Cafephilos Forums Les cafés philo Les sujets du café philo d’Annemasse Sujet : De la synchronicité, quel sens pour soi ? introduit par Mickaël le lundi 02.09.2023 + compte rendu

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  • #6809
    René
    Maître des clés
      Rencontres philo pour le monde d’aujourd’hui, tous les lundis à 19h00
      à la Taverne, place de l’Hotel de Ville. 74100 ANNEMASSE

      Ce lundi 02/09/2023, Mickaël introduit le sujet : De la synchronicité, quel sens pour soi ?

      Proposition :
      Dans l’hypothèse où nous avons vécu une expérience synchronistique, quel(s) sens revêt cette synchronicité pour soi ?

      Exemple personnel :
      A certains moments d’écriture poétique, ma volonté qui dicte une direction précise cède sans prévenir la place à un moment d’écriture autre où la beauté et le sens qui transparaît à postériori semble émaner d’un monde transcendant dont je suis en même temps le simple exécutant et le tout constituant.
      Cette expérience fait-elle référence à la notion de synchronicité ? Si oui, de quelle manière ? Si non, pour quelles raisons ?

      Lexique:
      Synchronicité: La synchronicité est entendue comme une coïncidence entre un état psychique et un événement non psychique. Avec la notion de synchronicité, les termes d’une coïncidence signifiante sont liés par la simultanéité et par le sens.

      Causalité: En physique, le principe de causalité affirme que si un phénomène (nommé cause) produit un autre phénomène (nommé effet), alors la cause précède l’effet (ordre temporel).

      Acausales: Sans causalité, sans lien de cause à effet.

      Quelques ressources :
      La synchronicité selon C.G. Jung. Article ici de Martin Laramée, Aumônier clinicien/conseiller en éthique clinique. Article ici.
      Le nœud sacré. Essai sur la synchronicité. Article de Erudit.
      Jung et la synchronicité – Jeudis Philo. Conférence, durée 1h53
      La synchronicité de C.G. Jung et W. Pauli avec Michel Cazenave et Etienne Klein
      – Carl Jung, l’inconscient et les archétypes : une grille d’analyse du psychisme humain par B. Eveno (éditeur du Livre Rouge) Conférence ici.
      Internement et début d’analyse avec Jung – Sabina Spielrein, l’amour et le devenir 1/9. Par Champs Connexes

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      Le compte rendu du sujet de la semaine passée est posté ici (cliquer) : Peut-on se fier à sa sensibilité ?

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      Règles de base du groupe
      – La parole est donnée dans l’ordre des demandes, avec une priorité à ceux qui s’expriment le moins.
      – Chacun peut prendre la parole, nul n’y est tenu.

      Pour limiter les effets de dispersion dans le débat
      – On s’efforce de relier son intervention à la question de départ, de mettre en lien ce que l’on dit avec ce qui a été dit.
      – Pour favoriser une circulation de la parole, de sorte à co-construire le débat avec les autres participants, on reste concis.
      – On s’attache davantage à expliquer la raison de sa pensée, plutôt qu’à défendre une opinion.
      – On s’efforce de faire progresser le débat.
      – Concrètement, on évite de multiplier les exemples, de citer de longues expériences, de se lancer dans de longues explications, mais on va au fait de son argumentation.

      > Le moment de la conclusion peut donner l’occasion d’un exercice particulier :
      – On peut dire ce que l’on pense des modalités du débat.
      – On peut faire une petite synthèse d’un parcours de la réflexion.
      – On peut dire ce qui nous a le plus interpelé, ce que l’on retient.
      – On peut se référer à un auteur et penser la thématique selon ce qu’aurait été son point de vue.
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      Avec ou sans préparation, chacun est le bienvenu, les cafés philo sont par définition, contre toute forme de discrimination et de sélection par la classe sociale, le niveau scolaire, etc.

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      René Guichardan, café philo d’Annemasse.
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      #6825
      René
      Maître des clés
        Compte rendu : De la synchronicité, quel sens pour soi ?

        Nous étions 11 participants.

        Je crois avoir compté cinq ou six étapes pour clarifier l’enjeu le plus significatif de la question.
        1° Que faut-il entendre par synchronicité, puisqu’elle ne semble pas se différencier d’une forme de coïncidence ?
        2° Ce qui fait sens dans un rapport à la subjectivité peut-il avoir un rapport quelconque avec les séries de hasards qui s’organisent dans le monde physique ?
        3° Le monde a-t-il un sens qui nous dépasse, mais qui finit par articuler l’intériorité et l’extériorité ? (Et qui justifierait précisément la synchronicité)
        4° Peut-on questionner le « sens » sans être impliqué et, par conséquent, sans induire des biais, des attentes dans notre raisonnement, des travers via nos affects ?
        5° De quelle manière, les auteurs que nous lisons, le vocabulaire que nous utilisons, conditionnent-ils notre manière de cheminer ?
        Enfin, une sixième question pourrait résumer le tout : qu’est-ce que s’émanciper et entrer en « créativité » ?

        1° Que faut-il entendre par synchronicité, puisqu’elle ne semble pas se différencier d’une sorte de coïncidence ?
        Chantal et Mickael ont bien rappelé la valeur de la synchronicité, ce n’est pas seulement une question de simultanéité entre un événement (un scarabée doré) et une cause intérieure (une prise de conscience, une rencontre avec soi, une expérience d’ouverture), c’est avant tout un bouleversement tel, qu’il amorce, selon le récit de C.G. Jung, le début d’un processus thérapeutique. Autrement dit, le patient sort de sa pathologie, d’un enfermement intérieur, tandis qu’un nouvel horizon se présente à lui. Le rapport de signification à soi est important et il écarte, ponctuellement, les coïncidences aléatoires entre, par exemple, avoir soif, et tomber sur une fontaine pour se désaltérer. Néanmoins, que suppose cette rencontre entre, une prise de conscience qui a un effet d’ouverture et un événement extérieur ? Peuvent-ils être reliés selon un rapport de « cause et d’effet » ? C’est la seconde question que nous nous posions.

        2° Ce qui fait sens dans un rapport à la subjectivité peut-il avoir un rapport quelconque avec les séries de hasards qui s’enchaînent dans le monde physique ?
        Ces deux ordres de grandeurs sont a priori totalement indépendants. Que l’on prenne, la théorie du chaos (ou l’effet papillon), l’incertitude du chat de Schrödinger ou la théorie de l’émergence, rien ne nous permet d’entrevoir des rapports de cause et d’effet direct entre le monde de la physique et la subjectivité de notre pensée, c’est-à-dire, avec notre historicité, nos sentiments, nos prises de conscience. Toutefois, de toutes les déterminations et indéterminations du monde, la raison ne nous permet pas de statuer formellement sur l’existence ou la non-existence d’une forme quelconque de synchronicité. C’est une situation agnostique, c’est-à-dire rien ne nous permet pas de former une hypothèse dûment fondée, allant dans un sens ou un autre en raison de l’état de nos savoirs aujourd’hui. Ce qui nous conduit à la troisième question.

        3° Le monde a-t-il un sens qui nous dépasse, mais qui finit par articuler l’intériorité et l’extériorité (et qui justifierait précisément la synchronicité) ?
        On pourrait éventuellement imaginer une suite de rebonds à partir d’une théorie de l’émergence, mais c’est passer un peu vite sur la prudence et la méthode à laquelle nous invite Ockham et son rasoir (référence en fin de compte rendu). On peut, en revanche, entrevoir un pas de côté, mais nombre de participants ne semblent pas pouvoir se le représenter, ni même le supposer. En effet, comment garder raison sans règle, sans méthode, sans s’appuyer sur un minimum de bon sens ? Faut-il se laisser guider par ses seuls affects ? Qu’est-ce qui parle en nous quand on ne se réfère qu’à ses inclinations « naturelles » ? Quels cheminements suivons-nous lorsque nous nous livrons qu’à notre seule intériorité ?
        Trois grandes orientations s’offrent à nous pour poursuivre le débat :
        1° Hypothéquer une métaphysique dûment raisonnée (Kant voit bien un rapport entre le ciel étoilé au-dessus de lui et la loi morale en lui). Mais on pourrait penser à Descartes, Spinoza, Leibniz, Hegel…
        2° S’orienter vers une phénoménologie qui peut faire le lien entre intériorité et perception (Husserl, Sartre, Merleau-Ponty), qui comprend le risque de perdre un certain rapport avec l’observation du réel.
        3° Questionner le sens de la profondeur, c’est-à-dire, différents courants de la psychologie (Freud, Lacan, Adler, Rogers, etc.) à l’aune de leur conséquence/effet, c’est-à-dire, selon une approche pragmatique (voir référence en fin de compte rendu). C’est l’option que nous allons prendre.

        4° Peut-on questionner le « sens » sans être impliqué et, par conséquent, sans induire des attentes, sans pâtir de la distorsion de nos affects ?
        C’est peu probable, n’est-ce pas ? Après avoir fait le tour de ce que la raison pouvait (selon l’état de nos connaissances rassemblées à ce jour autour de cette table ;-), il se pose la question de rester ouvert, mais sans se faire captif d’une nouvelle croyance. En effet, des peurs projetées, des mobiles « psychologiques » peuvent s’immiscer dans tout cheminement, et nous ne voulons ni nous égarer ni nous enliser. Comment travailler un regard distancier, comment devenir observateur de soi-même sans prendre le sentiment de sa conviction pour un universel partagé ? Comment faire un pas de côté structuré et structurant pour continuer à progresser ? En premier lieu, demandons-nous si nous pouvons être certains qu’il n’y ait pas d’archétypes inconscients dans l’humanité ? C’est-à-dire, des images profondes et universellement partagées au titre que nous héritons d’une commune humanité.

        Peut-il y avoir des archétypes universels ?
        Les sceptiques de l’approche de Jung en doutent. Il y a pourtant une anthropologie sociale où mythes, guerres, parenté, économie, rapports de domination, etc. sont étudiés pour tenter d’y repérer des rapports de constance. Par ailleurs, nous faisons tous l’expérience de naître d’une femme, d’être entouré le plus souvent de nos parents, d’appartenir à une société, laquelle est soumise à des lois, des rituels, des habitudes, etc. Nous voyons tous le soleil pointer à l’est et les arbres se dresser vers la lumière. Pourquoi n’aurions-nous pas des « images » archétypales communes ? L’hypothèse d’images profondes partagées au titre que nous héritons d’une commune humanité peut rester ouverte, sans présupposer qu’il y ait au-dessus de nous un inconscient qui flotte dans le monde de la métaphysique. Il se pose donc la question de repérer à partir de quoi nous « structurons » notre pensée, laquelle oriente nos affects, incline notre être, participe à la fabrique de nos représentations ?
        Comment, en fait, assumons-nous la division (la séparation, la rupture, le décalage) entre notre pensée, nos affects et le monde alentour, entre notre finitude et notre besoin d’infini ? C’est notre cinquième question.

        5° Les auteurs que nous lisons, le vocabulaire que nous utilisons, conditionnent-ils notre manière de cheminer ?
        Si je suis un adepte de Freud, l’image que j’ai de l’être humain est celle du névrosé qui ne peut que se soumettre à sa condition libidinale conflictuelle. Si je suis sartrien, je me fais dans le faire en réponse à mon angoisse existentielle. Idem pour les autres regards, dont celui de C.G. Jung. En fait, nous nous demandons si le vocabulaire ou le courant psychologique que nous défendons est choisi en raison de sa correspondance avec la structure de nos affects ou, à l’inverse, si nous nous laissons prendre par le piège des mots et des théories pour forcer nos affects, notre être à y correspondre ? Dans un cas nous inclinons à penser selon nos affects, dans l’autre, notre raison contraint nos affects. Dans tous les cas, c’est comme si nous nous en tenions à nos pensées du moment, comme si nous nous efforçions d’endurer un conflit. Cela revient à soutenir un état entre deux, et à ne plus faire évoluer notre cheminement, comme si on se contentait ou on se résignait, comme si ce à quoi chacun était arrivé faisait vérité pour lui.

        Précisons-le bien, nous ne cherchons pas à élaborer une métaphysique générale qu’une forme de synchronicité pourrait présupposer, ni nous ne voulons nous résigner ou renoncer trop tôt. Il nous revient alors de distinguer d’une part, des expériences d’ouverture et, d’autre part, l’appel à un besoin de croire ou d’adhérer à une théorie quelconque qui la fonderait. Ainsi, la question qui se pose est, comment comprendre des expériences d’ouverture, somme toute universelles elles aussi (pour lutter contre ses aliénations, pour aller vers plus de liberté, pour inventer de nouvelles manières de vivre ensemble) ? Comment comprendre ces expériences d’ouverture sans projeter des avatars vers de nouvelles croyances ? Il s’agit en effet de cultiver son autonomie, de poursuivre un développement, d’affiner sa lucidité, d’apprendre à s’émanciper. Cette question ouvre sur l’idée d’expérience, façon Dewey.

        Comment on se laisse travailler par l’expérience pour ouvrir notre questionnement ?
        La notion d’expérience chez Dewey invite à observer/assumer/vivre une totalité dans la transformation de soi. En effet, nous nous vivons comme divisés et entretenons la division entre les choses observées ou notre manière de les penser. Or le pragmatisme, auquel se réfère Dewey, suppose un mouvement permanent entre l’objet étudié, l’interaction que nous entretenons avec la chose étudiée et les catégories que nous construisons pour penser la chose. Or l’objet de nos pensées résulte toujours d’une socialisation, elle agit sur nous et nous agissons sur elle. L’inadéquation entre ces plans dit notre maladresse à penser la chose, à se penser soi-même et notre manière de nous y prendre. Il nous faut soit découvrir des manières de progresser, soit se replier sur soi.

        En guise de conclusion, la question qui se pose est : qu’est-ce que s’émanciper, rester créatif, poursuivre une évolution et progresser en liberté, sachant que nous sommes totalement impliqués dans nos représentations, nos manières de se concevoir soi et la société ?

        Un peu de vocabulaire :
        Pragmatisme, une définition :
        Du Grec : pragma, l’action.
        C’est une doctrine qui prend pour critère de vérité sa possibilité d’action sur le réel. Elle relève d’une méthode-attitude qui articule « connaissance et expérience », les conceptions sont liées à des conséquences observables.

        Attention : le pragmatisme est caricaturé et renvoie à l’attitude d’une personne qui ne se soucie que d’efficacité : « est vrai que ce qui marche ».
        Les contraires de pragmatique sont théoriques, idéologique, spéculatif, mais aussi l’utilitarisme.

        Le pragmatisme ne statue pas sur la “vérité” des choses, mais pose comme principe que le discours sur la chose agit sur la chose et, inversement, la chose agit sur le discours. Il y a un dialogue (des interactions permanentes) entre la chose et l’objet pensé, de sorte que les deux interagissent et se transforment l’un par l’autre.

        Autre mot associé : expérience
        De façon basique : une collection de données sensorielles d’où s’élabore une connaissance.
        De façon plus complexe : pas de données sans perception, pas de perception sans préconception (schèmes), pas de schème qui n’entraine pas des intuitions, des formes de connaissances. Connaissances qui, à leur tour, sont pensées selon une épistémologie (des logiques, des caractéristiques, des domaines)
        Risque : si l’on s’épare l’expérience (l’interaction entre le sujet et la chose expériencée), par exemple, en phénoménologie, on peut ne pas éviter d’entrer dans l’idéalité (séparation du sujet et du monde). Toutefois, on ne peut nier la subjectivité du sujet, ni l’objectivité du monde. Il s’agit alors d’observer le sujet, l’objet et les interactions de sorte à décrire ce qui se passe dans cette triade. De fait, les choses se transforment les unes par les autres.

        Rasoir d’Ockham
        Une vidéo ici de 8mn. Argos racconte.
        L’article de Toupie, toujours excellent.

        Pour information, nous avions traité ce sujet deux semaines plus tôt, mais nous avions voulu le repenser et nous y préparant mieux. Vous pouvez consulter le compte rendu d’alors : Synchronicité, hasard et destin, de quel sens parle-t-on ?

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        René Guichardan, café philo d’Annemasse.
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