trouver dans le futur des idées de sujets encore plus intéressants.

              Bon été à tous.

            5 sujets de 1 à 5 (sur un total de 5)
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