Cafephilos Forums Les cafés philo Des cafés philo sur Grenoble Don, contre-don. Donner, recevoir, rendre. N’y a-t-il jamais rien de gratuit ? Marcel Mauss + compte rendu. Le 26/05/2026 à 18h30, au café Chimère, Grenoble.

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  • #8175
    René
    Maître des clés

       

      Nous nous réjouissons de notre amitié avec l’UTEM (Université de Terrain Edgar Morin). Merci également au café citoyen la Chimère, 12 rue Voltaire, Grenoble d’accueillir notre pratique des cafés philo  (Lien vers le café la Chimère citoyenne, ici)

      Durée des débats (1h30 environ > jusqu’à > 20h30 maximum)
      Discussion informelle pour celles/ceux qui souhaitent poursuivre
      Entrée libre

       

      Don, contre-don.
      Donner, recevoir, rendre.
      N’y a-t-il jamais rien de gratuit ?

      Ne donnons-nous jamais rien gratuitement ? Débattons-en.
      « Le paradigme du don, c’est la triple obligation de donner, de recevoir et de rendre, que Mauss attribue aux sociétés dites par lui archaïques, mais, que, dans, les conclusions de son essai, il fait apparaître, à la fois comme réalité et comme utopie dans nos propres sociétés. La Table ronde où s’assied les chevaliers en est, pour lui, le symbole. Alain Caillé élargit cette approche, en expliquant que le don est « un acte chargé d’ambivalence, désintéressé en un sens, mais tout autant intéressé, à la fois libre et obligé ». Et il ajoute : « Cette triple obligation régit en réalité l’essentiel de nos rapports aux autres ». Elle est donc déjà là, mais, selon Alain Caillé à universaliser. Elle peut permettre de dépasser la vision économiciste des sujets humains. Encore faut-il étendre son approche à tous les secteurs de la vie sociale : le jeu, les relations internationales, le sport, l’art, la consommation, les psychothérapies, la psychanalyse, la religion, la question du pouvoir et bien d’autres secteurs. »
      Extrait de l’article en accès libre ici : Alain Caillé, Extensions du domaine du don. Demander-donner-recevoir-rendre, Arles, Actes Sud, 2019. 

      Autres ressources : un entretien-vidéo entre Alain Caillé (anthropologue) et la cofondatrice , Diane Dupré La Tour, du concept des Petites Cantines. Écouter ici. 
      Observons que le don (selon Alain Caillé) peut être vertueux, neutre ou diabolique/pervers. La neutralité, à vrai dire, n’existe pas « réellement », en tous les cas pas sur du long terme. Dans un cas, le paradigme anthropologique du don génère des actes de reconnaissance partagée, dans l’autre, il conduit à une rivalité sans fin et mortifère (René Girard, mimétisme et sacrifice). Voir ici. 

      Ci-dessous, trois extraits de l’entretien entre Alain Caillé et Diane Dupré La Tour (lien ici).  

      Il a quatre mobiles du don, qui doivent s’équilibrer :
      1 et 2 : intérêt pour soi et intérêt pour autrui,
      3 et 4 : l’obligation de donner et la liberté créative de le faire.
      > L’intérêt pour soi et pour autrui doivent nécessairement s’équilibrer (sinon le don est trop altruiste et sacrificiel à l’égard de soi comme à l’égard d’autrui).
      > L’obligation de donner s’oppose également à la liberté de le faire. Les deux termes sont antinomiques. Pour autant, toute relation nous engage et entraine une diversité de réactions, si ce n’est toute une série de conséquences. Par exemple, si je suis indifférent à autrui, j’exprime un message d’indifférence (voire de mépris) à son égard. À l’inverse, si je le salue, si je peux reconnaitre autrui comme un égal et/ou encore, je peux le reconnaître en ce qu’il est singulier, je lui témoigne alors d’une reconnaissance. De fait, toute relation nous engage dans un rapport à l’humanité. Aucune relation n’est neutre en définitive. Pour autant, chacun est libre, libre par le singulier dont il se fait l’acteur, libre par la créativité de rendre et/ou d’inventer les actes de reconnaissance dont il se fait le vecteur.

      Il y a quatre registres du don : le champ de l’affection, celui de l’engagement, celui de l’implication et celui du renom.
      1° le champ de l’affection : ce qui m’émeut, me touche (et que j’apprends à exprimer, à en faire témoignage).
      2° le registre de l’engagement : ce qui m’engage dans le rapport à l’autre (la volonté, le devoir, l’éthique)
      3° le niveau de l’implication : la façon dont je me sens concerné, impliqué dans mon être, mon humanité, ma parole,
      4° l’enjeu du renom : de quelle dignité je me fais le nom (pour moi et autrui) ?

      Dit autrement, par quoi (selon quel esprit, quelle philosophie, quel niveau de l’être et/ou de la société) le cycle du don m’engage-t-il ?

      Le cycle diabolique (ce qui sépare) du don :
      Au lieu de donner, recevoir, rendre, il y aura : ignorer (je vous ignore, je vous méprise), refuser (ne pas recevoir), prendre (ne pas savoir donner), ne rien rendre et tout garder.

      Autres ressources
      Entretien avec Alain Caillé, par Fabrice Midal. (un entretien pédagogique et philosophique)
      UMA Arles : Agir pour le Vivant : Entretien avec Alain Caillé.
      Alain Caillé : Avez-vous de la Valeur ? Rencontre autrement avec Christian Mrasilevici (2026)
      Voir ici un article pédagogique du site « Je retiens » expliquant ce qu’est un fait social total et l’Essai sur le don de Marcel Mauss.
      – Au cas où : L’origine du commerce, selon David Graeber, par Tzitzimitl, esprit critique. Cliquer ici. 

      Une prise de notes du second entretien (avec Christian Mrasilevi) :
      Vers la mn 8.20 : plusieurs types de valeur :
      1° la valeur des marchandises (économistes), puis de leur rareté, puis de la création du prix.
      2° la valeur en linguistique (de Saussure et les théories du signe, qui ne valent que par rapport à leur signification comparativement à d’autres signes.
      3° la valeur des anthropologues (et en sociologie plus généralement ) : toutes les sociétés sont régies par des valeurs différentes. Soit trois ordres de valeurs mais sans unification apparente.

      Selon Alain Caillé qui s’inspire de l’école de Francfort (et Axel Honneth) : l’enjeu de la valeur est une lutte pour la reconnaissance, qui comprend trois dimensions :
      1° être aimé,
      2° avoir des droits,
      3° être estimé en rapport à leur contribution à la vie sociale.
      Alain Caillé estime qu’il est difficile d’obtenir les trois ordres de valeur à la fois (conflit de la nature des besoins). Selon Alain Caillé, et s’inspirant de Marcel Mauss : ce que l’on veut voir reconnu en nous, c’est notre « valeur » en tant que nous avons une « valeur » par le simple fait d’exister, mais également (et surtout) en tant que « donateur » : capable de générosité et/ou « génératif » (créateur de quelque chose -> de don, d’aptitude, de relation), et susceptible de faire advenir du « nouveau ».

      Selon Sénèque (Traité des bienfaits) : « Il faut que celui qui a donné oublie immédiatement qu’il a donné; et pour celui qui a reçu, il faut qu’il ne l’oublie jamais ce qui lui a été. donné. » Entendu dans l’entretien de Fabrice Midal avec Alain Caillé, ici. 

      Quelques règles concernant nos échanges
      – Chacun peut prendre la parole, nul n’y est tenu.
      – Pas d’attaque ad hominem /ad persona.
      – On essaie de rendre compte des raisons de sa pensée et de faire évoluer le débat.
      – Chacun est le bienvenu, quelle que soit sa confession, sa classe sociale, sa formation et ses références philosophiques.

      L’approche du café philo de Grenoble
      C’est une approche plutôt non-directive, centrée sur les questions des participants. Nous nous efforçons de faire évoluer le débat au fur et à mesure de nos échanges.
      Nous partons du principe que chaque participant est adulte, autonome, responsable de sa pensée et de ses comportements. On note également que le participant est curieux d’examiner aussi bien les arguments de sa pensée que de ceux d’autrui.
      Nous nous appuyons sur l’idée qu’une écoute compréhensive et qu’un partage structurant et structuré de nos réflexions ne peut être que profitable à tous, à une socialisation réflexive en partage et à une philosophie en travail.

      Ce que le café philo n’est pas :
      Le café philo n’est pas un lieu de propagande politique ou religieuse, ni il n’est celui d’une mise en spectacle de soi. On n’y vient pas faire la leçon aux autres ou répéter ce que l’on sait déjà, chacun étant déjà par lui-même l’auteur de sa propre pensée. L’effort que nous faisons porte sur une réflexivité mise en partage, sur l’écoute de l’autre et du débat qui se construit : on y assume les hésitations d’une pensée qui se cherche.

      L’affiche du mois de mai 2026

       

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      René Guichardan, café philo de Grenoble.
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      #8220
      René
      Maître des clés

        Compte-rendu :
        Donner, recevoir, rendre.

        Ne donnons-nous jamais rien gratuitement ?

        Nous étions 24/25 participants pour cette rencontre.

        Des questions retenues de notre échange
        Deux écueils se tramaient en arrière-plan de notre sujet en raison de l’extension et des implicites des termes, donner et gratuité :
        1° qu’est-ce que « donner » ?
        2° que signifie la gratuité ?

        Dans le cadre théorique de l’anthropologie du don, le don est un fait social total.
        Pour en résumer l’idée, nous ne pouvons pas ne pas donner : nous « donnons » (offrons, partageons) nécessairement des regards, des attentes, de l’attention, des gratifications, mais aussi de l’indifférence, du mépris et de l’hostilité par nos attitudes. Ainsi les échanges ne se limitent pas à la matérialité du don. Et, lorsque les échanges passent par des objets, ils restent motivés par des attentions/intentions qui dépassent la valeur « marchande de l’objet (ce qu’il coûte), mais aussi sa valeur utile (ce que l’on peut en faire) et sa valeur symbolique consciente (ce qu’il signifie sur le plan social ou méta-social).
        Par exemple, une alliance (offerte dans le cas d’un mariage ou d’un autre rituel) symbolise un engagement à vie, mais aussi à la mort, n’est-ce pas ? De fait (traditionnellement), l’alliance implique une dimension spirituelle (ou religieuse) qui engage plus loin que nous ne pouvons le représentez, y compris si nous ne sommes pas croyants et conscients, sur le moment, de tout ce que le don implique (il implique quelque chose de l’ordre du proto-sentiment de soi). En anthropologie, si deux clans échangent des coquillages, ces derniers témoignent également d’un « esprit du don » en tant qu’ils expriment des « valeurs » (des manières de faire civilisation par des mythes), lesquelles structurent les échanges entre les clans.

        Que ce soit entre des individus, les clans ou des nations, le don valorise l’auteur et actualise (augmente ?) son sentiment d’existence : être en mesure de donner institue le donateur dans une dignité et des valeurs de reconnaissance à ses yeux comme aux yeux d’autrui. C’est un processus de reconnaissance partagée. Dans notre société, si nous offrons un repas, de petits ou de gros cadeaux nous exprimons des types de reconnaissance (reconnaissance formelle, traditionnelle, sociale), nous exprimons des manières d’exister, de se mettre en avant, et nous pouvons également exprimer une profonde gratitude, une authentique reconnaissance. Donner, dans tous les cas, répond d’un besoin  d’« exister » pour soi (de soi à soi-même) et est obligatoire pour exister dans le regard d’autrui (de soi à l’autre). Sinon, si vous ne pouvez donner et vous inscrire dans un rapport d’échange, et vous entrez alors dans une zone grise d’indifférence, d’invisibilité, voire d’hostilité, tandis que le cycle d’échange : donner-recevoir-rendre ne s’amorce pas ou alors il se pervertit. Le repli sur soi devient préférable, il s’enclenche comme un réflexe qui détourne de l’appel à se socialiser.

        En résumé, ce qui est échangé, dépasse la conscience immédiate que nous en avons. La théorie du don nous « comprend » ontologiquement comme être d’échange. Ainsi, nos gestes sont significatifs d’un sens qui nous traverse de part en part et qui conditionne nos relations indépendamment des intentions et de la conscience que l’on en a. Cette idée de l’échange,  compris comme un fait social total,  semble avoir été difficile à admettre ou à se représenter durant notre rencontre (c’est mon impression.

        De la gratuité

        De fait, lorsque nous parlons de « gratuité » du don, nous signifions, en tant qu’ « être d’échange » que tout a du sens, entendu comme le fait que tout comprend des « implications », des effets et des conséquences. Rien n’est absolument neutre. Selon Mauss et Alain Cailler, cette sociologie du don peut s’appeler « potlach », « kula » selon le type de tribu étudiée.  Mais, à notre époque, où plus rien n’est « gratuit », l’hyper-structure de nos échanges peut prendre le nom de « mondialisation financière et utilitariste », d’hyper-individualisme, de marchandisation des services, hyper-rationalisation des échanges et des techniques, etc. De fait, c’est comme si les propriétés d’échange étaient réduites qu’à des conflits d’intérêts, à des calculs et aux investissements que l’on peut en faire. Nous sommes donc dans un rapport de contradiction par rapport au don. Alors que le don protège du conflit d’intérêt (il est supposé nous en protéger) en instituant des rapports de reconnaissance agonistique, ce sont des conflits de rivalité et d’intérêts (donc antagonistes) qui inhibent la gratuité première (l’esprit du don), et qui transforment les échanges en rapport de force et de pouvoir sur autrui.

        Du don à la dette
        Le don n’est donc pas un moyen de relationner, c’est la relation elle-même. De fait, mal donner ou ne pas donner peut inaugurer un autre type d’échange, celui du risque d’hostilité, lequel peut engendrer un autre cycle, celui de la haine et du ressentiment. Dans ce cadre, c’est la théorie mimétique et du Bouc émissaire de René Girard qui sert de lecture à la compréhension des échanges. Mais, la bascule dans les hostilités n’est pas automatique, un long travail entre dette et culpabilité s’instaure, il engage justification et ressentiment qui altèrent les rapports de reconnaissance. Les questions ci-dessous ont été évoquées :
        La nature donne-t-elle quelque chose ? Et on estime la nature comme étant bonne ou « hostile » (il faut s’en protéger).
        – Dans le couple, l’un des membres donne-t-il plus que l’autre ? (Et certains couples ne dépassent jamais le rapport de pouvoir/conflit en leur sein, l’amertume et la rancune fait leur lit).
        Les enfants donnent-ils quelque chose ? (Ou ne font-ils que prendre ? Comment les parents vivent-ils le rapport à leurs enfants ? Sont-ils reconnaissants, déçus, aigris ?) Certains parents volent-ils la vie de leurs enfants (les privent-ils de leur enfance) ?

        « Sommes-nous toujours en dette par rapport à ce que nous recevons » ?
        Cette idée de fond s’inscrit dans une symbolique profonde autant que dans un ensemble de faits :
        – la vie nous est donnée (que nous le voulions ou non). De fait, nous sommes redevables de la vie qui nous échoit : nous avons reçu non seulement la vie, mais également les moyens donnés par la nature, pour subvenir à nos besoins physiologiques.  Or, nous pouvons précisément nous sentir animés d’un sentiment inverse : on n’a rien demandé à la vie et donc, on est sans gratitude à son égard. L’ingratitude peut faire écho au fait d’être né dans une famille mal aimante, d’être et de se sentir victime d’injustices, et finir par se trouver affecter par de nombreuses frustrations. Du côté du cadre social et politique (méritocratie imposée par les élites/pouvoirs en place, un système éducatif élitiste et discriminatoire, des politiques corrompus, une justice à plusieurs vitesses, etc…) en bref, à l’environnement familial s’ajoute le cadre politique qui peut participer à son tour du sentiment général que le monde est hostile. D’un certain point de vue, on peut avoir le sentiment que la vie nous prend tout, et qu’il convient de tout lui prendre (l’homme est un loup pour l’homme). Dans ce cas, ce ne sont pas les meilleurs qui l’emportent, mais les plus féroces.

        Jusqu’où suis-je l’auteur de l’attention / intention de ce que je mets en partage ?
        Au-delà de la matérialité des choses, des objets partagés et de l’objectivité de la raison calculante, quelle conscience ai-je de ce que je donne et partage ?

        En résumé, le don est un pharmacon (le remède est à la fois don et poison), il peut engendrer un cycle vertueux de reconnaissance partagée ou amorcer un cycle de colère, de ressentiment et de haine. On peut ainsi se sentir en dette et reconnaissant, et on devient créatif en son humanité en contribuant à apporter sa part. Mais on peut également se sentir humilié et coupable sans parvenir à se reconnaître soi-même. Cette condition de non-reconnaissance porte en elle le risque d’amenuisement de soi ou encore celui de vengeance, de ressentiment et d’hostilité ouverte.

        La nature nous donne-t-elle quelque chose ?
        L’air, l’eau, la nourriture nous sont prodigués comme « gratuitement », mais de tout temps, et aussi loin que nous reculons dans l’histoire et la préhistoire, les êtres humains remerciaient pour ce qu’ils obtenaient de leurs travaux des champs, de leur chasse et de leur cueillette, car rien n’est dû. Ainsi, il y a un échange de dons, certes élaborés à partir d’une mythologique/animiste ou théologique, mais le fait de la relation d’échange permet d’établir dans la durée des rapports de reconnaissance.  De ce point de vue, la nature pouvait bénéficier d’une temporalité, certes, fantasmagorique (puisque basée sur des mythes), mais utile à sa régénération.  (Ce point de vue doit être nuancé, car des peuples premiers ont pu nuire à l’exploitation de leur environnement). Mais il demeure intéressant de considérer notre rapport à la nature comme celui d’un rapport à un échange et donc, à une question de reconnaissance. En effet, ce principe de reconnaissance peut tout simplement nous octroyer le temps d’apprendre ce qu’est la nature, ce que nous (en tant qu’humanité en travail) pouvons apprendre de notre relation à elle, notamment dans un contexte de modernité, de techniques et de mondialisation acquise.

        Les enfants donnent-ils ?
        Les interactions mère-enfants montrent que dès le plus jeune âge, c’est l’enfant (ou le bébé) qui initie le plus souvent l’échange (par des mimiques), tandis que le parent attentif y répond. Le parent, si tout va bien, se donne à l’enfant, il est une part projetée du parent. Mais sera-t-il reconnu pour lui-même et à partir de ses dons, ou seulement à partir des attentes des parents ? De son côté, l’enfant est d’emblée donné au monde, à sa famille et sa dépendance est telle, qu’il se donnera contre lui-même s’il le faut. En effet, si les rapports de reconnaissance ne sont pas partagés et reconnus comme « gratifiants », l’enfant prendra sur lui toutes les violences et les mépris qu’on lui fera subir. Venir au monde, de ce point de vue, c’est endosser automatiquement une surcharge de dette et de culpabilité.  De fait, le rapport d’échange ne s’inscrit pas dans un cycle vertueux, mais il est diabolique, « machiavélique-manipulatoire ». Dans ce cas, seul les rapports de pouvoir, de contrôle qu’on exerce sur l’autre comptent.  Ce genre de rapport devient rapidement délétère.
        Ainsi, le couple, par les enfants qu’ils mettent au monde, contracte une dette : ils sont redevables d’une espérance (consciente ou pas) projetée dans le devenir de l’enfant qui est, symboliquement parlant, une image d’eux-mêmes et pour lequel, normalement, ils souhaitent ce qu’il y a de meilleur. Mais jusqu’où les parents savent-ils, peuvent-ils dialoguer avec leurs enfants ? Jusqu’où se laissent-ils transformer par l’apprentissage de la vie et par la vulnérabilité première des enfants qui se présentent à eux ? Jusqu’où des miroirs se parlent et dépassent l’image qu’ils se renvoient ?

        Fin du compte rendu.

        Vu dans l’introduction (cliquer ici):
        Il a quatre modalités du don, qui doivent s’équilibrer :
        1 et 2 : intérêt pour soi et intérêt pour autrui,
        3 et 4 : l’obligation de donner et la liberté créative de le faire.
        > L’intérêt pour soi et pour autrui doivent nécessairement s’équilibrer (sinon le don est trop altruiste et sacrificiel à l’égard de soi comme à l’égard d’autrui).
        > L’obligation de donner est « créative », de fait, la liberté se trouve précisément dans les manières infinies que nous avons de donner.

        Vu dans « OpenEdition : Alain Caillé,  Le convivialisme en dix questions.
        « s’opposer sans se massacrer et de se donner sans se sacrifier »

        Merci pour votre attention. N’hésitez pas à rédiger votre pensée, quelque chose que vous avez retenu de notre échange ou encore, une réaction à ce compte rendu.

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        René Guichardan, café philo de Grenoble.
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