Cafephilos Forums Les cafés philo Les sujets du café philo d’Annemasse Sujet libre ce lundi 29.05.2023 à 19h00 + Compte rendu : Peut-on être contre la liberté de l’artiste ?

2 sujets de 1 à 2 (sur un total de 2)
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  • #6660
    René
    Maître des clés
      Rencontres philo pour le monde d’aujourd’hui, tous les lundis à 19h00
      chez Maitre Kanter, place de l’Hotel de Ville. 74100 ANNEMASSE

      Ce lundi 29/05/2023, le sujet sera choisi parmi les questions proposées par les participants

      Par un vote ou un échange ouvert, on retient la question qui semble motiver l’attention des participants présents.
      – On cherche à dégager les enjeux de la question : en quoi il y a problème (sur un plan existentiel, relationnel, social, politique) et on interroge les dimensions de vérité et d’éthique que nos propositions soulèvent. C’est là où on commence à philosopher vraiment.
      – De fait, nous faisons philosophie par une capacité à mener une enquête, et par celle à questionner les raisons et les références par lesquelles on pense. (Quelques éléments d’explications sur la philo dans les cafés philo, ici)

      – Nous avons remarqué que, lorsque des participants s’impliquaient dans les questions qu’ils posaient et, parfois, lorsqu’ils avaient sous le coude, une citation, un témoignage de ce qui les avait interpelés dans la semaine, ou une question à laquelle ils pensaient déjà, que ce contexte facilitait parfois la prise de décision du sujet retenu.
      – Apprendre à réfléchir ensemble pour dégager un problème et formuler une question s’inscrit dans une démarche première en philosophie.
      – La formule traditionnelle des cafés philo où un participant souhaite préparer une question avec quelques ressources est toujours ouverte, il suffit de l’inscrire dans l’agenda et de l’introduire en une poignée de minutes le jour venu.
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      Le compte rendu du sujet de la semaine passée est ici, Toute violence est-elle mimétique (René Girard) ? Cliquer ici

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      Règles de base du groupe
      – La parole est donnée dans l’ordre des demandes, avec une priorité à ceux qui s’expriment le moins.
      – Chacun peut prendre la parole, nul n’y est tenu.

      Pour limiter les effets de dispersion dans le débat
      – On s’efforce de relier son intervention à la question de départ, de mettre en lien ce que l’on dit avec ce qui a été dit.
      – Pour favoriser une circulation de la parole, de sorte à co-construire le débat avec les autres participants, on reste concis.
      – On s’attache davantage à expliquer la raison de sa pensée, plutôt qu’à défendre une opinion.
      – On s’efforce de faire progresser le débat.
      – Concrètement, on évite de multiplier les exemples, de citer de longues expériences, de se lancer dans de longues explications, mais on va au fait de son argumentation.
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      Avec ou sans préparation, chacun est le bienvenu, les cafés philo sont par définition, contre toute forme de discrimination et de sélection par la classe sociale, le niveau scolaire, etc.

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      René Guichardan, café philo d’Annemasse.
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      #6666
      René
      Maître des clés
        Compte rendu : Peut-on être contre la liberté de l’artiste ?

        Nous étions 7 participants, dont une nouvelle, qui se reconnait comme intéressée par la philosophie, entendue comme une quête de sens via un questionnement. Ce n’est donc pas une personne qui vient seulement par curiosité, motivée par l’ennui ou simplement pour se distraire ou socialiser. Je le précise car parfois, on ne sait pas pourquoi des personnes viennent dans un café philo (même si nous avons lu des livres à ce sujet (image ci-dessous)

        Questions proposées :
        1° En matière d’art et de culture, l’argent public que l’artiste reçoit le rend-il redevable du gouvernement qui lui attribue ?
        2° Peut-on être contre la liberté de l’artiste ?
        3° Comment se former une opinion aujourd’hui, dans un environnement médiatique où toutes les informations semblent mensongères, biaisées, contradictoires ?

        La question 2 a été retenue, en lien toutefois avec la 1, ensemble, elles formulent cette idée : De quoi répond l’art, sachant les contraintes, y compris celles des subventions du gouvernement, qui pèsent sur lui ? Ou encore, qu’est-ce qui contraint la liberté de l’artiste par rapport à son environnement technique, économique, politique, social et psychologique ?

        Un rapide détour par la question 1 : suis-je redevable de celui qui me nourrit ?
        On pense à la relation complexe de don et contre-don (Marcel Mauss, références en bas de page). Elle oblige le receveur sur plusieurs plans (le temps, les objets, l’esprit du don); à rendre de manière différée ce qu’il reçoit, à le rendre en des termes différents, sinon, ce n’est pas du don, c’est un marché ou un troc d’objets. L’obligation de « rendre » n’est pas formelle non plus, sinon, c’est un contrat. Ainsi, l’idée d’obligation s’entend au sens anthropologique du terme, il y a un « esprit » (philosophie) du don. De fait, sans cet « esprit-philosophie» du don, il n’y aurait ni relation ni échange. Or, dans le cas de subventions accordées par le gouvernement, des différences majeurs s’imposent :
        – Le gouvernement fait usage d’un argent public, ce n’est donc pas un don, mais un transfert d’argent réparti selon des besoins perçus. Ainsi, il ne donne pas d’argent, ni il ne lui est demandé de remplacer l’église pour décider de l’esprit du bien et du mal. Certes, il revient au peuple de définir ce qui relève du commun, du privé et de son intérêt général, mais il est du devoir du gouvernement de consulter la population, de lui donner les moyens de s’exprimer, de s’organiser, de se faire entendre. Il revient au gouvernement de contribuer à la démocratie et à la promotion des rôles et du statut du citoyen, mais non à l’asservir, à le manipuler, à lui mentir.
        – Du côté de l’artiste, c’est bien un don qu’il reçoit du public, mais de quelle manière ce don impersonnel, car reçu d’un collectif, contraint-il sa liberté ? L’artiste est-il redevable de la main qui le nourrit ?
        Dans un régime démocratique, on conçoit, a priori, que la liberté de l’artiste ne soit pas contrainte, c’est à lui-même et à son art qu’il convient qu’il se donne. Toutefois, la question se pose : au nom de quelle liberté l’artiste exerce-t-il son art ? Cette liberté peut-elle choquer le public, l’offenser ? Le message de l’artiste est-il « politique » ? La société peut-elle poser des conditions à la créativité de l’artiste, peut-elle vouloir délibérément le contraindre, lui fixer des limites ? Essayons de répondre à quelques-unes de ces questions.

        De quelle liberté je me fais le nom ?
        Mettons de côté, pour l’instant, les nécessités matérielles (pécuniaires) et situons notre artiste dans un environnement où son revenu, bien que modeste, lui épargne d’avoir à se soucier de ses besoins vitaux. C’est tout à son art qu’il peut se donner. Dans ces conditions, de quoi son art va-t-il parler ? Il y a certes, l’éventail quasi infini des supports (dessin, sculpture, musique, poésie, théâtre, sable et autres matières). Il y a également la maîtrise des techniques. On conçoit ici que l’artiste s’y exerce, autrement dit, que son œuvre ne résulte pas des limites de sa technique, mais qu’il travaille à la subjuguer pour faire parler sa création. Une première question se pose : Dans quelle mesure son œuvre interpelle-t-elle le public ? Cette question ouvre le débat sur ce que se joue dans une interaction à trois bandes, l’artiste, l’œuvre et le public et sur plusieurs niveaux : la motivation de l’artiste, ce que l’œuvre en elle-même dit et l’accueil de l’œuvre par le public.

        L’artiste fait parler l’œuvre, et l’œuvre parle à travers lui, mais qu’offre-t-il ?
        De quoi l’œuvre est-elle l’expression ? Comment l’œuvre vient-elle à l’artiste ? Lui-même le sait-il ? Les participants semblent s’accorder sur l’idée qu’une « souffrance », chez l’artiste, est moteur de sa création : souffrance d’un manque, d’une enfance ou d’un trauma qui le met en décalage avec la société et en premier lieu, avec lui-même. Que dit cette souffrance de l’artiste et de la société ?
        On peut faire l’hypothèse suivante, si un « manque » motive l’artiste, son œuvre dit également le travail qu’il fait pour le traduire en un « langage », il mobilise de fait un courage en ce qu’il s’affronte à ce qui s’éprouve en lui, il se détermine à assumer un choix. Sur un autre plan, c’est peut-être un acte de transformation intérieure qui s’opère en ce qu’il évoque une éventuelle transcendance. C’est-à-dire, la façon dont l’artiste dépasse les limites de son « ressenti », la façon dont il se décale de lui-même, de sa subjectivité première pour exprimer quelque chose d’une « quintessence », en tous les cas, de celle qui va se traduire en une œuvre.
        Nous n’écartons pas, néanmoins, l’éventualité que l’artiste puisse être dans un rapport de fuite à lui-même, une fuite transcendante, autrement dit, de sauvegarde de lui-même (de parage contre une folie par trop menaçante – la perte totale de son sentiment d’identité). Nous ne postulons pas de ce qui peut le sauver ou pas, nous ne savons pas non plus si son œuvre suscitera un dégoût ou une admiration, tant de la part du public que de l’artiste lui-même. Il rend compte d’une expérience de lui-même, une expérience « totale » pour ainsi dire. De là, se pose la question de la qualité subjective du jugement du public, et non de sa qualité « normative » (selon les critères de telle école ou de telle autre).

        Quelle réception pour le public de l’œuvre de l’artiste ?
        Le public est-il prêt à entendre, à accueillir l’œuvre ou préfère-t-il la « rejeter », en refouler ce qu’il en ressent ? Qu’est-ce que l’œuvre met en écho chez le public ? L’effet miroir est tout à fait probable entre le rapport de l’artiste à son œuvre et celle du public à l’œuvre elle-même. L’œuvre fait « média », elle est le support de l’intersubjectivité entre public et l’artiste. Mais posons la question après ce rappel : nous supposons que la capacité technique de l’artiste ne lui faisait pas défaut, autrement dit, il a su être au plus proche de ce qu’il souhaitait traduire dans son œuvre. Dans ces conditions, à l’égard du public, l’œuvre met-elle en résonance une souffrance, un trouble, qu’il préfère ne pas voir ? Mais, du côté de l’artiste, s’est-il perdu dans son narcissisme si bien qu’il n’atteint pas le public ? De notre point de vue, les deux appréciations sont possibles, car nous ne voyons pas selon quel critère nous pourrions en juger. Il y a simplement un dialogue intersubjectif et il revient à chacun de traduire ce que l’oeuvre signifie pour lui. Nous présupposons néanmoins que si un large public (privé et éventuellement public, notoire) reconnaît l’œuvre, se sent interpelé par elle, c’est probablement qu’elle rencontre une résonance effective dans ce public élargi, autrement dit, l’oeuvre dépasse la simple subjectivité de l’en-soi de l’artiste pour rencontrer celle d’un public.

        De l’art, non comme une définition, mais comme un mouvement.
        De fait, nous ne nous attardons pas sur la définition de ce qui relève de l’art, de la forme qu’il prend, de ce qu’on en apprécie ou pas, tant nous considérons qu’il résulte d’une tentative d’expression, de transformation d’une intériorité en un quelque chose d’autre.
        Nous ne recherchons donc pas à définir l’art comme une essence en lui-même, mais comme un rapport, un travail de transformation, un mouvement, une alchimie.
        C’est un mouvement entre trois pôles : une subjectivité profonde qui est première, mais encore indicible, un travail de mise en rapport avec la conscience de l’artiste, et enfin, le travail de création lui-même. L’alchimie tiendrait éventuellement dans les affects qui passent en concept, mais nous y reviendrons brièvement.
        Rappelons notre question de départ : qu’est-ce qui contraint l’artiste ? Il y aurait d’une part, l’œuvre d’art elle-même, qui témoigne de la capacité de l’artiste à faire face à lui-même et, d’autre part, celle à se transcender dans sa création. Il y un aller dans un état et un retour dans un autre. Les contraintes peuvent ici intervenir à tous les niveaux de ce cheminent. Mais l’artiste souhaite-il la reconnaissance d’un public ou l’expression seule de son art suffit-elle à son accomplissement, suffit-elle à la transformation de sa conscience ? Il s’agirait là de contraintes qui tissent des interstices avec ce qui est extérieur à lui.

        Pour conclure, de la reconnaissance du public et/ou de la société
        Deux ou trois formes de reconnaissance semblent se poser ici. Celle, du point de vue de l’artiste, de reconnaitre en soi-même l’œuvre, celle de la reconnaître par le partage avec autrui dans un cercle intime et celle de la reconnaissance par la notoriété.
        Pour le dire rapidement, se pose ici la question du sentiment de son identité dans la rencontre avec soi et/ou avec l’autre. L’artiste se « reconnaît » dans sa confrontation à lui-même. Il en tire une création qu’il fait connaître ou pas, mais seulement dans un cercle intime au départ. A partir là, nous supposons qu’il y a déjà eu transformation de soi, mais nous ignorons jusqu’à quel degré de satisfaction/accomplissement pour l’artiste. L’artiste a-t-il été transformé au point de « changer », de se sentir autrement et d’agir autrement ? Seul, semble-t-il, l’artiste, et éventuellement des personnes très intimes de son entourage pourraient éventuellement en témoigner.
        Quant aux autres niveaux de reconnaissance du public, quand il commence à être notoire, ils semblent être relatifs plutôt à des « normes » ou à des politiques (réputation d’école d’art, subvention spécifique) plutôt qu’à un effet d’accomplissement effectif de l’artiste, de lui à lui-même. Nous supposons qu’un accomplissement change l’identité (le sentiment de son identité et de présentation de soi au monde), mais nous restons prudents avec ce critère. En effet, il reste difficile de mesurer jusqu’à quel point « se reconnaître soi », lorsqu’on est adulte, est corrélatif de la reconnaissance d’autrui, nous voulons dire, d’une qualité toute singulière de reconnaissance venant d’autrui.

        Pour le poète, un seul regard peut suffire pour gagner l’éternité.

        Sinon, pour répondre précisément à la question : être pour ou contre la liberté de l’artiste, chacun fait comme il veut, car son jugement renverra à sa subjectivité, il me semble donc important de savoir ce qui se passe en soi lorsqu’on porte un jugement. Je trouve néanmoins dommage d’être “contre”, car c’est se priver d’une dimension de l’humanité, alors même qu’elle peut nous manquer pour la comprendre dans son unicité ou sa profondeur. Pour ce qui est du politique, des écoles d’art et des mécènes, leurs normes ne tiennent généralement pas compte du mouvement transformateur de l’artiste. Si bien que nous (moi), je n’ai pas d’avis quant à ces formes de jugements extérieurs et sommes toutes, artificiels, contextuelles. Qu’est-ce que Kant disait déjà à propos de l’émancipation et des Lumières ? Il faut en sortir. Cela dit, aujourd’hui, ce sont beaucoup plus les théories de l’énaction (notre dossier, cliquer ici), celles de John Dewey (cliquer ici) ou ; “>fiche Canope, ici) ; ou encore de l’école de Francfort (cliquer ici) qui nous permettent de renouvelever notre regard et/ou de mieux comprendre le monde d’aujourd’hui

        Quelques ressources.
        Une synthèse de Essais sur le don. Article du site “Jeretiens”
        Alain Caillé – 1 : Sur le don et le M.A.U.S.S. (revue-sociologique)
        Respecter le cycle du don. Conférence Alain Caillé. Université du Mans 2021. A partir de la mn 12.


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        René Guichardan, café philo d’Annemasse.
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