Cafephilos Forums Les cafés philo Les sujets du café philo d’Annemasse Sujet libre ce lundi 26.06.10.2022 à 19h00 + compte rendu : L’humour peut-il nous sauver un instant ?

  • Ce sujet contient 1 réponse, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par René, le il y a 1 année.
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  • #6687
    René
    Maître des clés
      Rencontres philo pour le monde d’aujourd’hui, tous les lundis à 19h00
      à la Taverne, place de l’Hotel de Ville. 74100 ANNEMASSE

      Ce lundi 26/06/2023, le sujet sera choisi parmi les questions proposées par les participants

      Par un vote ou un échange ouvert, on retient la question qui semble motiver l’attention des participants présents.
      – On cherche à dégager les enjeux de la question : en quoi il y a problème (sur un plan existentiel, relationnel, social, politique) et on interroge les dimensions de vérité et d’éthique que nos propositions soulèvent. C’est là où on commence à philosopher vraiment.
      – De fait, nous faisons philosophie par une capacité à mener une enquête, et par celle à questionner les raisons et les références par lesquelles on pense. (Quelques éléments d’explications sur la philo dans les cafés philo, ici)

      – Nous avons remarqué que, lorsque des participants s’impliquaient dans les questions qu’ils posaient et, parfois, lorsqu’ils avaient sous le coude, une citation, un témoignage de ce qui les avait interpelés dans la semaine, ou une question à laquelle ils pensaient déjà, que ce contexte facilitait parfois la prise de décision du sujet retenu.
      – Apprendre à réfléchir ensemble pour dégager un problème et formuler une question s’inscrit dans une démarche première en philosophie.
      – La formule traditionnelle des cafés philo où un participant souhaite préparer une question avec quelques ressources est toujours ouverte, il suffit de l’inscrire dans l’agenda et de l’introduire en une poignée de minutes le jour venu.
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      Le compte rendu du sujet de la semaine passée est posté ici (cliquer) : Puis-je faire un choix contraire à mes intérêts ?

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      Règles de base du groupe
      – La parole est donnée dans l’ordre des demandes, avec une priorité à ceux qui s’expriment le moins.
      – Chacun peut prendre la parole, nul n’y est tenu.

      Pour limiter les effets de dispersion dans le débat
      – On s’efforce de relier son intervention à la question de départ, de mettre en lien ce que l’on dit avec ce qui a été dit.
      – Pour favoriser une circulation de la parole, de sorte à co-construire le débat avec les autres participants, on reste concis.
      – On s’attache davantage à expliquer la raison de sa pensée, plutôt qu’à défendre une opinion.
      – On s’efforce de faire progresser le débat.
      – Concrètement, on évite de multiplier les exemples, de citer de longues expériences, de se lancer dans de longues explications, mais on va au fait de son argumentation.

      > Le moment de la conclusion peut donner l’occasion d’un exercice particulier :

      – On peut dire ce que l’on pense des modalités du débat.
      – On peut faire une petite synthèse d’un parcours de la réflexion.
      – On peut dire ce qui nous a le plus interpelé, ce que l’on retient.
      – On peut se référer à un auteur et penser la thématique selon ce qu’aurait été son point de vue.
      —————-

      Avec ou sans préparation, chacun est le bienvenu, les cafés philo sont par définition, contre toute forme de discrimination et de sélection par la classe sociale, le niveau scolaire, etc.

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      René Guichardan, café philo d’Annemasse.
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      #6710
      René
      Maître des clés
        Compte rendu : L’humour peut-il nous sauver pour un instant ?

        Nous étions sept participants, dont une personne nouvelle.

        Questions proposées :
        1° Est-ce possible de devenir soi ?
        2° Qu’est-ce que le rien ?
        3° A quoi engage le partage d’un regard soutenu ?
        4° L’humour peut-il nous sauver pour un instant ?

        La question sur l’humour a été retenue par un vote en deux tours.
        Au-delà des définitions de l’humour, de ses types et de ses raisons, les enjeux du débat ce soir se sont focalisés autour de deux problématiques générales : l’idée d’être sauvé et « pour un instant ».
        Questions qui se posent pour la problématique un : de quoi avons-nous besoin d’être sauvé (de quels dangers ?) et qu’est-ce qui est sauvé (mon être, ma sécurité, mon âme…) ? Problématique deux : quelles sont les valeurs de cet instant (combien de temps, en attendant quoi ?), que se passe-t-il durant cet instant, quel en est le produit (la création), les conséquences ? Pour le savoir, il nous faudra regarder ce qui suit cet instant : qu’en ressort-il ? Cet instant est-il un moment de suspension qui, éventuellement, sauve quelque chose d’une autre chose ? Est-ce l’humour qui acte la suspension de l’instant ou l’instant même, c’est-à-dire, la durée, en tant que tel, qui sauve ?

        L’humour, entre émotion et communication.
        Rémy voit dans l’humour une modalité d’être au monde, c’est-à-dire, un mode de relation qui se traduit par une communication et ses expressions. Cette façon d’être de l’humour est neutre en soi, de même que les émotions (rire, colère, peur, joie, tristesse, etc) sont « neutres » en soi. Autrement dit, indépendamment du fait que les émotions puissent être agréables ou désagréables, elles ne sont ni bien ni mal, car elles se jugent en contexte, dans des interactions, elles sont, à ce titre, adéquates ou pas. De fait, l’humour, dont une part s’inscrit dans nos émotions, se pense en contexte : qu’est-ce qui le provoque, qui le fait, selon quelle motivation, pour quel effet ? C’est ce contexte qui nous informe sur l’humour, sa typologie, sa valeur, sa raison.
        Ainsi, on observe souvent que l’humour fait rire les uns, mais au détriment des autres, qu’il blesse. Nous observons par ailleurs, que le politique, de nos jours, tend à censurer les humoristes. Nous avions coutume de rire de cette censure quand elle venait de lointains pays, mais c’est en France qu’elle nous frappe : Bolloré et les Guignol de l’info et dernièrement, la chronique de Charline Vanhoenacker et de Guillaume Meurice sur France Inter, que la célèbre philosophe, Adèle Van Reth, épouse d’Enthoven, préside (lien vers notre forum ici).
        Cette approche de l’humour comme « être au monde communicant » est intéressante car elle souligne l’idée de posture (du caractère, du corps) et de se présenter à l’autre. Il y a un enjeu d’interaction entre des personnes, à propos de quelque chose (le thème sur lequel porte l’humour) et en rapport à ce qui fait rire ou pas (un affect, un ressort existentialiste).

        Des enjeux de l’humour et des interactions en cause, nous distinguons :
        – des typologies de l’humour, (la dérision, l’ironie, l’humour noir, l’humour gras, le spirituel, etc., le tout via des jeux de mots, des dessins, des gestuels, des humoristes dont c’est le métier, etc)
        – des mobiles généraux : alléger l’atmosphère, décaler le regard, montrer une autre perspective.
        – des buts spécifiques en s’adressant à des personnes précises, à des publics cibles : faire prendre conscience à quelqu’un de quelque chose, lui apporter un sourire, se moquer, voire mépriser, rire au dépend d’un public en vue de renforcer un sentiment d’appartenance ou de marquer une discrimination.
        – le choix des sujets/thématiques qui est fonction d’une culture partagée (rire du pouvoir, de la religion, de situations ridicules, de ce qui, pour un groupe donné, voire une nation, (les blagues suisses contre les belges) blesse ou fait rire.
        – les raisons du rire en soi (cause et conséquence) : agit comme soupape de décompression, soulage d’une peur intense, d’un stress excessif, permet une prise de distance, de s’oublier, de se détendre, d’amortir le tragique ou de se dégager de l’absurde de la vie.

        Les zones grises de l’humour.
        Il y a toutes les fois où l’humour manque sa cible, blesse sans qu’il y ait eu volonté de faire mal, par ignorance, par maladresse lorsque, par exemple, on mesure mal le degré de sensibilité (de susceptibilité ?) des personnes présentes ou lorsqu’on se moque de quelqu’un que l’on croyait absent. Bien entendu, si la volonté était manifeste de « blesser », ce n’est plus de l’humour, mais une forme de cruauté, de pratique discriminatoire. Les cas limites soulèvent la question des conditions du rire, peut-on rire de tout ? Prenons quelques exemples qui, à l’occasion, ont fait polémiques : le film, « Plus belle la vie » sur les camps de concentration, la thématique du racisme en général autour des juifs et des arabes de Pierre Desproges ou de Coluche, les caricatures sur le religieux en général. Le rire perd sa fonction de légèreté et de détente lorsqu’il blesse, stresse, inquiète.

        Peut-on jouer avec le rire ?
        Reprenons le cas de Pierre Desproges (« On me dit qu’il y a des juifs dans la salle »). On devine que le comédien joue avec des ambiguïtés, les siennes comme avec celles du public. Les siennes car, il teste probablement sa propre asociabilité, son côté pince sans rire qui peut trahir une misanthropie de surface. L’humour, ici, peut le sauver de lui-même, d’une amertume feinte ou profonde. Quant au public qu’il provoque, on se demande si l’humouriste ne rit pas jaune avec lui ? Desproges en jouant avec ses ambiguïtés, le public en prenant éventuellement conscience des relents racistes inavoués que le comédien dévoile ? Ce rire, qui trahit un malaise, crée une complicité dans l’interaction avec le public et soulève la question : jusqu’à quel degré de questionnement ou de gêne le public se sent-il concerné ? Jusqu’où, celui qui rit jaune, de l’auteur et du public, questionne-t-il sa honte, sa culpabilité, sa colère, son ressentiment ? Jusqu’où l’un et l’autre entrent-ils en dialogue avec leurs propres contentieux émotionnels ? On ne peut répondre à la place de personne, dont on ne sait si d’aucun souhaite connaître les limites de son questionnement. Mais l’humour, parce qu’il désamorce le tragique, peut être une bonne carte à jouer pour tenter d’ouvrir des espaces de dialogue avec soi.

        Rire de tout, tout le temps ?

        On pourrait ainsi rire de tout, mais pas continuellement, pas n’importe quand, pas au détriment des plus démunis, de ceux, en particulier, susceptibles de devenir des boucs émissaires. De fait, les blagues anti-juives auraient été inappropriées après-guerre, tandis que celles se rapportant aux handicaps (personnes de petites tailles, surdités, difformité, etc.) sont presque systématiquement suspects d’une trop grande arrogance pour celui qui en fait usage (Timsit et les trisomiques). Cela dit, que sait-on de l’humour qui a pu parfois s’exprimer dans les camps d’Auschwitz ou de celui que des personnes handicapées font d’elles-mêmes ? De quelle manière cet humour sauve-t-il des personnes l’espace d’un instant ?
        Risquons une réponse :
        Les fous rires qui surviennent durant une sépulture semblent surgir sans raison anticipée. Le fou rire vient du corps, fait irruption dans la situation, avant qu’on ne trouve une raison qui parfois l’explique. Autrement dit, c’est parce que je ris que je trouve une raison pour le justifier. Pour paraphraser Spinoza, ce n’est pas drôle parce que je ris, je ris parce que j’ai besoin de trouver la situation drôle. La disposition émotionnelle précède la raison, voire la commande ou passe outre. Et toute la difficulté de notre débat ce soir vise à éclairer ce qui se passe dans ce moment-là : suis-je dans le bon ton, avec le bon public, au bon moment, alors que le rire répond de son propre besoin ? Qu’est-ce que le rire essaie de sauver, par rapport à quoi et pour combien de temps ?

        L’humour est la politesse du désespoir.
        La chose qui est drôle dans la sépulture, ce n’est pas la situation qui est celle d’une perte. Mais c’est un moment d’acmé émotionnel qui a sa propre raison. Le besoin émotionnel se « commande lui-même » en dehors de la raison, il a ses propres raisons. L’émotion est dans le corps, elle surgit en by-passant la raison, et la conscience devient le témoin de la scène dans laquelle elle se trouve. L’affect, selon une définition de Vygotsky, trouve sa place dans un intermédiaire entre la conscience et les émotions. L’affect pressent les émotions à leur surface, bien qu’elles soient plus enfouies dans le corps et, probablement sédimentées sur plusieurs strates. L’affect est un lieu de tractation entre moi (mes réflexions) et mes émotions plus enfouies (schéma en bas de page). L’affect participe de ce rapport à moi dans lequel j’essaie de m’expliquer mes raisons, mes jugements (Yves Clot, lien vers sa conf. dans notre forum ici). C’est un jeu à trois bandes, il y a les réactions de l’autre que j’essaie de traduire, les affects dont j’ai conscience et, plus profondément, les émotions qui, elles, tendent toujours à s’exprimer, à se développer (Spinoza). Néanmoins, je ne cherche pas (toujours) à être conscient de mes émotions, je peux préférer la fuite, l’excitation du moment qui capte mes sens. Je peux même trouver certaines de mes émotions dérangeantes, quand d’autres ne sont pas purement et simplement refoulées ou inaccessibles à la conscience.

        Pour conclure, de mes tractations entre jugements, affects et émotions
        Par rapport à mes émotions, il y a les jugements que je porte sur elles d’emblée, je les condamne automatiquement (presque par réflexe), comme je condamne autrui et son humour (bien ou mal placé). Mais je peux essayer d’écouter, de comprendre les émotions et autrui en général. Ces émotions (les miennes ou celles d’autrui) et les jugements automatiques disent quelque chose de mes « schèmes » de penser et de mes schèmes émotionnels. L’instant se tient probablement dans ce moment de suspension où l’humour et l’affect jouent leur rôle pour nous dégager du tragique, de l’emprise que les émotions exercent sur la pensée ou, inversement, qu’une pensée trop normative tente de réprimer. (schéma n°2)
        L’affect (selon Vygotski) se présente comme une « habileté » que l’on exerce. Le rire (ce qui le déclenche) semble permettre à la conscience (qui englobe l’affect et les émotions) de suspendre ses jugements durant un instant. Que fais-je de ce moment ? Jusqu’où j’en profite pour écouter, explorer mes schèmes de pensée et mes émotions, jusqu’où j’explore ma liberté d’explorer le nouveau, l’inconnu, l’inattendu ? Jusqu’où je m’autorise à apprendre ? Ainsi, l’humour et l’instant n’offrent qu’eux-mêmes… le reste sera fonction des habiletés que l’on veut bien développer.

        Ci-dessous, le schéma suspension de l’instant et phase d’humour : ce qui provoque l’humour peut avoir l’effet d’une prise de conscience. Moment durant lequel il peut y avoir une suspension des jugements. C’est un moment privilégié où s’opère une liberté d’écouter, de découvrir autrui mais aussi nos schèmes respectifs d’émotions et de penser.

        Ci-dessous, l’image 2. L’affect est une « habileté » que l’on exerce, le rire semble en permettre la conscience qui alors suspend ses jugements durant un instant. Que fais-je de ce moment ? Je peux ne pas en profiter et me préserver dans mes routines.

        La suspension momentanée des jugements fait référence à l’époché, un concept majeur en phénoménologie, qui se traduit comme méthode et comme pratique. Il s’agit en même temps d’un moment d’attention où tout est suspendu, comme pour mieux s’attacher à observer, pour viser la “chose même”. Voir dans ce forum des liens que nous avons rassemblés sur la phénoménologie.

        Un article que nous avons trouvé intéressant :
        Quand la dérison va trop loin : Lenny Bruce, le comique censuré. CNRS Editions. PDF.

        Accompagné d’une citation, l’humour n’est pas toujours de circonstance. Quoique ?
        On peut donc estimé qu’il est “neutre”. C’est le contexte (qui, pourquoi, en vue de quoi) qui dicte sa valeur.

        > Rire jaune, c’est ressentir la pulsion d’un rire (la pulsion émotionnelle qui veut s’échapper du corps, donc d’un besoin intérieur), laquelle se trouve presque immédiatement pondérée par le savoir d’une information qui, elle, vient de l’extérieur, d’une situation tragique qui, finalement, ne fait pas rire.
        Il y a donc un conflit entre le besoin intérieur de ses émotions, et la raison extérieure. Les deux ne sont pas du même ordre.
        Pour info, l’affaire Nahel est évoquée dans nos pages news, ici.

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        René Guichardan, café philo d’Annemasse.
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