Cafephilos Forums Les cafés philo Les sujets du café philo d’Annemasse De quoi la joie est-elle le nom ? A partir d’un texte de Bergson, Sujet du 01.09.2014; restitution de quelques questions.

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  • #5074
    René
    Maître des clés

      Pour notre prochain sujet, débattons sur les questions que nous pose ce texte de Bergson.

      “Les philosophes qui ont spéculé sur la signification de la vie et sur la destinée de l’homme n’ont pas assez remarqué que la nature a pris la peine de nous renseigner là-dessus elle-même. Elle nous avertit par un signe précis que notre destination est atteinte. Ce signe est la joie. Je dis la joie, je ne dis pas le plaisir. Le plaisir n’est qu’un artifice imaginé par la nature pour obtenir de l’être vivant la conservation de la vie ; il n’indique pas la direction où la vie est lancée. Mais la joie annonce toujours que la vie a réussi, qu’elle a gagné du terrain, qu’elle a remporté une victoire : toute grande joie a un accent triomphal. Or, si nous tenons compte de cette indication et si nous suivons cette nouvelle ligne de faits, nous trouvons que partout où il y a joie, il y a création : plus riche est la création, plus profonde est la joie. La mère qui regarde son enfant est joyeuse, parce qu’elle a conscience de l’avoir créé, physiquement et moralement.

      Le commerçant qui développe ses affaires, le chef d’usine qui voit prospérer son industrie, est-il joyeux en raison de l’argent qu’il gagne, et de la notoriété qu’il acquiert ? Richesse et considération entrent évidemment pour beaucoup dans la satisfaction qu’il ressent, mais elle lui apporte des plaisirs plutôt que de la joie, et ce qu’il goûte de joie vraie est le sentiment d’avoir monté une entreprise qui marche, d’avoir appelé quelque chose à la vie. Prenez des joies exceptionnelles, celle de l’artiste, celle du savant qui a découvert, ou inventé, vous entendrez dire que ces hommes travaillent pour la gloire, et qu’ils tirent leurs joies les plus vivent de l’admiration qu’ils inspirent. Ce n’est pas vrai, erreur profonde. On tient à l’éloge et aux honneurs dans l’exacte mesure où l’on n’est pas sûr d’avoir réussi.”

      Henri Bergson
      L’Energie spirituelle, 1ère Partie (“la conscience & la vie”)
      éd. Alcan, p. 24-25

      Sources :
      – Ce texte est lu ici dans l’émission de Raphael Enthoven (Le régime des passions – France-Culture)
      La joie (selon Wikipedia:-)
      – On trouve sur ce site “Philia.online” d’excellentes compilations de courts textes philosophiques (et pas seulement ceux de Bergson); Ils peuvent servir de support à des introductions de débat.

      Une poignée de citations :

      La joie est un affect par lequel l’esprit passe à une perfection plus grande. Spinoza (1632-1677)
      La joie ne peut éclater que parmi des gens qui se sentent égaux. Honoré de Balzac (1799 -1850)
      Il ne faut pas compter sur la pitié des hommes quand ils peuvent se donner l’importante joie de punir. Marceline Desbordes-Valmore (1786 -1859)
      Fais-leur comprendre qu’ils n’ont d’autre devoir au monde que de la joie ! Paul Claudel (1868 – 1955)

      #5080
      René
      Maître des clés
        Questions de départ proposées par les participants
        • 1) Quelles sont les différences entre la joie et le plaisir ?
        • 2) La recherche de la gloire ou de la reconnaissance d’autrui est-elle une compensation à un manque de « joie intérieure » ?
        • 3) Pourquoi parle-t-on de joie dans les religions ? (et non pas de plaisir et de bonheur)

        Il y a eu quelques percées dans notre échange concernant ces questions, mais apparemment, nous nous serions heurtés à un problème de « définition ». Mais n’était-ce pas plutôt un problème de « représentation » ? Que nous dit notre « joie », de quoi nous parle-t-elle, de quoi témoigne-t-elle ? Et comment l’interprétons-nous ?

        • Chacun de nous fait l’expérience d’une joie mais sans savoir si sa qualité est similaire à ce que vivent d’autres personnes.
        • Chacun de nous témoigne de cette joie mais nous ignorons de quelle manière notre témoignage est effectivement interprété.
        • Et enfin, chacun de nous peut tirer des leçons de vie (une philosophie) de cette joie, mais sans savoir avec certitude si cette philosophie constitue une base « saine » pour penser, pour partager des idées, et pour affronter l’âpreté de la vie.. B)

          Mais voilà, c’est un peu le but de nos rencontres: affiner notre perspicacité, travailler la formulation de nos questions, et améliorer notre capacité d’échange.

          Bienvenue à celles et ceux qui se plaisent à désenlacer les idées B)

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