Cafephilos Forums Les cafés philo Des cafés philo sur Grenoble NOUVEAU, PRATIQUE PHILO A VISEE DE CONNAISSANCE DE SOI. GRENOBLE

12 sujets de 1 à 12 (sur un total de 12)
  • Auteur
    Messages
  • #8034
    René
    Maître des clés

      Bonjour,

      Il existe une pratique philo, qui est toujours en travail, mais qui est très spécifiquement orientée vers la connaissance de soi.

      Cette pratique se fait en groupe restreint (3 à 5/6 personnes) et cela peut aller jusqu’à 10/12 personnes selon la manière dont s’engage la pratique.

      Deux grands cas de figure :

      1° En petit groupe d’écoute et d’échange se rapportant à la connaissance de soi, mise en pratique (de 5 à 12 personnes)
      2° En pratique de consultation, avec des observateurs-analystes (3 à 6/7 personnes)

      Dans les deux cas, il importe d’être engagée sur le plan « éthique », de savoir engager sa parole, et de reconnaître l’autonomie d’être et de penser de chacun. Ce qui exclut tout rapport de pouvoir et d’autorité sur l’autre.

      Le constat : la définition de soi (du soi) est souvent problématique, incertaine, instable.
      Le but : se donner la possibilité d’explorer ce que nous sommes.
      Ce qui est encouragé : un travail personnel de réflexion sur soi, éventuellement écrit (brouillonné), et partagé si on le sent. Débusquer les présupposés par lesquels on se fait. Privilégier l’écoute active, le questionnement, la recherche, l’ouverture.
      Ce qui est recherché : se donner la possibilité de rapporter à soi (et possiblement à autrui) ce que l’on croit être, ce que l’on sent que l’on est, et ce que par quoi on croit que l’on devient ce que l’on est.
      Finalité : s’émanciper, s’assumer en conscience et en liberté dans notre rapport à soi et à autrui. Viser une lucidité sans nier la sensibilité, faire exercice d’authenticité.

      Ce qui n’est pas recherché : forcer la sensibilité d’autrui, sa pensée et/ou lui imposer une vision spécifique. Ne pas lui reconnaître le chemin spécifique de son autonomie, la liberté singulière d’accéder à lui-même.

      Nous ouvrons un espace-temps à cette pratique.
      Les informations passeront par le groupe Signal (cliquer ici) pour celles/ceux qui souhaitent nous rejoindre.
      La réservation à ses séances est obligatoire, et le nombre de participants ne peut excéder 12. Merci de m’envoyer un message privé via le groupe Signal ou WhatsApp. (Liens ci-dessous)

      Comme tout groupe de parole, il y a des impératifs (qu’on pourrait dire « catégoriques ») :
      – respecter la sensibilité et la parole d’autrui.
      – ne pas rapporter à l’extérieur du groupe ce qui s’y est dit.
      – savoir suspendre son jugement.
      – considérer autrui comme autonome (en puissance et potentiellement en acte) dans son être et sa pensée.

      Chaque séance comprend un temps d’échange, puis un temps de retour-critique sur la manière dont elle s’est déroulée.

      Par rapport à la philosopohie, nous pouvons l’entendre telle qu’elle se présente dans le schéma ci-dessous.


      Quand et où ?
      Généralement, le second dimanche du mois, vers 18h30, au café Chimère (sinon le lieu sera communiqué ultérieurement).

      Au cas où : en fin de café philo le mardi, après 20h30, un moment questions-réponses pour s’informer sera réservé à cette activité.

      A bientôt si vous souhaitez nous rejoindre.

      ————————————-
      René Guichardan, café philo de Grenoble.
      Des cafés philo à Grenoble. Cliquer ici pour accéder aux forums (et aux comptes rendus).
      Le groupe WhatsApp des cafés philo sur Grenoble. S’enregistrer ici pour être informé des sujets (bientôt, nous passerons vers l’application Signal).
      > NOUVEAU : Le groupe Signal pour une philosophie pratique de la connaissance de soi. Cliquer ici.
      > Lien vers les sujets du café philo d’Annemasse d’avant, (avec comptes-rendus) ici.
      > Agenda Google où sont postés nos activités cafés philo (vous pouvez vous abonner à cet agenda.)

      #8114
      René
      Maître des clés

        Compte rendu de la séance 1

        Thématiques abordées : justice, sentiment de justice.
        Soutenir une question et/ou accompagner vers un dire. 

        Nous étions trois participants pour ce premier échange. Ce format en petit comité a permis une intimité et une sincérité qui auraient été certainement moins évidente dans un groupe plus élargi.

        Nous nous sommes prêtés librement à un exercice de consultation entre nous… Je resterai discret sur le contenu des échanges en eux-mêmes, car nous nous sommes naturellement accordé une confiance réciproque, ce qui nous a autorisé à aller assez loin dans l’échange. Toutefois, voici quelques éléments qui ont retenu mon attention.

        Nous ne sommes pas partis d’une question du « consultant ».
        L’un d’entre nous a invité un participant à une « consultation ». Ce dernier (donc, le consultant) est parti d’une situation qu’il éprouvait, mais sans poser de question.
        Dans ce cas-là, quel est le rôle du « philosophe consulté » (celui/celle qui conduit l’entretien) ?

        > Normalement, il s’agit d’aider à la recherche d’une question » et/ou de partir des termes/notions/concepts du consultant, s’il ne pose pas de question, de sorte à lui faire préciser ce qu’il entend.

        Mais, le consultant ne semblait se poser aucune question par rapport à ce dont il témoignait (car les choses lui semblaient claires à ses propres yeux), bien qu’elles fussent « difficiles » (disons : raisonnablement pénibles) » à vivre.
        Pourtant la consultation n’est pas un groupe de parole où l’on vient témoigner de sa vie. Il s’agit bien de soutenir une question ou de la rechercher… Mais peut-être, lorsqu’il s’agit seulement d’un témoignage (qu’il soit désagréable ou pas à soutenir), l’accompagnement philosophique peut consister à soutenir une parole qui se cherche. Ce premier pas précède peut-être la question qui va se poser (?). La mise en mots peut être considérée comme un travail actif du consultant (une volonté mise en acte qui précède des ouvertures à soi, à l’autre).


        De la justice au sentiment de justice.
        En ligne de fond, il y avait un problème de « justice », une justice relationnelle où le lien de « solidarité » ou de fraternité n’était pas « respecté ».

        Or, la justice fait toujours référence à des normes et, ici, il s’agissait d’un sentiment. Le fait est, dans une relation, que chaque protagoniste est mû par des sentiments propres, chacun a les siens, y compris dans une fratrie. Mais dans la consultation (ou l’entretien) l’autre est « absent », nous n’avons accès qu’à la version d’un seul (aussi sincère et honnête que semble son témoignage). Dès lors, il est impossible de « juger » des mobiles de l’autre » (d’ériger son jugement à l’échelle d’un commun, d’une généralité ou encore d’un universel). Seul le sentiment éprouvé de sa propre justice nous est accessible. Or, lorsqu’il s’agit d’un sentiment, on quitte le domaine de la norme « publique » (judiciaire, coutumière, clanique ou familiale) pour éventuellement entrer dans celle plus spécifique d’une esthétique singulière (ce qui s’éprouve). Ce qui s’éprouve peut alors prendre plusieurs formes :

        L’échange s’est par la suite orienté non pas vers la recherche d’une question, mais vers la précision de ce qui se passait dans une situation relationnelle. Ici, deux choses étaient à distinguer : ce qui est rapporté (objectivé) de la relation et ce qui est rapporté du vécu (subjectivé) de la relation.

        Il ne s’agit pas de savoir ce qui est juste en soi, mais d’entendre la raison de ce qui se vit.
        Or, dans ce cas, la raison se traduit par un éprouvé. Il s’agit d’entendre la raison d’un « éprouvé », et en quoi il (l’éprouvé ou la raison qu’on lui trouve) fait problème.
        Le problème peut se traduire de plusieurs manières : 

        Pour conclure

        Le soutien, fondamentalement et tel que je le conçois en consultation philosophique, se traduit par un accompagnement aux questions que se pose le « consultant ». Mais il peut s’agir également de soutenir un dire, la mise en mots d’une expérience, d’un vécu.
        Je pars également du principe que l’accompagnement vise l’autonomie et/ou l’émancipation du consultant. C’est une hypothèse de travail, je ne présuppose pas que cette autonome soit une réalité actée. Non, il y a des vulnérabilités structurelles et/ou inconnues de soi (du consultant comme du consulté).
        Je pars d’un autre principe, cette recherche dans l’accompagnement se construit à la fois intérieurement (le long d’un dialogue avec soi) et dans un rapport à l’expérience de sa propre humanité, ce que l’on peut soutenir de soi. Il n’est pas inconcevable, de mon point de vue, que le sentiment de sa propre « humanité » soit « insoutenable », autrement dit, qu’on ne veuille ou qu’on ne puisse le faire advenir à sa conscience en raison, notamment, des expériences que l’on a vécues.
        Je ne rejette pas non plus l’idée que l’on ignore par avance les chemins de ce qu’il est possible de faire advenir.

         

        D’un point de vue philosophique, humain et épistémologique, certaines questions restent ouvertes et, de fait, les formes d’accompagnement à la connaissance de soi, également.

        Fin du compte rendu.

        Merci pour votre attention.

        Soyez libre de rédiger une réaction, votre point de vue, et si vous avez participé à cette séance, ce que vous en avez retenu.

        #8122
        René
        Maître des clés

          D’autres questions me sont venus suite à cette rencontre.
          Ces questions portent sur les registres de l’intime et du public (ce que l’on présente au public) et du souterrain : ce que l’on garde pour soi et/ou/ mais que l’on peut confier à un proche, à un thérapeute, à des intimes.
          Jusqu’où sommes-nous transparents à nous-mêmes ? Jusqu’où peut-on s’autoriser à l’être ?

          René Guichardan, café philo de Grenoble.
          Des cafés philo à Grenoble. Cliquer ici pour accéder aux forums (et aux comptes rendus).
          Le groupe WhatsApp des cafés philo sur Grenoble. S’enregistrer ici pour être informé des sujets (bientôt, nous passerons vers l’application Signal).
          > NOUVEAU : Le groupe Signal pour une philosophie pratique de la connaissance de soi. Cliquer ici.
          > Lien vers les sujets du café philo d’Annemasse d’avant, (avec comptes-rendus) ici.
          > Agenda Google où sont postés nos activités cafés philo (vous pouvez vous abonner à cet agenda.)

          #8130
          René
          Maître des clés

            Bonjour,

            Pour ce second café philo orienté vers la connaissance de soi. Nous pouvons partir directement d’une question qu’un participant se pose.
            A défaut de question, partons directement des deux questions qui terminaient le dernier compte rendu.

            A la différence du café philo « classique », on tente durant l’échange, de rendre compte de manière spécifique aux présupposés qui conditionnent nos réponses.
            Le dialogue peut prendre, ponctuellement, la forme d’une consultation où il s’agit de soutenir le questionnement d’un-e participant-e en vue de remonter à : des croyances, des principes, des convictions, une éthique, etc… En bref, à examiner des conditions de possibilité de ce qui fonde notre pensée du moment et/ou à la valeur d’une éthique qui la soutiendrait.

            Finalité : oser penser par soi-même (Kant), s’émanciper, s’assumer en conscience et en liberté dans notre rapport à soi et à autrui. Viser une lucidité sans nier la sensibilité, faire apprentissage d’authenticité.

            Ce qui n’est pas recherché : forcer la sensibilité d’autrui, sa pensée et/ou lui imposer une vision spécifique. Ne pas lui reconnaître le chemin spécifique de son autonomie, la liberté singulière d’accéder à lui-même.

            Les informations de ce groupe passe par le groupe Signal (cliquer ici) pour celles/ceux qui souhaitent nous rejoindre.
            La réservation à ses séances est appréciée, le nombre de participants est limité.
            Merci de m’envoyer un message privé via le groupe Signal ou WhatsApp. 

            Comme tout groupe de parole, il y a des impératifs (qu’on pourrait dire « catégoriques ») :
            – respecter la sensibilité et la parole d’autrui.
            – ne pas rapporter à l’extérieur du groupe ce qui s’y est dit.
            – savoir suspendre son jugement.
            – considérer autrui comme autonome (en puissance et potentiellement en acte) dans son être et sa pensée.

            Chaque séance comprend un temps d’échange, puis un temps de retour-critique sur la manière dont elle s’est déroulée.

            Par rapport à la philosopohie, nous pouvons l’entendre telle qu’elle se présente dans le schéma ci-dessous.

            Quand et où ?
            Généralement, le second dimanche du mois, vers 18h30 au café Chimère, 12, rue Voltaire. Grenoble.

            Au cas où : en fin de café philo le mardi, après 20h30, un moment questions-réponses peut être réservé à cette activité.

            A bientôt si vous souhaitez nous rejoindre.

            ————————————-
            René Guichardan, café philo d’Annemasse.
            Des cafés philo à Grenoble. Cliquer ici pour accéder aux forums (et aux comptes rendus).
            Le groupe WhatsApp des cafés philo sur Grenoble. S’enregistrer ici pour être informé des sujets (bientôt, nous passerons vers l’application Signal).
            > NOUVEAU : Le groupe Signal pour une philosophie pratique de la connaissance de soi. Cliquer ici.
            > Lien vers les sujets du café philo d’Annemasse d’avant, (avec comptes-rendus) ici.
            > Agenda Google où sont postés nos activités cafés philo (vous pouvez vous abonner à cet agenda.)

            #8149
            René
            Maître des clés

              Bonjour,

              Pour ce second compte rendu, nous nous sommes retrouvés à deux. Voici un bref compte rendu sur certains aspects de notre échange :

              Questions de départ du consultant :
              – Pourquoi est-ce que j’ai du mal à trouver ma place ? (position active où l’on cherche sa place)
              – Pourquoi ai-je l’impression de ne pas être à ma place ? (constat, voire positionnement passif du sentiment de ne pas être à sa place).
              > Le positionnement actif peut signifier le malaise ou une volonté d’agir, le positionnement passif peut signifier une résignation.  Il est possible que le consultant alterne entre les deux positionnements.

              Comment se structure une telle question (un premier niveau d’analyse structurelle) :
              – Est-ce soi ou la perception de soi (les jugements que je porte sur moi), les jugements que je porte sur les autres ou est-ce le passé qui perturbe l’ensemble, mon rapport à moi et mon rapport à autrui ?

              Autre niveau de questions :
              – Je ne sais interagir avec autrui, car je le « perçois » mal (je ne me sens pas en relation à lui) ?
              Ou encore, je ne parviens pas à me faire comprendre d’autrui.

              Autre question : je suis animé d’une volonté (d’une exigence ?) de qualité relationnelle telle que je n’en vois pas l’écho chez l’autre.

              Trois niveaux sur lesquels se porte la question :

              En fait, l’interaction entre ces trois pôles est plus ou moins forte selon le travail déjà réalisé par la personne avec elle-même.

              Il se trouve que nous nous connaissons avec le consultant, et que ce dernier assume une réflexion forte et autonome avec lui-même et avec son passé.
              Dans ce cas-là, comment se présente une consultation dite « philosophique » et dans un but de connaissance de soi ?

              La question peut laisser affleurer des « enjeux » qui engagent et/ou dépassent les personnes (le consulté comme le consultant). Pour le dire autrement : l’espace est ouvert, non spécifiquement déterminant. Dès lors, le niveau des enjeux se déplace. Il relève de l’intime et/ou de la confiance permise et/ou encore du rapport à la lucidité possible (par le consultant comme par le consulté).
              => la condition d’égalité du consultant et du consulté a ceci de spécifique, qu’elle brise l’asymétrie formelle que l’on retrouve dans les configurations classiques (thérapeutique, coaching, consultation opposant un sachant et ignorant). Les deux personnes, le consultant, comme le consulté se rapportent à leur propre conscience, et à la possibilité de s’extraire d’eux-mêmes, d’aller plus loin que là où ils sont.

              Lorsque deux personnes sont conscientes de leurs schèmes profonds, il s’agit d’entrer en discussion avec la possibilité de mettre en mouvement les schèmes du profond. Dans ce cas, deux grands mouvements peuvent se définir, voire alterner.

              La ou les questions philosophiques interviennent à ce niveau. Avant, nous sommes dans des questions qui touchent à la psychologie sociale.
              De quelle manière m’est-il possible d’accepter d’être troublé par ce que je porte en moi ?
              Quel « enseignement » puis-je en tirer de ce que je vis
              ?

              Dans la suite de l’échange, un triptyque intéressant a été développé, je le résume très brièvement : conflit de loyauté et trahisons dans la famille, transfuge de classe et logique sacrificielle.

              Dans une famille qui ne résout pas ses conflits, et derrière les colères (derrière les tristesses et, parfois, les ressentiments) s’amorce (très souvent) une pensée « sacrificielle ».
              Le sacrifice peut être compris comme un renoncement, un calvaire, voire un suicide (effectif ou symbolique)… mais il peut être « grandi » également, selon qu’il ouvre vers de l’universel (symbolique, religieux, politique…)
              Toute la question étant de savoir comme le sujet éprouve et conscientise son « expérience » (le sentiment de ce qu’il vit).

              Fin du compte rendu.
              Je suis allé assez rapidement pour ce compte rendu. Il y a une étape intermédiaire que j’ai omise : celle de la charge émotionnelle que le consultant porte en lui. Que doit-il en faire ? Que peut-il en faire ?
              La qualité « sacrificielle » (les prises de conscience et les transformations intérieures qu’elle peut entrainer) est possiblement relative à ce qui se travaille dans le partage avec autrui et avec les émotions éprouvées.

              Comme d’habitude, je n’ai pas de réponse toute faite à cette question (ni à aucune d’ailleurs). Peut-être que ce rapport aux émotions sourdes et profondes sera-t-il abordé une autre fois.

              Merci pour votre attention.
              René Guichardan, café philo de Grenoble.
              Des cafés philo à Grenoble. Cliquer ici pour accéder aux forums (et aux comptes rendus).
              Le groupe WhatsApp des cafés philo sur Grenoble. S’enregistrer ici pour être informé des sujets (bientôt, nous passerons vers l’application Signal).
              > NOUVEAU : Le groupe Signal pour une philosophie pratique de la connaissance de soi. Cliquer ici.
              > Lien vers les sujets du café philo d’Annemasse d’avant, (avec comptes-rendus) ici.
              > Agenda Google où sont postés nos activités cafés philo (vous pouvez vous abonner à cet agenda.)

              #8189
              René
              Maître des clés

                Séance n°3

                Nous nous sommes retrouvés à deux pour cette séance. Les rencontres en tête-à-tête ont leur spécificité en ce que le « cadre de la rencontre », surtout s’il s’agit d’une première fois (ce qui est le cas), mobilise une vigilance plus grande pour les deux personnes.

                Par ailleurs, j’imagine qu’il faut s’armer d’une certaine détermination pour se présenter à cette activité philo liée à la connaissance de soi. Le descriptif dans le forum présente l’approche assez « clairement », quoique de manière peu conventionnelle, en ce sens que nous assumons être en recherche. Dans ce groupe et cette activité, nous ne proposons pas de solution. Les personnes qui viennent ici doivent donc assumer le statut d’une interaction réflexive et librement partagée (seulement et seulement si elles le souhaitent) sur la connaissance de soi, c’est-à-dire, sur le rapport qui s’établit entre soi et soi-même.

                La méthodologie proposée pour la séance présente :
                Pour cette séance, le point de départ suggère qu’une question soit apportée par le participant.
                Le cheminement peut ensuite se faire essentiellement de deux manières  :
                > Par l’exploration des concepts. L’approche est alors directement philosophique (avec le risque d’être déconnecté de soi)
                > Par la recherche du sens que la question a pour le sujet : Que voulez-vous dire ? Quel sens cette question a-t-elle pour vous ?
                Le choix de l’approche est laissé à l’appréciation du participant et/ou il se fait « comme naturellement » dans l’échange qui s’engage.

                Thématique abordée : la confiance.
                L’étymologie renvoie à l’idée d’avoir la « foi en quelque chose, en quelqu’un » Du latin : cum federe (se fier à).

                La question se structure ainsi :

                Comment le mot « confiance » est-il subjectivement vécu par la consultante ?
                => C’est le pouvoir que l’on donne à l’autre (on lui confie un pouvoir), qu’il peut donc prendre sur soi.

                Autres questions évoquées :
                Qu’est-ce que le soi ?
                Qu’est-ce que ressentir dans son corps la douleur/souffrance physique d’une relation ?
                A quoi renvoie la douleur de soi ?
                Le corps parle-t-il ?
                Qu’est-ce qui s’échange dans le couple ?
                Qu’est-ce qu’une trahison ?
                Qu’est-ce que l’impuissance ?
                Qu’est-ce que la vulnérabilité ?
                Qu’est-ce que le sacrifice ?
                Qu’est-ce que le dépassement de soi ?
                Etc…
                Nous ne développerons pas toutes ces questions ici 😉, mais précisons ceci : ontologiquement (au niveau de l’être et physiologiquement), toute personne est susceptible d’être vulnérable. En cela, chaque être humain dépend plus ou moins relativement d’un environnement, d’une collectivité ou d’une autre personne. De fait, la confiance en soi comme en l’autre (voire en la société et/ou la communauté) se présente comme une dynamique de fond qui structure anthropologiquement toute relation et tout groupe humain . En cela, tout groupe, toute société se structure par les règles « éthiques » (les lois, les principes, la justice) qu’elle se donne. Dans un couple, dans une profession, dans une charte ou un code déontologique : quelles règles se donne-t-on pour cheminer ensemble ? En vue de quoi partageons-nous un destin commun, un cheminement ? Vers quel dépassement ou changement s’agit-il de s’orienter ?

                Question : comment chacun se trouve-il engagé dans sa relation à lui, à l’autre, à la communauté par les règles qu’il se donne et/ou les croyances qui sont les siennes ?

                Fin de l’exercice de consultation.

                Pour info, ci-dessous, une manière de structurer ma compréhension de l’être humain dans son rapport à lui-même.
                Tant qu’on reste au niveau de ce qui est impliqué dans la personne, on entre à peine en philosophie. Autrement dit, je préfère (en tous les cas pour cette fois-ci) que l’on parvienne à préciser ce sur quoi nous travaillons, avant de préciser en quoi ou comment la question philosophique se pose.

                Sur le plan philosophique, généralement, on en reste surtout sur le plan « cognitif ».
                Le plan « esthétique et phénoménologique » associent davantage les différents plans de l’être.
                Quant aux niveaux les plus profonds, l’éthologie et la théorie des attachements peuvent avoir leur importance. En tous les cas, je m’y réfère.

                Merci pour votre attention.

                ————————————-
                René Guichardan, café philo de Grenoble.
                Des cafés philo à Grenoble. Cliquer ici pour accéder aux forums (et aux comptes rendus).
                Le groupe WhatsApp des cafés philo sur Grenoble. S’enregistrer ici pour être informé des sujets (bientôt, nous passerons vers l’application Signal).
                > NOUVEAU : Le groupe Signal pour une philosophie pratique de la connaissance de soi. Cliquer ici.
                > Lien vers les sujets du café philo d’Annemasse d’avant, (avec comptes-rendus) ici.
                > Agenda Google où sont postés nos activités cafés philo (vous pouvez vous abonner à cet agenda.)

                #8194
                René
                Maître des clés

                  Compte rendu de la séance 4, du 17 mai 2026

                  Nous étions 7 pour cette séance. Ce chiffre est peut-être un maximum pour s’autoriser, en tant que groupe restreint, à aller vers un peu de profondeur. Cela dit, la dynamique d’un groupe est toujours propre à chacun d’eux, tandis que les synergies et les problématiques qui s’y travaillent restent uniques.

                  J’ai repéré trois grands thèmes dans notre échange :
                  1° Le flou dans les interactions, voire dans le cadre de nos échanges.
                  2° Qu’est-ce que la folie ? (Nous sommes toujours le fou de quelqu’un d’autre et/ou relativement à une norme ?)
                  3° Qu’est-ce que comprendre (comprendre l’autre et/ou se comprendre soi-même) ?

                  1° Le flou, inquiétude ou liberté-créative ?
                  Le flou dont il est question ici est celui relatif à un moment de flottement qui intervient à propos du sujet (qu’est-ce que le soi et la connaissance de soi), puis, quelle pratique philo à propos de la connaissance de soi et quelle est la méthode ?

                  Trois niveaux de réponse : la question et la pratique de la connaissance de soi est nécessairement « individuelle », mais aussi spécifique à l’endroit où chacun se situe. Nul n’est totalement ignorant de lui, et chacun, venant dans ce café philo, a déjà entrepris des démarches en vue de se connaître, de se comprendre. Donc, il y a « philosophie » dans la mesure où l’on s’évertue (assume) de questionner ce que l’on est (c’est-à-dire ce qui se présente à soi dans sa conscience). Il y a donc deux choses à distinguer : ce qui se présente à sa conscience d’une part et, d’autre part, la façon et les références par lesquelles je pense et réfléchis ces choses.
                  Le second point touche l’indétermination. Elle est entendue comme la possible de liberté de se « penser soi » et d’envisager du devenir. Bien que l’un et l’autre ne soient pas « donnés » et/ou évidents. On en postule une liberté possible.
                  Enfin, le dernier point touche peut-être à ce que chacun est susceptible de rencontrer en lui-même, dès lors qu’il/elle cherche à se connaître.

                  > il est fort possible qu’une inquiétude soit liée (ou proviennent) de l’un de ces trois points et/ou de l’ensemble de ces trois niveaux :
                  Comment je pense la connaissance de soi par la diversité de ce que cela signifie pour chacun.

                  – Qu’est-ce que la folie ?
                  Sommes-nous toujours le fou de quelqu’un d’autre ? Ne sommes-nous fous que relativement à ce que disent les « autres », autrement dit, que relativement à une norme, qu’elle soit sociale (l’environnement proche), administrative (ce que décide le gouvernement) ou encore médicale (ce qui fait débat au sein des approches psychiatriques, psychologiques et thérapeutiques) ?

                  L’échange entre les participants a été éclairant (expérientiellement éclairant) pour cette thématique. En effet, nous abordons un registre de l’intime non-indiscret, mais ultra-spécifique : comment chacun s’apparait à lui-même ? Comment chacun apparaît à sa propre conscience ? C’est moins le quoi qui nous importe que le « comment », c’est-à-dire :
                  > jusqu’où sommes-nous ouverts et/ou transparents à ce que nous « ressentons » et aux images qui peuvent nous submerger ?
                  > Ce qui nous habite (les sensations, les pulsions, les images, nos désirs, ce que le corps « dit »…) sont-ils inquiétants, effrayants, affolants ou tout simplement incompréhensibles, étranges, désolants ?
                  Remarquons comment je passe du « constat » (étrange, inconnu, incompréhensif) à « l’appréciation » (effrayant, désolant).

                  La folie, est-ce que ça fait mal ?
                  C’est une question qui se pose pour certains d’entre nous. Sommes-nous inquiétés par ce que nous « expériençons » en nous (états et sensations étranges) ou est-ce que cette étrangeté fait mal en tant que telle ? Elle serait alors une sorte de mémoire « traumatique » ?
                  Il y a ici comme une « imprécision » dans ce qui se vit. L’étrange fait-il peur en même temps qu’il est douloureux ou alors, me fait-il simplement peur et, à la suite de quoi, j’ai mal, car cela m’isole du monde ? Autrement dit, le monde m’est incompréhensible et dans le même temps, il ne pourrait me comprendre.
                  Dans le fond, qui suis-je ? Suis-je un être totalement isolé du monde ? Ou est-ce mes « traumas » qui me font me percevoir tel que je me perçois, c’est-à-dire comment un étranger à moi-même ?

                  La folie, est-ce bien, est-ce confortable ?
                  Autre possibilité : j’ai appris à ne plus craindre mon étrangeté. Au contraire, je le vis comme un apprentissage de différentes « zones géographiques » dans mon psychisme. Et, cet apprentissage m’est bénéfique, apaisant. Je voyage ainsi en moi et en différents espaces géographiques de mon univers psychique (schizophrénie ? le mot (diagnostic) a été évoqué) et, finalement, j’accepte de découvrir tout ce qui est en moi, je trouve que c’est bien, c’est confortable. Dans ce cas, je ne me bats plus avec moi-même. Je m’accepte et/ou j’accepte ce qui est.

                  On distinguera facilement par rapport à ce schéma  :
                  1° se reconnaître (= on voit quelque chose que l’on connait déjà, donc on le reconnait, rapport à une sorte de réminiscence et/ou d’estime de soi)
                  2° s’accueillir (= se vit comme un plaisir, comme un désir et peut comprendre une forme de jouissance-reconnaissance > davantage d’estime intérieure et/ou de gratitude envers la vie)
                  3 s’accepter (= peut relever autant d’une passivité (on constate que l’on est ainsi), que d’une résignation. Dans le cas d’une résignation, on pâtit de soi, on ne s’accepte pas encore. Mais peut-être est-on en chemin vers un accueil et/ou une reconnaissance de soi ?

                  Des références (au cas où) :
                  – Mathieu Bellahsen; La révolte de la psychiatrie. Une interview.
                  – Georges Canguilhem, médecin, philosophe et historien des sciences. Le normal et le pathologique. 
                  Les Arcanes du vivant. André Bullinger. Du développement psycho-moteur de l’enfant (ou comment on devient un sujet)
                  Psychiatrie : l’état des lieux alarmant – Dialogue avec le Dr Alexis Bourla et Fabrice Midal. 

                  Qu’est-ce que comprendre, qu’est-ce que se comprendre ?
                  L’étymologique peut renvoyer à co-prendre (prendre avec, intégrer, saisir une totalité) si bien que l’acte de « co-prendre » n’est pas seulement « cognitif – intellectuel», il peut se « comprendre » comme une expérience de soi, de l’autre, comme une rencontre avec autrui. Mais signifie-t-il également « empathie » (aptitude à comprendre l’état mental et affectif de l’autre) et à se mettre à la place de l’autre ? Jusqu’où est-il effectivement possible de rencontrer/comprendre l’autre ? Jusqu’où pouvons-nous nous représenter l’état mental et affectif d’autrui ?
                  La question s’est posée notamment par rapport à la diversité culturelle du groupe. Par exemple, peut-on comprendre les ontologies de l’être (du moi) des totémistes et/ou des animistes, des shamans (Philippe Descola – voir ici). Alors que dire pour une personne qui ne partage pas la même langue que nous (le français) ou qui a connu des traumatismes de guerre, de la maltraitance, des agressions sexuelles ou des viols ? Jusqu’où nous comprenons-nous entre nous, mais aussi, chacun à l’égard de soi en ses différentes strates ou mémoires émotionnelles ?

                   Autre possibilité : pouvons-nous partager une « folie à deux» ou une « folie communautaire », c’est-à-dire le fait de s’enfermer dans un entre-soi (comme dans une forme de secte = syndrome de la folie à deux), et de ne comprendre personne d’autre que le cercle restreint dans lequel on se trouve ?
                  Au-delà de tout jugement, l’idée se pose pour chacun de savoir apprendre, voire d’oser apprendre ce qui se présente en soi et/ou ce qui se perçoit chez l’autre.
                  ——

                  Une ou deux idées retenues :
                  « il s’agit de naviger entre différentes réalités, de se balader dans des zones de soi, des espaces psycho-géographiques.
                  « De l’anima à l’animus » ou de la part d’ombre de soi, de la part féminine et masculine de soi (Carl Gustave Jung)

                  Fin du compte rendu.
                  Freud, Carl Gustave Jung ont été cité, mais aussi Jiddu Krishnamurti (dont un film documentaire présente le biopic ce jeudi 28 mai à 20h00 à Mon Ciné, Saint Martin d’Heres. Voir ici.)

                  Merci pour votre attention.
                  Vous pouvez réagir à ce compte rendu et/ou poser vos questions, soit comme lecteur de ce forum, soit comme participant à ce groupe.

                  ————————————-
                  René Guichardan, café philo d’Annemasse.
                  Des cafés philo à Grenoble. Cliquer ici pour accéder aux forums (et aux comptes rendus).
                  Le groupe WhatsApp des cafés philo sur Grenoble. S’enregistrer ici pour être informé des sujets (bientôt, nous passerons vers l’application Signal).
                  > NOUVEAU : Le groupe Signal pour une philosophie pratique de la connaissance de soi. Cliquer ici.
                  > Lien vers les sujets du café philo d’Annemasse d’avant, (avec comptes-rendus) ici.
                  > Agenda Google où sont postés nos activités cafés philo (vous pouvez vous abonner à cet agenda.)

                  #8210
                  René
                  Maître des clés

                    Affiche du film : Krishnamurti, La Révolution du Silence
                    Réalisation : Françoise Ferraton

                    Nous sommes allés voir le film en présence de la réalisatrice : Françoise Ferraton (Jupiter film production, ici)

                    Visiblement, Krishnamurti vivait une expérience spirituelle, mais jusqu’où est-elle partageable ?

                    Trois ou quatre types de question posées par le public à la suite du film :
                    – De l’histoire du film et de sa réalisation.
                    – Du rapport de la réalisatrice à l’enseignement de Krishnamurti.
                    > Selon son témoignage, son enseignement lui a permis de s’apaiser, de stopper le ressassement des pensées qui tournaient en boucle.
                    –  De la valeur de l’enseignement de Krishnamurti.

                    Des questions que je me suis posées :
                    – Tout le monde est-il appelé à vivre des expériences spirituelles ?
                    – Vivons-nous les expériences spirituelles qui correspondent à notre « personne » (et donc, Krishnamurti par rapport à lui-même et à son époque et, ainsi pour chacun de nous, par rapport à lui-même, à sa place dans la fatrie, par rapport à son éducation, mais aussi par rapport au système politique et aux savoirs de son époque, etc.) ?
                    – Les expériences spirituelles que nous vivons sont-elles seulement ponctuelles et personnelles ? Si oui, de quelle sorte de vérité sont-elles ?

                    De la valeur de son enseignement
                    – Lorsque nous vivons une expérience spirituelle, de quel droit (épistémologique et éthique) peut-on estimer que nous touchons à la vérité ?
                    – Faire enseignement de ses expériences spirituelles suppose-t-il que chacun doive faire les mêmes ?
                    – Les vérités spirituelles et les faits du monde (de la guerre, du commerce mondial, de la malnutrition, des pandémies, de la disparition des espèces et du réchauffement climatique, etc) sont-ils du même ordre ?
                    – Si oui, faut-il que toute l’humanité recherche la spiritualité comme Krishnamurti ou comme d’autres sages (Mère, Aurobindo, Gurdjieff , Guénon et autres swami ou sadhu…) ?
                    -> Les différents chemins mènent-ils à un même sommet ? En sommes-nous certains ?
                    – Si les « vérités » spirituelles ne sont pas du même ordre que celle du monde physique, (matériel, économique, scientifique, politique, etc), ces deux ordres de vérité sont-ils antinomiques ? Autrement dit, doit-on rechercher une vérité spirituelle au détriment de/des vérités du monde physique (économique, sociologique, psychologique, politique, etc) ?

                    Autres questions, plutôt liées à des démarches personnelles :
                    A-t-on besoin de faire le silence en soi ?
                    Pourquoi a-t-on besoin de faire silence en soi ?
                    Le silence en soi conduit-il à la vérité ?
                    Ne plus penser, est-ce faire silence en soi ?
                    Comment sortir de ses propres aliénations ?
                    Comment dépasser les limites dans lesquelles nous pouvons nous sentir prisonniers/enfermés/victimes ?

                    Les « maîtres » (celles/ceux considérés comme tels) sont-ils des « thérapeutes » qui enseignent des techniques d’oubli de soi ?
                    L’oubli de soi (ou la perte de conscience de soi) peut-il conduire à des expériences de dépersonnalisation ?
                    Ne pas être égocentré suppose-t-il d’assumer des expériences de « dépersonnalisation » ?
                    A quoi observe-t-on que nous sommes plus loin que là où nous avons été dans le passé ? Sommes-nous résignés ? Avons-nous renoncé « trop tôt » à notre dépassement ? Savons-nous comment aller plus loin que là où nous en sommes ?

                    Autres questions par rapport à la philosophie :
                    « S’orienter dans la pensée » (Kant) suppose-t-il une méta conscience ?
                    > une méta conscience est-ce un état ou seulement l’exercice d’une lucidité ?
                    > La vérité des choses est-elle dans les choses ou seulement dans notre « entendement » (notre capacité de comprendre) ?
                    >> la vérité des choses se composent-elles selon l’accès que nous avons aux choses (technique, information, fait) et/ou  selon les limites de notre « entendement » (facultés cognitives) ?
                    >> qu’est-ce qui importe le plus, la paix en soi ou la paix dans le monde ? La priorité que nous donnons à l’un contredit-il la recherche que nous faisons pour l’autre ? (Entre la paix en soi et celle dans le monde faut-il choisir ?)

                    Socrate, Platon, Aristote, les stoïciens, les épicuriens, Bouddha et/ou les sages/maîtres de l’Antiquité,  avaient-ils trouvé des sagesses/ des cosmos visions qui… ne valaient que pour eux-mêmes et leur époque ?
                    – Sartre (l’existentialisme) et/ou Heidegger invitent à dépasser sa propre mort. Leurs philosophies sont-elles comparables à celle de Krishnamurti qui prône le dépassement de toute autorité ?

                    Expériences personnelles :
                    Je me suis intéressé à l’enseignement de Krishnamurti lorsque j’étais ado (entre 17 et 24 ans). Je l’ai rencontré en Inde, en Suisse, en Angleterre. J’avais lu quasiment tous ses bouquins. En bref, ça m’avait marqué. Grâce à lui, j’ai pu effectivement aller au-delà de mes peurs, j’ai appris à me concentrer, à ne pas me disperser, à questionner toute autorité et à ne pas en dépendre… Mais il me semble que ça ne permet de résoudre que certains aspects des problèmes humains, or Krishnamurti laisse entendre que les problèmes humains peuvent être tous résolus par son enseignement. C’est peut-être abusif, non ? Son approche aide probablement à la résolution de problèmes intérieurs, et si l’on s’arme avec beaucoup de volonté pour en chercher une réponse. Je ne regrette pas son enseignement, mais l’accent mis sur sa valeur absolu peut s’apparenter à un oubli du monde « réel » ou à un exagération d’un monde axé sur l’oubli de soi, ce qui, en soi, est un paradoxe : à passer son temps à s’oublier, ne reste-t-on pas centré sur un soi en négation de lui ?
                    Question : faut-il néanmoins passer par cette phase d’une recherche d’absolu pour dépasser le relativisme et les aliénations ?  Le détachement des affaires du monde est-il signe de sagesse ? Selon Aristote (et selon Hannah Arendt) une vie contemplative ne peut être supérieure à une vie active et incarnée parmi les humains.

                    Autre question par rapport au personnage de Krishnamurti
                    Dans les milieux de la théosophie, Krishnamurti était vu comme la « nouvelle incarnation du maître de l’humanité », l’avatar de  maître Matreya (figure spirituelle qui, elle-même, s’était incarnée en Bouddha et Jésus-Christ (d’après la théosophie). Mais à sa maturité, Krishnamurti a rejeté l’Ordre de l’étoile, (l’organisation que la société théosophique avait mise en place).
                    Finalement, Krishnamurti a poursuivi, factuellement parlant, sa fonction de « maître enseignant », mais sans organisation formelle. Ce sont donc des associations et des écoles qui l’ont soutenu et qui se sont inspirées de son « enseignement ». Il serait intéressant de savoir, sur le plan sociologique, ce que deviennent et sont devenus ses écoles, leurs enseignants, les élèves et les parents.

                    Merci pour votre attention.

                    #8225
                    René
                    Maître des clés

                      Séance du dimanche 30 mai. De la perte et décès.

                      Nous étions trois à cette séance, dont un « habitué ».

                      De la connaissance de soi
                      On pose la question de la connaissance de soi, ce qu’elle est, pour les nouveaux participants.
                      En résumé : Sa motivation est ambivalente en ce qu’elle est traversée de « peurs ».

                      – Mais est-ce la peur de soi (ce que l’on porte en soi est véritablement effrayant).
                      Ou est-ce la peur de ce que d’autres (la société, les amis, les proches, les intimes) pourraient y voir ?
                      Question : suis-je ce que le regard (le mien et/ou celui d’autrui) fait de moi ?

                      Pourtant, cette peur est elle-même ambiguë. Comment puis-je avoir peur de ce que je porte déjà en moi ? Ai-je peur de ce qu’on m’a fait ou de ce que j’ai fait ?
                      Puis-je ne pas accepter ce que l’on m’a fait (des humiliations, des maltraitances, des abandons, des trahisons, etc) ?
                      Puis-je ne pas accepter ce que j’ai fait à d’autres (des humiliations, des maltraitances, des abandons, des trahisons) ?
                      Dans les deux cas, ce que j’ai subi et ce que j’ai fait subir à d’autres, de quelle manière cela renvoie à une image de « soi » ?

                      Selon l’un des interlocuteurs, la maïeutique (une pratique du questionnement qui vise à « accoucher » des vérités que l’on porte en soi, inspirée de Socrate) serait plus efficace qu’une introspection autonome (faite en soi-même, par soi-même).
                      > Il est possible que les deux pratiques soient nécessaires : on peut aller aussi loin en soi que l’autre peut nous y accompagner, et on peut aller plus loin encore que l’autre ne saurait nous y accompagner.

                      Question : Qu’est-ce qui marque la limite d’un partage/d’un échange ?

                      Fin de la première question.

                      Seconde question : à quoi confronte la mort de ses parents ?
                      – à une perte de repères, à la perte du statut d’enfant que l’on était et, par conséquent, à l’enfant qu’on est « en soi ».
                      – Des questions de culpabilité de ce que l’on a fait ou pas, notamment dans les derniers instants. Sommes-nous à jour de ce que l’on doit à ses parents et/ou de ce qu’ils nous devaient ? Nous quittons-nous reconnaissants de ce que la vie nous a donné ou en dettes (émotionnelles) et avec des contentieux de ce qui a été mal « compris » ?
                      – La question des attachements. Les attachements arrachés sont toujours des « souffrances », des troubles du « sentiment de soi ».
                      > Qu’est-ce que le petit Alain pense du grand Alain ? C’est entendu dire l’un des participants par une psychologue. Comment, l’enfant en soi, voit-il l’adulte qu’il est devenu ? Ps : le prénom a été changé.

                      En conclusion :
                      La connaissance de soi suppose de mettre en acte ce que l’on est sur plusieurs plans :
                      C’est d’abord un choix et une volonté. C’est ensuite une pratique.
                      Il s’agit certes de « vouloir » regarder en soi, et ensuite de s’armer pour « affronter » (faire face) à ce qui apparait. Il faut se tenir et il faut soutenir ce qui apparaît.
                      Après quoi, il faut pouvoir travailler (entrer en réflexion) avec ce qui est (apparaît) :
                      > c’est-à-dire, tenter de comprendre (d’accueillir) ce qui est puis, éventuellement, tenter de rendre compte comment on explique ce qui est.

                      Question : faut-il d’abord faire en soi cette recherche ou trouver une personne (des amis, des soutiens, des psy) qui conduisent à le faire ?
                      Une réponse : il est possible que la démarche s’élabore dans un dialogue en continu / discontinu entre soi et des « amis-es », lesquels sont entendus comme des « rencontres » qui nous ouvrent à soi et à l’autre.

                      Observation personnelle (René).
                      Il s’agissait d’une première rencontre et, peut-être fallait-il ne pas questionner trop ce qui était susceptible de faire « mal » et les ressentis, mais simplement d’évoquer l’alentour d’une situation de perte.
                      Deux questions importantes restent en suspens : quel rôle joue la peur et la souffrance dans l’empêchement à se connaitre soi.
                      Une troisième question est cruciale également : quel rôle joue autrui (ou un auteur) dans l’accès à soi et/ou dans le devenir soi ?

                      Fin du compte rendu.
                      Vous pouvez réagir à ce forum en tant que participant à cet échange, en tant que membre de ce café philo et/ou en tant que lecteur de ce forum. Merci pour votre attention.

                      ————————————-
                      René Guichardan, café philo de Grenoble.
                      Des cafés philo à Grenoble. Cliquer ici pour accéder aux forums (et aux comptes rendus).
                      > NOUVEAU : le café philo-politique. Cliquer ici. Tous les 3ème mercredi du mois. Le 1er se tient le mercredi 17 juin 2026.
                      > NOUVEAU : Le groupe Signal pour une philosophie pratique de la connaissance de soi. Cliquer ici.
                      Le groupe WhatsApp des cafés philo sur Grenoble. S’enregistrer ici pour être informé des sujets
                      Lien vers les sujets du café philo d’Annemasse d’avant, (avec comptes-rendus) ici.
                      > Agenda Google où sont postés nos activités cafés philo (vous pouvez vous abonner à cet agenda.)

                      #8234
                      René
                      Maître des clés

                        Séance 6 du dimanche 7 juin 
                        Séparation et perte, l’expérience de tout perdre et d’être éjecté de soi.

                        Nous étions trois lors de cette rencontre. Les deux participants sont déjà venus à ce café philo, mais ils ne se connaissent pas. Une question centrale a été soulevée : que reste-t-il après la perte ? Qu’elle prenne la forme d’une rupture amoureuse ou d’un deuil (ou encore d’un déménagement), la séparation est une expérience universelle (personne n’y échappe), multidimensionnelle (qui se vit sur plusieurs plans), bien que chacun la vive de manière singulière.
                        Question : qu’est-ce qui demeure lorsque le lien est rompu ?
                        Une réponse :  l’éprouvé et les pensées.

                        Du lien (les pensées) et de l’expérience (l’éprouvé).
                        Nous avons distingué deux modes d’activité qui subsistent à la suite d’une perte :
                        1° Le lien : une relation est entretenue activement, mais dans l’imaginaire, avec l’absent, par des pensées, des écrits, des prières, des rituels et encore par des regrets, des rejets et/ou des émotions confuses. Dans ce second cas, on pâtit davantage de la relation à l’absent que lorsqu’on est actif (par des actes, des écrits, des rituels, des suppliques, etc.)

                        2° L’expérience ou l’éprouvé : c’est l’empreinte qui reste malgré soi, c’est un éprouvé. L’empreinte est persistante, laissée en soi par la perte de la relation. Cette trace continue d’agir intérieurement, comme si elle était dans le corps. Elle est ressentie éventuellement comme si l’éprouvé était dans les viscères ou le sternum, alors même qu’aucun lien conscient, délibéré et volontaire n’est maintenu.

                        Dans le lien (la relation maintenue dans les activités de sa pensée), il s’agit de préciser de quelle manière la relation est entretenue, de sorte à saisir ce qui se « tisse » du rapport de soi à l’image de l’autre qui, alors, est comme une autre partie de soi. Cette activité est notamment motivée/conditionnée par un socle d’émotions profondes, complexes. Les activités de la pensée sont en lien (plus ou moins direct, plus ou moins consciemment) avec l’éprouvé.

                        Dans l’éprouvé, il s’agit d’être à l’écoute de ce qui est ressenti, d’en distinguer les âpretés, et de comprendre (saisir intuitivement) ce qu’il exprime. Éventuellement, il s’agit de nommer la qualité des sensations ressenties, de les accueillir et de laisser advenir les images qui peuvent en surgir. Accueillir les soubresauts du corps émotionnel (ce qui n’est pas toujours aisé).

                        Notre conversation suggère également que la perte (séparation, divorce, deuil) peut agir comme un révélateur : la manière de le vivre met parfois au jour la nature profonde de la relation perdue. Dans tous les cas, il s’agit de savoir ce que l’on fait de soi, ce que l’on fait avec soi (du rapport de soi à soi-même). En somme, « ce que l’on fait avec autrui » dit en partie ce que l’on fait de soi et avec soi. La perte est une sorte de rendez-vous avec soi, mais aussi, avec plus loin que soi.

                        Questions : en vue de quoi on se dépasse ?
                        Lorsqu’on se rencontre soi, qu’est-ce que l’on rencontre ?

                        Être éjecté de soi, une phénoménologie
                        Par rapport à l’expérience, l’éprouvé peut renvoyer ou provoquer une éjection de soi. L’expérience est « violente », puisque le sentiment est celui d’être comme « hors de soi », projeté dans un « néant ». Indépendamment de la qualité de la relation (bonne, conflictuelle, négative, toxique, etc), la brutalité et la soudaineté de la perte peut provoquer ce sentiment d’être expulsé. Cette sensation (dans le cas présent), vécue de manière identique lors d’une séparation amoureuse et lors d’un deuil (ici, celui le deuil de la maman d’un-e participant-e), suggère une structure de réaction personnelle face à la soudaineté de l’événement.
                        Ps : bien entendu, toute sorte de réaction et d’anéantissement de soi peuvent être éprouvé dans la perte, nous n’évoquons ici que certains aspects de notre échange, et dans ce groupe-ci.

                        Est-ce de l’insécurité ou de l’angoisse ?
                        Dans cette expérience d’éjection, une ambivalence se dessine dans l’interprétation que nous en faisons. Est-ce de l’insécurité ou de l’angoisse ?
                        L’insécurité est un degré de perception de soi moins fort, moins excessif que l’angoisse. L’insécurité peut activer un réflexe plus ou moins raisonné d’un mode de survie. Il s’agit d’une sorte hypervigilance et de sauver sa peau par rapport à une situation. On garde encore le contrôle de soi. De son côté, la soudaineté et la violence du sentiment d’être « éjecté » de soi est nettement plus brutal. Il ne fait pas qu’insécuriser, il « actualise » et donne une prégnance nouvelle à l’incertitude fondamentale de l’existence.
                        En effet, dans ce groupe, nous tenons pour acquis que rien n’est vraiment certain dans la vie. Chacun de nous ayant déjà vécu des pertes, nous savons que rien n’est certain et définitif par rapport à la vie. De fait, le questionnement « existentiel » n’est plus seulement « intellectuel », il n’est pas une simple possibilité ou une donnée statistique. C’est un choc susceptible de provoquer une « angoisse » (une perte de soi, une absence à soi-même – le basculement possible dans une folie ?).
                        Un processus post-éjection s’enclenche (il est recherché, certainement par automatisme et en raison de l’économie générale de notre équilibre, et la personne en a les moyens). Ce mouvement est perçu comme un retour forcé vers soi-même.
                        Question : choisit-on de souffrir dans son corps (tension musculaire, somatisation, douleurs viscérales) ou dans sa tête (décompensation – angoisse) ?

                        Notre échange met en lumière plusieurs dimensions de cette expérience :
                        – le sentiment d’éjection,
                        – la différence entre le lien que l’on continue d’entretenir activement,
                        – des intellections qui (éventuellement) protègent de soi ou permettent la prise de distance,
                        – et l’expérience qui nous transforme, elle est facteur de prise de conscience (d’intégration de soi).

                        En conclusion
                        Se joue dans l’expérience partagée ce jour, une certaine activité de la conscience (de l’interprétation de la situation et celui possible d’une mémoire corporelle) dans la manière de traverser l’absence (ou le néant) et de se réhabiliter à soi-même, possiblement de se reconstruire ou de se construire autrement…

                        Fin du compte rendu.

                        Une suite ci-dessous, à propos de la mémoire corporelle.

                        #8235
                        René
                        Maître des clés

                          La Mémoire Corporelle et la Question de la Conscience de Soi

                          Nous avons postulé/admis que le corps possède une « mémoire implicite », qui se façonne dès la naissance, qui enregistre les expériences, les émotions et les traumas sous forme de sensations et de réactions, indépendamment de la conscience intellectuelle. La connaissance de soi est alors définie comme un processus, mais aussi comme un dialogue avec cette mémoire corporelle, la conscience de soi comprend également une perception de cette mémoire.

                          Un fait paradoxal ?
                          Le fait de porter en soi des expériences « insupportables » (des traumas du passé) serait paradoxal. L’idée est avancée que ce que l’on porte en soi n’est pas fondamentalement dangereux en soi, puisque nous y avons survécu. Toutefois, outre les questions de honte pour soi et à l’égard d’autrui, il est possible que nous n’ayons pas appris (dans le monde occidental et hyper normé) à vivre ou à intégrer des affects bouleversants.
                          Le mythe d’Ulysse a été évoqué. Il demande que ses marins l’attachent au mât de son navire pour soutenir le chant des sirènes. Ulysse ne veut pas prendre le risque d’y céder, car qui les entend ne peut y résister. Ce passage illustre la possibilité de traverser une expérience intense sans y succomber, tout en la conscientisant/l’éprouvant pleinement. Pareillement, les pulsions de mort ou les sensations puissantes de dépersonnalisation peuvent submerger la conscience, mais il s’agit de ne pas y céder. Ces expériences peuvent être alors réinterprétées non comme des pathologies ou comme des désirs déstructurés/déstructurant, mais comme une possibilité d’assumer, de vivre ce qui est insoutenable en soi, et de le faire en vue d’un dépassement (d’une initiation ?), d’une expérience de soi.
                          Question : comment s’accompagne une telle expérience ? Faut-il la faire, l’encourager ou plutôt, s’en protéger ?

                          La Quête Ultime : Que Reste-t-il de Soi dans l’Autre ?
                          Retour à la question première : que reste-t-il ?
                          Après la rupture d’une relation intime et très investie, la question se pose : que reste-t-il de « soi » en l’autre ?
                          Tout ça pour ça ? Comment ai-je compté pour l’autre ?
                          Dans le cas d’une rupture, la douleur de la perte serait différente et plus supportable si le sentiment était assuré que chacun a compté pour l’autre.

                          Cette interrogation sur la permanence de soi dans l’autre après la fin du lien devient le point névralgique de la réflexion. Cette quête n’est pas une simple curiosité, mais une question existentielle profonde. Les ontologies du « soi » s’y jouent. Dans la perspective pragmatiste post-darwinienne de William James et John Dewey, l’être n’apparaît plus comme une essence immuable, mais comme une continuité en devenir, bien que sur une temporalité plus profonde. Les expériences partagées — amour, éducation, famille, vie sociale — forment alors un héritage vivant, qui se transforme et se prolonge de manière singulière en chacun.

                          Prendre conscience de ces transformations permet de revisiter la mémoire du passé sans y rester enfermé. Le passé cesse alors d’être seulement subi : il est un substrat vivant/mouvant que l’on peut comprendre, repenser et intégrer autrement. Cette réflexion esquisse ainsi une réponse à la question de ce qui demeure après la perte, tout en ouvrant la possibilité d’un devenir.
                          Ici, il est toujours difficile de savoir ce qui change ou se transforme :
                          – soi,
                          – l’image de soi
                          – le sentiment de soi (comment on se sent soi-même)
                          – et nos manières d’être et de nous comporter avec autrui.

                          Merci pour votre attention. 
                          Vous pouvez réagir à ce forum en tant que participant à cet échange, en tant que membre de ce café philo et/ou en tant que lecteur de ce forum. Merci pour votre attention.

                          ————————————-
                          René Guichardan, café philo de Grenoble.
                          Des cafés philo à Grenoble. Cliquer ici pour accéder aux forums (et aux comptes rendus).
                          > NOUVEAU : le café philo-politique. Cliquer ici. Tous les 3ème mercredi du mois. Le 1er se tient le mercredi 17 juin 2026.
                          > NOUVEAU : Le groupe Signal pour une philosophie pratique de la connaissance de soi. Cliquer ici.
                          Le groupe WhatsApp des cafés philo sur Grenoble. S’enregistrer ici pour être informé des sujets
                          Lien vers les sujets du café philo d’Annemasse d’avant, (avec comptes-rendus) ici.
                          > Agenda Google où sont postés nos activités cafés philo (vous pouvez vous abonner à cet agenda.)

                          #8255
                          René
                          Maître des clés

                            Séance 7 du dimanche 14 juin 2026
                            Crise existentielle et perception de soi : mon environnement est-il réel ?

                            Nous étions trois à cette séance : un nouveau participant et un habitué (qui, cette fois, vient plutôt en tant qu’observateur). La séance a pris ainsi la forme d’une « consultation ».

                            Ce qui amène le participant (le consultant)
                            Depuis le collège, se pose beaucoup (trop) de questions. Cette période est marquée par une crise existentielle précoce. Elle est donc difficile à gérer à son âge, notamment dans son rapport à ses camarades, qui ne partageaient ni son questionnement ni ses préoccupations.
                            > puis, quelque chose a aidé le consultant à se définir : la créativité via l’informatique, les projets personnels et le fait de concrétiser ses propres idées.
                            > Aujourd’hui, l’enjeu principal pour le consultant (master en mathématique) est de canaliser cette profusion d’idées et d’envies.

                            De mon côté (René, en tant que « consulté ») les questions que je me pose :
                            Qu’est-ce qu’une crise existentielle ? (En bref, c’est un concept sartrien selon lequel, la vie n’a aucun sens, ce qui renvoie une angoisse existentielle, celle de sa liberté, puisque rien ne nous détermine sinon les choix que nous faisons. De ce point de vue, Dieu et/ou les responsabilités que l’on se donnent ne sont que des excuses (des mensonges, de la mauvaise foi) pour se donner des prétextes à vivre. Sans eux, notre vie est dépourvue de sens. On dépasse la crise existentielle par un rapport authentique à soi-même et à la vie elle-même, ce qui suppose d’assumer l’absence préétablie de sens de la vie ainsi que sa propre fin (la mort qui, alors, n’est plus un problème).
                            Piège-enjeu-défi de la crise existentielle : ne se réduire ni soi ni autrui à des objets, à des moyens et à des logiques utilitaristes. En effet, selon Sartre, l’existentialisme est un humanisme. Le paradoxe étant de faire de soi et d’autrui des objets, alors que nous sommes des sujets doués de conscience et de liberté. (Voir ici, l’intro et le compte-rendu sur notre forum).

                            Mais qu’est-ce qu’une crise existentielle pour notre consultant ?
                            Selon ses propres mots, les « comment ça marche » cèdent la place aux « pourquoi », les questions du sens l’emportent sur les « comment ». Mais ce que j’ai compris, c’est que je me définissais par l’action et par les interactions. Exister = apporter des changements au monde, agir sur son environnement. C’est sans doute pour cela que je me suis senti mieux en me mettant en action.

                            Une réflexion post séance :
                            Le consultant questionne probablement une autre manière de concevoir le dépassement de la crise existentielle, puisque la « mort » n’est pas ou n’était pas le problème central à son questionnement. Nous verrons plus loin ce qui, éventuellement, se présente comme un point aveugle à son questionnement. En attendant, nous (en tous les cas, moi, René, dans cet exercice de « consultant), je ne peux m’en tenir à la référence sartrienne, toute pertinente qu’elle puisse être pour des personnes autrement structurées dans leur psychisme.

                            Extrait de dialogue qui a suivi (reformulé pour la fluidité de la lecture) :
                            René:
                            Tu te définis par l’action, par le pouvoir de transformer le monde (d’agir sur ton environnement et (autrement dit) par une faculté augmentée d’être en interaction, c’est cela ?
                            Sous questions et questionnement explicite : qu’est-ce que changer le monde (et/ou son environnement), qu’est-ce qu’agir sur lui ? Quand est-ce que cela a commencé ?

                            Consultant : ça commencé à la fin de collège/lycée. Il y a d’abord l’action, tandis que la compréhension vient a postériori. Le simple fait d’interagir avec son environnement le modifie.

                            René: Ce n’est donc pas ce que l’on fait (le contenu de l’action), mais une attitude, des manières d’être et le fait d’une conscience consciente d’elle-même et de son niveau d’implication dans ses rapports avec le monde (l’environnement) ?

                            Consultant: Oui, et c’est aussi social : les autres font partie de notre environnement. L’interaction crée un échange, une dynamique, et même un “nous”.

                            Un commentaire :
                            Lorsque le « soi » est vécu comme connecté à un « nous », cela pose de nombreuses questions : Est-ce seulement une perception ? Cette perception est-elle une réalité non seulement propre au consultant, mais est-elle également effective et efficiente/pertinente ?
                            Autrement dit : si la connexion avec autrui est pertinente et effective, elle doit pouvoir s’objectiver et se vérifier dans les faits. Par exemple, lorsque le consultant rencontre autrui, le sentiment de décalage avec autrui doit se dissiper et laisser place à des interactions pertinentes, possiblement gratifiantes et partagée par chacun. Mais comment cette conscience (ou ce sentiment ?) « connectée » à soi et à l’autre est-elle venue à notre consultant ?
                            Par ailleurs, si le consultant se sent connecté à autrui, est-ce réciproque ? Autrui se sent-il connecté au consultant ? Partagent-ils ensemble des rapports (et des sentiments) de reconnaissance partagée ?

                            Reprise du dialogue :

                            René: Comment expliques-tu cette interaction et cette prise de conscience ?

                            Consultant: Comment en ai-je pris conscience ? Je ne suis pas sûr de comprendre.

                            René : Oui, comment te sont venues ces idées ?

                            Consultant: Cela vient surtout de mon stage et d’une lecture sur l’accélérationnisme, qui m’a beaucoup parlé. L’idée centrale est que l’être évolue en augmentant sa capacité d’interaction avec le monde. Cette évolution ne concerne pas seulement les gènes, mais aussi les idées, les « mèmes », qui se transmettent et se sélectionnent.

                            René: Et comment améliore-t-on cette capacité d’interaction ?

                            Consultant: Par la culture, par exemple. Elle fonctionne comme un ensemble d’idées qui évoluent : certaines se transmettent mieux que d’autres, un peu comme dans un darwinisme des idées.

                            René: Il y aurait donc un darwinisme des idées.

                            Consultant: Oui. Mais il est difficile d’expliquer comment les choses deviennent ce qu’elles sont, car il y a trop d’étapes. L’auto-conscience serait peut-être ce moment où l’on tente de comprendre comment on en est arrivé là.

                            Un éclairage philo :
                            Qu’est-ce que la conscience ? Étymologie : cum-, « avec », et scire, « savoir ») la conscience désigne ce qui se sait avec « science » (savoir). C’est l’idée de justifier (expliquer) ce que l’on sait. C’est une épistémologie. Mais on peut distinguer des degrés de conscience :
                            1° avoir conscience de quelque chose = avoir des perceptions plus ou moins fines des choses, des gens => registre plus ou moins grand du spectre de la conscience. On est dans le registre de la perception. Il n’y a de la conscience qu’en raison de ce qui est perçu.
                            2° Sur un autre plan, on distingue également une conscience « morale » (la sensibibilité n’est pas relative qu’aux seul spectre du perçu, mais également à des émotions ressenties, éprouvées). Cette conscience est conscience de soi par le ressenti (eastésia – esthétique), elle peut être également conscience d’autrui, de son état d’esprit et/ou émotionnel.  Il s’agit alors d’une conscience de soi qui implique une conscience d’autrui, mais aussi des effets de soi sur autrui et inversement, d’autrui sur soi. C’est une conscience éprouvée de ses interactions.
                            3° Enfin, il y a une conscience délibérément réflexive. C’est une conscience qui peut questionner les présupposés de sa pensée. Elle se donne les moyens d’être à distance d’elle-même. Elle peut rendre compte de sa propre pensée à partir d’un tiers extérieur à elle-même ou à partir de la possibilité qu’elle se donne de s’extraire d’elle-même.

                            Enfin, précisons que, dans le courant de la phénoménologie (Husserl), il ne serait y avoir de conscience sans objet. Autrement dit « toute conscience est conscience de quelque chose », tandis que cette même conscience serait « intentionnelle » (naturellement orientée, y compris inconsciemment ou involontairement orientée).
                            Or, notre consultant semble faire référence à une conscience qui a conscience d’elle-même en tant qu’elle est consciente de tout ce qui passe à travers elle, d’où le sentiment d’une auto-conscience : une conscience consciente d’elle-même, de ce qui passe en elle et de son rapport aux autres. Ce serait comme une sorte de « pleine conscience ». Mais est-ce seulement un état de conscience, une impression et/ou une conscience effective et pertinente de soi et de ses rapports à son environnement ?

                            Extrait de dialogue qui a suivi (reformulé pour la fluidité de la lecture) :

                            René: Et quelles questions cela te pose-t-il aujourd’hui ? Est-ce que cela t’a conduit ici ?
                            (En fait, en tant que consulté, il s’agit de rechercher chez le consultant les questions qu’il se pose, et non pour moi, de m’empresser à un jugement normatif (ce n’est pas normal d’être ainsi). Comprendre vaut mieux que « normer, catégoriser, classer, juger ou poser un diagnostic…). On peut faire référence à Canguilhem (le normal et le pathologique). Il s’agit d’écouter au mieux pour comprendre/percevoir d’où parle le consultant.

                            Consultant: Je ne me pose pas toujours des questions, j’ai plutôt des réponses sans réussir à formuler les questions. En situation de crise existentielle, on ne sait pas forcément que ces questions existent, ni comment les dire.

                            René: Ces questions peuvent venir de la solitude, du manque de sens ou de l’incompréhension de soi et des autres.
                            (Je suggère cette possibilité car la « conscience » est toujours « motivée » (intentionnée).

                            Consultant: D’accord, mais poser une question, c’est déjà y mettre une intention ; en ce sens, la question contient une forme de réponse.

                            René : Est-ce que l’intention précède l’action ?  Donne-t-elle une direction à ce que l’on fait et à la manière dont on existe ?

                            Consultant: Pour moi, l’intention naît quand on revisite son passé pour créer du nouveau. On remobilise sa mémoire, des connaissances, puis on se projette à partir de son expérience ; cette projection oriente la pensée avant que la réalité ne se produise.

                            René: Et l’intention, dans ce processus ?

                            Consultant: C’est peut-être la projection : un processus élémentaire de création. Avoir une intention de faire ou de penser, c’est déjà créer quelque chose.

                            Une post-réflexion
                            C’est comme si l’intention n’était pas antérieure (cause et moteur d’une action), mais en vue d’un horizon (l’intention existerait par anticipation/projection). En cela, l’intention est susceptible de créer la réalité attendue. Question : jusqu’où sommes-nous dans une sorte de prophétie auto-réalisatrice ? ( Sociologue fonctionnaliste Robert K. Merton à partir du « théorème de Thomas » : « Si les hommes considèrent des situations comme réelles, alors elles le deviennent dans leurs conséquences.)

                            René: Où places-tu la mort dans tout cela ?

                            Consultant: Pour moi, toute action crée localement de l’ordre = extropie, niveau 1er d’une mort, il y a donc un gain par un degré d’organisation plus complexe), mais en puisant de l’énergie dans l’environnement, et donc au prix d’un désordre (dissipation d’énergie) plus global. En somme, on ne réduit l’entropie localement et provisoirement, tandis que l’entropie générale reprend le dessus.

                            René: C’est donc une transformation locale et temporaire, qui finit par s’effacer à l’échelle de l’univers.

                            Consultant: Oui. Mais la mort a aussi une fonction positive : sans elle, il n’y aurait ni naissance ni renouvellement. Elle participe donc au processus de création et à l’amélioration continue de notre interaction avec le monde.

                            René: Ce que tu dis rejoint des questions philosophiques anciennes : le principe de conservation de la vie (le conatus) et le fait que cela s’inscrive dans un rapport entre vie et mort.

                            Commentaire : La mort a souvent été pensée comme une inquiétude ou une angoisse à dépasser, notamment via des manières de se la représenter (la mort n’est rien pour nous – Épicure) ou de savoir la vivre authentiquement (approche traditionnelle et/ou existentielle, par exemple, mourir pour la gloire, avec bravoure, avec dignité ou comme si de rien n’était – avec détachement). Toutefois, la manière dont on comprend la mort influence notre rapport à la vie, au sens qu’on lui donne. En conséquence, le sens que l’on donne à la mort conditionne celui que l’on donne à la vie, à la politique, à l’amour, aux autres, à l’environnement, aux vivants en général.

                            Consultant: La mort ne m’a jamais vraiment fait peur ; je cherche plutôt à comprendre pourquoi. La question qui m’a le plus marqué est : mon environnement est-il réel ? Ma réponse a souvent été : peu importe, car cette réponse me convenait.

                            Fin du compte rendu (mais pas de la séance).

                            Je termine le compte-rendu ici, car la rencontre a été assez dense. Mais nous touchons là au cœur de la question qui se pose pour le consultant (à mon sens, et à la lumière de cet entretien).
                            En effet, la question « mon environnement est-il réel ? » suppose un décalage entre soi et le monde. Ce décalage peut être compensé par une surconscience de soi et de son rapport au monde. Ce qui semble « annihiler » ou « neutraliser » le problème initial de l’angoisse existentielle. De fait, « peu importe » la cause initiale, sous-entendu, elles sont multiples et, finalement, ce n’est plus le problème.
                            Bien que plusieurs facteurs aient pu contribuer à ce décalage qui conduit à la question : mon environnement est-il réel ? Il n’est pas impossible que ce soit le point aveugle évoqué en début de séance. Si c’est le cas, il peut être important de « travailler » à une meilleure « connexion » (qualité de relation) avec son environnement / entourage.

                            Dans la suite de l’entretien, d’importants sujets ont été encore évoqués. Citons s’en quelques-uns :
                            Est-ce la solitude, le manque d’interaction, le sentiment de n’être pas compris, l’usage excessif (peut-être) des écrans au détriment d’une socialisation effective dans de véritables interactions avec son environnement, qui sont peut-être cause de ce décalage avec l’environnement ? Le consultant est-il doué d’une sensibilité inhabituelle, et avec laquelle il doit apprendre à composer ?
                            Selon ses propres mots : Je n’ai pas vraiment été seul, mais plutôt mal compris. Comme je posais très tôt des questions, je manquais d’interactions avec mon environnement. Ce sont les autres qui m’ont aidé à en sortir ; seul, je n’y serais sans doute pas arrivé.
                            Il me semble alors pertinent d’encourager une attention qui porte sur le sens de l’autre et de ce que l’on partage avec autrui et, inversement, ce qu’autrui vit et éprouve dans le partage avec soi.

                            Distinguons, à propos des interactions :  la qualité, la diversité, leur nombre, leur profondeur, la pertinence et le sens qu’elles ont pour soi. Cette proposition peut aller dans le sens du consultant, tout en lui permettant d’être attentif à la « sensation de décalage » avec l’environnement/l’entourage.
                            Distinguons également les effets à court, moyen et long terme dans les interactions que nous engageons, et de la manière dont elles nous affectent. En effet, il est fort possible (c’est une thèse à ne pas négliger) qu’aucune interaction ne soit neutre en elle-même. Autrement dit, toute interaction, en ce qu’elle transforme chacun, comprend une relative « positivité » (principe vertueux de reconnaissance partagée) ou « négativité » (principe selon lequel l’un l’emporte au détriment de l’autre). Et cela ne conduit pas à vivre les interactions de la même manière, comme si elles étaient toutes sur le même plan (quasi universelles et métaphysiques, le tout englobant le tout et ses parties dans un même mouvement). Chaque interaction nourrit une positivité et/ou des difficultés ou des négativités plus ou moins fines en fonction de la réflexivité que l’on engage, en fonction du long, moyen ou court terme que l’on perçoit, en fonction de la profondeur sur laquelle on travaille.

                            De mon côté, notre rencontre m’a fait « réfléchir ». J’imagine, en réalité, qu’il faudrait poursuivre les entretiens… Mais peut-être en privé (?). En effet, je « crois » que ce consultant est dans un processus de « co-construction » de lui-même et avec autrui. Autrement dit, son devenir se transforme non seulement par ses interactions, mais également par la « méta-réflexion » qu’il construit à son propos.

                            Le schéma ci-dessous résume l’un des problèmes qui se pose avec la conscience, ses causes et ses états.

                            Merci pour votre attention.
                            Vous pouvez réagir à ce compte rendu, soit en tant que lecteur de ce forum, soit parce que vous avez participé à cet échange. Merci à vous.

                            ————————————-
                            René Guichardan, café philo de Grenoble.
                            Des cafés philo à Grenoble. Cliquer ici pour accéder aux forums (et aux comptes rendus).
                            > NOUVEAU : le café philo-politique. Cliquer ici. Tous les 3ème mercredi du mois. Le 1er se tient le mercredi 17 juin 2026.
                            > NOUVEAU : Le groupe Signal pour une philosophie pratique de la connaissance de soi. Cliquer ici.
                            Le groupe WhatsApp des cafés philo sur Grenoble. S’enregistrer ici pour être informé des sujets
                            Lien vers les sujets du café philo d’Annemasse d’avant, (avec comptes-rendus) ici.
                            > Agenda Google où sont postés nos activités cafés philo (vous pouvez vous abonner à cet agenda.)

                          12 sujets de 1 à 12 (sur un total de 12)
                          • Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.