Cafephilos Forums Les cafés philo Les sujets du café philo d’Annemasse Sujet libre ce lundi 1er mai à 19h00 chez Maître Kanter + compte rendu : l’humanité en moi peut-elle rencontrer l’humanité en l’autre ? (question de méthode)

2 sujets de 1 à 2 (sur un total de 2)
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  • #6623
    René
    Maître des clés
      Rencontres philo pour le monde d’aujourd’hui, tous les lundis à 19h00
      chez Maitre Kanter, place de l’Hotel de Ville. 74100 ANNEMASSE

      Ce lundi 01/05/2023, le sujet sera choisi parmi les questions proposées par les participants

      Par un vote ou un échange ouvert, on retient la question qui semble motiver l’attention des participants présents.
      – On cherche à dégager les enjeux de la question : en quoi il y a problème (sur un plan existentiel, relationnel, social, politique) et on interroge les dimensions de vérité et d’éthique que nos propositions soulèvent. C’est là où on commence à philosopher vraiment.
      – De fait, nous faisons philosophie par une capacité à mener une enquête, et par celle à questionner les raisons et les références par lesquelles on pense. (Quelques éléments d’explications sur la philo dans les cafés philo, ici)

      – Nous avons remarqué que, lorsque des participants s’impliquaient dans les questions qu’ils posaient et, parfois, lorsqu’ils avaient sous le coude, une citation, un témoignage de ce qui les avait interpelés dans la semaine, ou une question à laquelle ils pensaient déjà, que ce contexte facilitait parfois la prise de décision du sujet retenu.
      – Apprendre à réfléchir ensemble pour dégager un problème et formuler une question s’inscrit dans une démarche première en philosophie.
      – La formule traditionnelle des cafés philo où un participant souhaite préparer une question avec quelques ressources est toujours ouverte, il suffit de l’inscrire dans l’agenda et de l’introduire en une poignée de minutes le jour venu.
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      Le compte rendu du sujet de la semaine passée, à partir d’une citation de Fichte : « L’oubli de soi est le critère du réel. » Cliquer ici
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      Règles de base du groupe
      – La parole est donnée dans l’ordre des demandes, avec une priorité à ceux qui s’expriment le moins.
      – Chacun peut prendre la parole, nul n’y est tenu.

      Pour limiter les effets de dispersion dans le débat
      – On s’efforce de relier son intervention à la question de départ, de mettre en lien ce que l’on dit avec ce qui a été dit.
      – Pour favoriser une circulation de la parole, de sorte à co-construire le débat avec les autres participants, on reste concis.
      – On s’attache davantage à expliquer la raison de sa pensée, plutôt qu’à défendre une opinion.
      – On s’efforce de faire progresser le débat.
      – Concrètement, on évite de multiplier les exemples, de citer de longues expériences, de se lancer dans de longues explications, mais on va au fait de son argumentation.
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      Avec ou sans préparation, chacun est le bienvenu, les cafés philo sont par définition, contre toute forme de discrimination et de sélection par la classe sociale, le niveau scolaire, etc.

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      René Guichardan, café philo d’Annemasse.
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      Ici, nous postons des cours, interviews, conférences dont nous avons apprécié la consistance philosophique
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      #6627
      René
      Maître des clés
        Formuler une proposition, expliquer le contexte, comprendre la situation, trouver une question :
        l’humanité en moi peut-elle rencontrer l’humanité en l’autre ?

        Nous étions une dizaine de participants, tous des habitués.
        Voici les premières questions proposées :
        – Les contraintes sont-elles plus fortes que la volonté ? (voir dans le paragraphe suivant l’analyse de nos questions) ;
        – Justice restauratrice (à partir du doc : Je verrais toujours vos visages)
        – Comment collaborer / coopérer alors que chacun a sa vision du monde ?
        – Avouer ses failles (reconnaître ses faiblesses) permet-il de se réconcilier avec l’autre ?
        – Une citation d’Umberto Eco :”L’unique chose à quoi on doit penser, et je m’en rends compte sur la fin de ma vie, c’est à la mort.”

        Quelques problématiques développées via l’analyse des questions :
        Il nous a été difficile de nous arrêter sur une question, s’y efforcer nous contraint à une démarche trop scolaire, alors que les formulations sont trop générales. En conséquence, le contexte de la question nous échappe et ne nous permet pas de dégager dans l’immédiat la ou les questions philosophiques qui le sous-tendent. C’est une démarche d’enquête à propos des questions qu’il nous faut amorcer.

        La question 1 (les contraintes sont-elles plus fortes que la volonté ?)
        Traduction : les difficultés rencontrées pour résoudre nos problèmes personnels et/ou civilisationnels (éthiques, environnementaux, sociaux, etc) l’emportent-ils sur notre volonté de vouloir les résoudre ?
        Problématiques en perspective : selon le type de contrainte (extérieur / intérieur) et selon le type de volonté, (entendu au sens de Schopenhauer ou en termes de force de caractère), la question s’explore selon :
        > les problématiques de « soi ». De la connaissance de soi, de la représentation des différentes instances du moi, du je, du soi, des affects que nous avons et, sur le plan méta, de la philosophie présupposée que nous affectionnons pour chapeauter le tout (épicurienne, stoïcienne, spinoziste, analytique, etc.)
        > les possibilités de rencontre avec l’autre. Comment j’interagis avec autrui, comment on se comprend, s’oppose, se complète ? Comment on se dépasse éventuellement dans un commun ?
        > les façons dont la société se structure par ses lois, sa gouvernance (sa politique) ?
        > un mode de vie consumériste et/ou responsable avec l’environnement, les ressources, les écosystèmes, la diversité des espèces, etc.
        > et, in fine, si l’idée d’un monde commun est encore envisageable ?

        La question 2 de la justice restauratrice (à partir du doc : Je verrais toujours vos visages)

        Questions à évacuer dans un premier temps : La justice peut-elle écarter toute idée de « vengeance », mais aussi celle de punition ? La justice peut-elle également ne pas se contenter de protéger la société de ses dangereux criminels ? En effet, elle doit le sens de son éthique à sa manière de traiter son semblable avec égalité et avec humanité. La justice peut-elle participer de la réparation des blessures causées (et non seulement compenser des pertes) ?
        Autre niveau du questionnement : L’humanité en moi peut-elle rencontrer l’absence d’humanité en l’autre ?
        Posons la question de façon plus générale : de quelle manière l’empathie que je porte en moi peut-elle transformer l’auteur d’un crime ou toute autre personne ? Nos émotions se communiquent-elles et permettent-elles de se transformer les uns les autres ?

        La question 3, la question de la coopération soulève la difficulté de s’entendre alors que chacun s’anime de ses propres mobiles. Autrement posée : un monde commun est-il possible ?

        Tandis que la question 4 sur la reconnaissance de ses faiblesses à l’égard d’autrui pose également la même question : l’humanité que l’on exprime en se montrant « vulnérable » contribue-t-elle à rendre l’autre, comme soi-même, meilleur ?

        La question 5, à propos de la citation d’Umberto Eco, elle semble ne pas faire « écho » dans la salle. Reformulons-en la proposition générale : avoir conscience de sa mort tout au long de sa vie éveille-t-il notre attention au questionnement essentiel qui se rapporte à son sens ?

        Mini synthèse :
        Durant nos échanges, on observe que les quatre premières questions se répondent en partie les unes aux autres, d’où la poursuite d’une enquête pour essayer d’entendre la préoccupation générale et sous-tendue par l’ensemble des questions. La question 5 peut même être celle qui résume toutes les autres, mais peut-être atteint-elle trop vite sa cible ? Il n’est pas impossible que nous ayons besoin d’explorer des chemins intermédiaires qui, eux-mêmes, selon les réponses trouvées, auront des conséquences sur les manières de concevoir une fin ultime.

        La question générale qui sous-tend toutes les questions ce soir pourrait être :
        Comment l’humanité que l’on porte en soi crée-t-elle de possibles rencontres avec l’humanité de l’autre ?
        Un « cheminement problématique » peut être formulé : « nul n’étant méchant volontairement » (Socrate), l’idée présuppose, pour l’ignorant ou le fauteur de troubles, qu’il veuille prendre conscience de son ignorance, reconnaître le mal qu’il a commis et subi lui-même pour, à son tour, s’amender et amorcer un chemin de conversion. L’hypothèse sous-jacente est que les personnes qui commettent des délits ont elles-mêmes été victimes de violence, et qu’elles tendent à reproduire les comportements qu’elles ont subis. Or, en dépit de la générosité de ce regard, rien ne semble gagné d’avance, ni que le fauteur de trouble en question veuille admettre qu’il ait agi selon un mal premier. De plus, autrui peut être animé d’un affect tout autre que celui de l’empathie. Par exemple, il peut se sentir renforcé par l’instinct de rivalité, plutôt que par une fibre plus humaniste.
        Dans ce rapport où l’on se questionne soi pour se « rencontrer », pour entrer dans un dialogue intime avec soi-même, l’un de nos participants formule la question ainsi :
        – jusqu’où la construction de soi peut-elle assumer une pensée qui « déconstruit » ce que l’on est ? Il faut en effet affronter les zones incertaines de soi-même pour aller vers un questionnement qui vise une conversion de soi. Autre question qui a été posée, le repentir du supposé « coupable » peut-il être non-sincère et uniquement intéressé (pour voir sa peine allégée ) ?

        Cela dit, la question des ponts, suggérée par Mickaël, interpelle. Témoignage :
        Lors d’une dispute, j’ai formulé intellectuellement les idées que l’autre exprimait, alors que je ne les partageais pas. Mais il s’est senti compris, ce qui a créé un pont entre nous.
        De là, des affects ont pu se mettre en « mouvement » et « entrer » dans une sorte de danse-échange. Un dialogue réflexif partagé s’est amorcé, alors qu’il n’était pas possible initialement. Dans cette expérience, une résonance intellectuelle en a générer une autre sur le plan des affects, et elle a enrichi notre capacité d’échange sur différents niveaux.

        Pour l’anecdote :

        Dans le prolongement de la thématique, peut-on partager un monde commun, mais sur le thème de la retraite, mon voisin (participant) et Suisse, soucieux d’égalité, estime que les Français exagèrent quant à leur revendication sur les retraites.
        Or, il s’avère que nous n’avons pas les mêmes informations, ce qui pose un autre problème, tant il est vrai que nous envisageons des réponses qu’en fonction des informations que nous avons. Supposons une qualité d’informations suffisante et équilibrée entre les différents partis, les réponses envisagées s’élaboreront en fonction cette fois de la conception de l’homme, que chacun des partis a. C’est alors que peut démarrer un questionnement philosophique sur le sens, les valeurs, le vivre ensemble. Questionnement philosophique qui, à son tour, peut dépendre des connaissances et de la culture que nous avons en histoire, en économie, en sociologie, anthropologie, etc. et non seulement en philosophie. En effet, en se focalisant essentiellement sur son corpus académique, sur des processus de raisonnement, sur des concepts et leurs interprétations, la philosophie peut tendre à se déconnecter du réel et des autres savoirs.
        Mais pour faire vite, pour les retraites et pour défaire le discours du gouvernement, deux images, dont il faut vérifier la valeur de vérité + quelques ressources sont postées ci-dessous, dont une sur la justice sociale (de Rawls à Amartya Sen).

        Des infos à prendre en considération pour les comparer :


        Autres liens pour approfondir :
        L’économiste Michael Zemmour semble être parmi les plus sérieux dans ce débat. Voir ici sur RMC
        – Pour approfondir davantage, écouter Gabriel Zucman, professeur l’Université de Berkeley, sur l’évasion et la fraude fiscale. Médaille John Clark. Audition à l’Assemblée Nationale.
        – Sur la question de la justice sociale (de Rawls à Amartia Sen), Geneviève Fontaine, CERN, cherheure en éthique et économie appliquée, délivre un cours substantiel lors d’une UP. Marseille. Voir ici.

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        René Guichardan, café philo d’Annemasse.
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        > Lien vers le forum des problématiques de notre temps (écologie, guerre, zoonose, démographie et philosophie.
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