Cafephilos Forums Les cafés philo Les sujets du café philo d’Annemasse Sujet libre ce lundi 14.08.2023 à 19h00 + compte rendu : Synchronicité, hasard et destin, de quel sens parle-t-on ?

2 sujets de 1 à 2 (sur un total de 2)
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  • #6790
    René
    Maître des clés
      Rencontres philo pour le monde d’aujourd’hui, tous les lundis à 19h00
      à la Taverne, place de l’Hotel de Ville. 74100 ANNEMASSE

      Ce lundi 14/08/2023, le sujet sera choisi parmi les questions proposées par les participants

      Par un vote ou un échange ouvert, on retient la question qui semble motiver l’attention des participants présents.
      – On cherche à dégager les enjeux de la question : en quoi il y a problème (sur un plan existentiel, relationnel, social, politique) et on interroge les dimensions de vérité et d’éthique que nos propositions soulèvent. C’est là où on commence à philosopher vraiment.
      – De fait, nous faisons philosophie par une capacité à mener une enquête, et par celle à questionner les raisons et les références par lesquelles on pense. (Quelques éléments d’explications sur la philo dans les cafés philo, ici)

      – Nous avons remarqué que, lorsque des participants s’impliquaient dans les questions qu’ils posaient et, parfois, lorsqu’ils avaient sous le coude, une citation, un témoignage de ce qui les avait interpelés dans la semaine, ou une question à laquelle ils pensaient déjà, que ce contexte facilitait parfois la prise de décision du sujet retenu.
      – Apprendre à réfléchir ensemble pour dégager un problème et formuler une question s’inscrit dans une démarche première en philosophie.
      – La formule traditionnelle des cafés philo où un participant souhaite préparer une question avec quelques ressources est toujours ouverte, il suffit de l’inscrire dans l’agenda et de l’introduire en une poignée de minutes le jour venu.
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      Le compte rendu du sujet de la semaine passée est posté ici (cliquer) : En quoi faut-il croire pour se faire la guerre ?

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      Règles de base du groupe
      – La parole est donnée dans l’ordre des demandes, avec une priorité à ceux qui s’expriment le moins.
      – Chacun peut prendre la parole, nul n’y est tenu.

      Pour limiter les effets de dispersion dans le débat
      – On s’efforce de relier son intervention à la question de départ, de mettre en lien ce que l’on dit avec ce qui a été dit.
      – Pour favoriser une circulation de la parole, de sorte à co-construire le débat avec les autres participants, on reste concis.
      – On s’attache davantage à expliquer la raison de sa pensée, plutôt qu’à défendre une opinion.
      – On s’efforce de faire progresser le débat.
      – Concrètement, on évite de multiplier les exemples, de citer de longues expériences, de se lancer dans de longues explications, mais on va au fait de son argumentation.

      > Le moment de la conclusion peut donner l’occasion d’un exercice particulier :

      – On peut dire ce que l’on pense des modalités du débat.
      – On peut faire une petite synthèse d’un parcours de la réflexion.
      – On peut dire ce qui nous a le plus interpelé, ce que l’on retient.
      – On peut se référer à un auteur et penser la thématique selon ce qu’aurait été son point de vue.
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      Avec ou sans préparation, chacun est le bienvenu, les cafés philo sont par définition, contre toute forme de discrimination et de sélection par la classe sociale, le niveau scolaire, etc.

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      René Guichardan, café philo d’Annemasse.
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      Ici, nous postons des cours, interviews, conférences dont nous avons apprécié la consistance philosophique
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      #6794
      René
      Maître des clés
        Synchronicité, hasard et destin, de quel sens parle-t-on ?

        Nous étions 6 participants.

        Questions que nous nous sommes proposées :
        1° Sur quoi fonder l’autorité quand on dénie toute autorité ?
        2° Synchronicité, hasard et destin, où est le sens ?
        3° L’imaginaire influence-t-il nos actions et inversement, nos actions influencent-elles notre imaginaire ?

        La question 1 avait un intérêt, elle demande à partir de quoi on peut se gouverner, et notamment si une gouvernance sans autorité est possible. Mais c’est la question n°2 qui a été retenue.

        La question de la synchronicité est très intéressante également, mais elle n’a pas vraiment pu être développée car il n’y a pas eu d’entente sur sa définition. L’historique du mot n’a pas pu non plus réellement être évoqué. L’interprétation de base du mot synchronicité qui semblait valoir dans le groupe (pour ceux qui en partageaient le concept), se résume ainsi : les choses ont du sens, elles sont révélatrices d’une connexion entre soi, les événements et tout ce qui se passe dans notre vie. In fine, c’est une connexion avec l’univers qui nous relie au tout. Une précision est formulée par Denis, l’auteur de la question : plus on est généreux (condition morale), ouvert (condition psychologique) et dans un don par rapport au monde, plus les choses s’expliquent et vont d’elles-mêmes. Il suffit d’être disponible (en accueil, ouvert, non égoïste) pour s’en apercevoir et le vivre à chaque instant.

        Ceux qui estimaient que la synchronicité allait de soi se l’expliquaient par l’énergie ou par les théories de la physique quantique. L’explication étant suffisante par elle-même, tant pis si l’imaginaire ou les connaissances en physique quantique de chacun différaient, cela n’a pas fait débat. Certes, il peut y avoir des a-synchronicités et des sérendipités, mais ce sont juste des décalages dans le temps. Par exemple, pour un événement fortuit, la rencontre avec une personne perdue de vue que l’on se réjouit de revoir, c’est une manière de nous rappeler à un passé, l’événement en question pouvant être facteur de prise de conscience. Donc, rien ne se fait par hasard, tout a du sens.

        Y a-t-il des questions à se poser ?
        Celles/ceux , dont je fais partie, qui auraient aimé questionner le concept ne pouvaient donc pas le faire (cela semblait incongru). Néanmoins, derrière l’idée que tout a du sens en soi (et pour soi), quel qu’en soit le niveau (individuel, collectif, universel), nous avons essayé de soulever les problèmes que cela pouvait poser :

        1° Délirer (ne plus distinguer le réel de sa vision) et mettre en danger soi comme autrui.
        2° Vouloir convaincre tout le monde (sa famille, ses proches, ses amis, le quidam…) de sa vision;
        3° Aspirer (optimisme) ou renoncer (pessimisme) à créer un monde commun car chacun le déduit de sa propre logique;
        4° Être isolé dans son propre monde que l’on est seul à comprendre.

        Après avoir posé ces questions, personne ne se sentait concerné, si bien qu’on ne peut pas dire qu’il y a eu un débat. Il n’y avait pas d’enjeu.

        Néanmoins, une ou deux réflexions ont percé.
        De plus en plus de gens se construisent leur monde intérieur, c’est une manière de se construire une identité. Mais est-ce un problème si l’on veut construire un monde commun ?
        > Non, car chacun fera comme il voudra et tout ira bien, tout finira par se résoudre.
        – Faut-il en avoir peur ?
        > Non, si ces gens n’ont pas trop de pouvoir, ils ne pourront pas l’imposer aux autres, et chacun restera libre.
        – Enfin, comme le monde rationnel que les politiques et la mondialisation nous construisent va à sa perte (pollution, menace pour la biodiversité, réchauffement climatique, climatoscepticisme, guerre), car rien n’a plus aucun sens, le monde des « synchroniciseurs », des nouvelles croyances quantiques ou des religions renouvelées ne créeront pas davantage de désordre. Finalement, il vaut mieux qu’il y ait un peu de tout dans le monde, plutôt qu’une seule manière de vivre et de penser, qui est celle que nous impose l’idéologie consumériste du capitalisme financier mondial.
        Hypothèse 1 : Le regard utopique du new âge peut être vu comme un correctif de la dystopie ambiante.
        Hypothèse 2 : les sujets chauds étant clivants et se multipliant (Covid, post Covid, guerre, identité, religion, etc), on ne parle plus de rien, on n’assume plus la différence d’opinion, on ne peut plus creuser les sujets sans juger l’autre, donc chacun se fait sa petite idée dans son monde, et tout le monde a raison (relativisme généralisé).

        Ma réflexion personnelle à ce débat :
        Si l’on n’a pas de problème personnel, eh bien il n’y a pas de « discussion »;
        Si notre pensée (notre manière de penser) ne nous pose pas de question, il n’y a pas de « problème » non plus.
        Si la pensée ne se donne pas de défis pour différencier ses types d’argument et les domaines dans lesquels ils s’appliquent, il n’y a pas de discussion, car chacun peut y aller de la logique de son propre monde.
        Définition de argument:
        Ensemble de propositions agencées selon des règles d’inférence (des logiques) pour former une conclusion.
        Quelques types de logique utilisés dans un argument : déduction, induction, abduction, analogie, logique analytique, subjective, objective, rationnelle, symbolique, scientifique, probabiliste, comparative, syllogisme, dialectique, etc.
        Des exemples dans lesquels on transpose des logiques d’un domaine à un autre : physique quantique, physique générale, biologie du vivant, être humain et toutes les sous-disciplines afférentes, sociologie, psychologie, économie, etc.

        Si un débat tourne autour de ce que chacun croit vrai pour lui en s’appuyant sur les arguments qu’il passe d’un domaine à l’autre, tant mieux ! Et tant pis si l’on ignore les différentes manières de faire usage de la logique, de connaître le monde, de le questionner et de l’interpréter.

        Discerner pour multiplier les sens :
        Il me semble qu’il valait la peine de préciser la place que tient le déterminisme (Laplace), celle du besoin de sens (ce que le participant Mickael a fait) et ce que valent les comparaisons que l’on fait entre les logiques de la physique quantique et celles que l’on rapporte à la vie réelle. En effet, l’unification des lois de la physique quantique et de la physique générale ne repose sur aucune théorie. Il s’agit d’une hypothèse qui ne trouve pas ses fondements. Il importe de ne pas voir un rapport de cause à d’effet entre les paradigmes contre-intuitifs de la superposition des particules (inséparables) et les conclusions que l’on peut en tirer : tout est unifié. Dans ce raccourci, cette pensée analogique, ce sont des milliers de sauts interprétatifs et d’innombrables incohérences qui sont opérées.
        En épistémologie, les théories ne valent que pour le paradigme (le domaine) d’où elles viennent. On peut s’en inspirer, certes, mais les transpositions à de nouveaux domaines pour en former de nouvelles croyances ne peuvent pas être discutées au sein d’un café philo, car c’est aller trop vite en besogne, cela va contre l’idée d’examiner sa pensée (Socrate). Éventuellement, on peut faire proposition d’un énoncé au titre d’une recherche, y compris en mode amateur, mais seulement en vue d’affiner notre discernement, d’enrichir notre imaginaire, d’étayer nos hypothèses, d’ouvrir des pistes à travailler, mais en vue de les questionner précisément.

        Pour conclure :
        Dans un débat, je préfère m’attarder sur les questions plutôt que sur les réponses, je préfère cultiver un doute raisonnable qu’une croyance naïve ou une illumination béate.
        Mais c’est le risque que nous prenons au café philo lorsqu’on tente de comprendre la raison derrière les idées, plutôt que les idées elles-mêmes à partir de leurs concepts. Autrement dit, lorsqu’on fait l’impasse sur une définition pour ne pas l’enfermer sur elle-même, on peut se perdre dans le non-sens, l’absence de questionnement ou le sentiment que tout est égal. J’ai dès lors le sentiment qu’il n’y a pas de discussion, d’exigence de la pensée. Dans ce cas-là, se partagent seulement une succession de témoignages et de théories “esthétiques”, mais sans question. Or, il s’agit bien de questionner le sens derrière les idées en vue d’en augmenter notre « perception », d’affiner notre discernement, d’analyser les propositions. Sinon, on pourrait transformer le café philo en groupe de parole libre, ce que je ne tiens pas vraiment à faire.

        Une ou deux ressources :
        En ce moment, je m’intéresse beaucoup à Dewey :
        “N’est-il pas possible que le mercantilisme de notre système économique représente une force de restriction beaucoup plus grande que de supposées déficiences mentales ou psychologiques inhérentes à la majorité de la population.”
        Écrits politiques. John Dewey

        Qu’est-ce que John Dewey peut nous aider à penser ? Avec Joëlle Zask. Durée 49mn

        Je m’intéresse au concept d’expérience chez Dewey, en voici quelques idées retenues :
        L’expérience n’implique pas seulement le corps et la cognition dans un rapport empirique (une collection de données sensorielles d’où s’élabore une connaissance).
        Toute expérience implique une appréhension “conceptuelle” de la chose “expériencée”, laquelle prend place, certes, dans le corps (tout le corps, cerveau et cellules comprises) mais aussi dans une interaction où les données s’échangent entre le sujet et la chose expériencée. In fine, une transformation de soi est impliquée, de même que celle de la chose expériencée.

        Or, dans le corps, il y a une dimension passive mais aussi active… Le passif, c’est ce que nous connaissons déjà, l’actif, c’est ce que nous ne connaissons pas encore, car nous sommes en train de le vivre.
        De la rencontre que nous “expériençons” entre le connu (le passif) et l’inconnu (le présent) résulte un conflit, des résistances, des transformations…

        La question est : qu’est-ce qui va l’emporter dans ce conflit (ou , de façon plus neutre, qui transforme quoi) ?
        Dans l’absolu, personne ne l’emporte, car tout se trouvera transformé, il y a toutefois des enjeux, un rapport d’influence asymétrique… Ce qui doit l’emporter, il faut l’espérer, le rechercher ou le favoriser, c’est ce qui produira plus de joie, de diversité, de créativité, d’intelligence, d’émerveillement, de renouveau, de compréhension, et cela est relatif à la qualité des interactions. Tandis que ce qui ne doit pas être encouragé, c’est ce qui tire vers le bas, vers la passivité, l’inertie, vers la fixation du conflit dans un état figé, vers le rapport contraint, la domination, l’inhibition des interactions. Dans tous les cas, tout se trouvera transformé selon des temporalités différentes.
        A qui appartient le devenir ? De quels règles, logiques, principes répond-il ? Pouvez-vous le dire ? Ce sont finalement les questions qui se posent.

        Une autre ressource : Pierre Descola ou comment la manière de concevoir la nature nous change nous et la change elle.

        Si vous souhaitez avoir une première approche (vulgarisée, mais de qualité) à propos de la pensée de Descola, nous avons posté des liens (ici) et explications par rapport à ses quatre ONTOLOGIES (animisme, totémisme, anologisme, naturalisme) et aux caractéristiques qui leur sont associées : physicalité / intériorité, qui sont pondérées par des continuités et des discontinuités.

        Sur le site de Reporterre, on trouve la transcription de l’entretien, ici.
        Dans le podcast de Reporterre, Philippe Descola réagit à des micro-trottoirs.. Il est intéressant de voir comment il réinterprète une pensée “naïve” à propos de l’environnement.
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        René Guichardan, café philo d’Annemasse.
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