Cafephilos Forums Les cafés philo Les sujets du café philo d’Annemasse Sujet libre ce lundi 8 mai à 19h00 + Compte rendu: du rapport entre la forme et le fond, entre le texte et la foi, la philo et la pratique, l’expression artistique et l’interprétat

2 sujets de 1 à 2 (sur un total de 2)
  • Auteur
    Messages
  • #6628
    René
    Maître des clés
      Rencontres philo pour le monde d’aujourd’hui, tous les lundis à 19h00
      chez Maitre Kanter, place de l’Hotel de Ville. 74100 ANNEMASSE

      Ce lundi 08/05/2023, le sujet sera choisi parmi les questions proposées par les participants

      Par un vote ou un échange ouvert, on retient la question qui semble motiver l’attention des participants présents.
      – On cherche à dégager les enjeux de la question : en quoi il y a problème (sur un plan existentiel, relationnel, social, politique) et on interroge les dimensions de vérité et d’éthique que nos propositions soulèvent. C’est là où on commence à philosopher vraiment.
      – De fait, nous faisons philosophie par une capacité à mener une enquête, et par celle à questionner les raisons et les références par lesquelles on pense. (Quelques éléments d’explications sur la philo dans les cafés philo, ici)

      – Nous avons remarqué que, lorsque des participants s’impliquaient dans les questions qu’ils posaient et, parfois, lorsqu’ils avaient sous le coude, une citation, un témoignage de ce qui les avait interpelés dans la semaine, ou une question à laquelle ils pensaient déjà, que ce contexte facilitait parfois la prise de décision du sujet retenu.
      – Apprendre à réfléchir ensemble pour dégager un problème et formuler une question s’inscrit dans une démarche première en philosophie.
      – La formule traditionnelle des cafés philo où un participant souhaite préparer une question avec quelques ressources est toujours ouverte, il suffit de l’inscrire dans l’agenda et de l’introduire en une poignée de minutes le jour venu.
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      Le compte rendu du sujet de la semaine passée est ici, l’humanité en moi peut-elle rencontrer l’humanité en l’autre ? Cliquer ici
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      Règles de base du groupe
      – La parole est donnée dans l’ordre des demandes, avec une priorité à ceux qui s’expriment le moins.
      – Chacun peut prendre la parole, nul n’y est tenu.

      Pour limiter les effets de dispersion dans le débat
      – On s’efforce de relier son intervention à la question de départ, de mettre en lien ce que l’on dit avec ce qui a été dit.
      – Pour favoriser une circulation de la parole, de sorte à co-construire le débat avec les autres participants, on reste concis.
      – On s’attache davantage à expliquer la raison de sa pensée, plutôt qu’à défendre une opinion.
      – On s’efforce de faire progresser le débat.
      – Concrètement, on évite de multiplier les exemples, de citer de longues expériences, de se lancer dans de longues explications, mais on va au fait de son argumentation.
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      Avec ou sans préparation, chacun est le bienvenu, les cafés philo sont par définition, contre toute forme de discrimination et de sélection par la classe sociale, le niveau scolaire, etc.

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      René Guichardan, café philo d’Annemasse.
      > Lien vers les sujets du café philo d’Annemasse, ici.
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      Ici, nous postons des cours, interviews, conférences dont nous avons apprécié la consistance philosophique
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      #6639
      René
      Maître des clés
        Compte rendu : Du rapport entre la forme et le fond, entre le texte et la foi, la philo et la pratique, l’expression artistique et son interprétation…

        Nous étions 6 participants pour ce 8 mai, tous des habitués. Voici les questions que nous nous sommes proposés :
        – La libre expression dans les arts est-elle encore possible ?
        > Question posée à partir de plusieurs faits divers : un tableau de Miriam Cahn vandalisé au Palais de Tokyo, des étudiants qui refusent un cours critique se rapportant à un film d’archive qui comprenait une scène de viol ou encore, un directeur d’école qui doit démissionner pour avoir montré à sa classe de collège une photo de la sculpture de David…
        – La « foi » ou la croyance sont-elles indépendantes du texte « écrit »/révélé ?
        > Question posée à partir de conférences sur le Coran des historiens (références en bas de page).
        – La philosophie politique est-elle possible dans l’instant du présent ?
        > Question posée à partir du René Chiche et autres philosophes critiques de la politique du gouvernement.

        Question de méthode, d’approche, d’affects, de biais ou de kairos :
        Je devrais, comme animateur, arrêter le sujet sur une question et, peut-être, comme à l’école ou à l’université, procéder avec davantage de rigueur : définir chaque terme de la question, dégager les enjeux, formuler des problématiques, faire référence à des auteurs. Mais ce n’est pas l’attitude que je souhaite adopter, ni même m’en approcher dans ce café philo où, entre adultes égaux entre eux, chacun assume et témoigne de sa propre démarche de questionnement. Nous postulons en effet que chacun reconnaît en l’autre cette même volonté que la sienne, de penser par lui-même. C’est la position de départ que nous avons adopté depuis le début des cafés philo, c’est-à-dire, en référence à l’impulsion initiale qui motive leur création par Marc Sautet en 1992. Il ne s’agit pas de rejeter les auteurs, les savoirs académiques et toute référence. Au contraire, en ces lieux d’échange qui croisent la transversalité des disciplines, la multiplicité des compétences et la diversité des participants, chacun s’ajuste à la dynamique du débat et des participants présents pour travailler la pensée qui se fait jour dans l’instant.

        Pour revenir aux questions et aux mini-discussions que chacune d’elles engage, l’idée qui se dégage se rapporte à un rapport de dissonance entre le fond et la forme.

        Question 1 de la libre expression et d’un groupe d’étudiants qui censure un cours.
        Il est clair que la situation est « inquiétante », mais faut-il la juger sur le champ à partir du sentiment que la situation suscite, celui d’aller vers moins de liberté, y compris dans le champ artistique, alors que ce dernier est souvent « révélateur » des tendances profondes de son époque ?
        La communication médiatique en mode “choc” incite à réagir, à dénoncer, à opposer une action ou encore à brandir des citations philosophiques pour justifier son indignation.
        Or, il nous faut d’abord « interpréter » cette situation, c’est-à-dire la comprendre (non pas la justifier), mais rendre compte d’une explication, éventuellement s’appuyer sur des analyses situées selon, par exemple, un paradigme sociologique. Exemple, les jeunes générations ont été saturés de porno, il n’est pas impossible qu’ils soient tous « agressés » dans leur sensibilité et les affects de notre époque. D’où un dégoût, un besoin de distance par rapport au thème de la sexualité, y compris si l’intention du professeur se veut pédagogique.
        Pour traiter de cette question, il y a donc à prendre en compte :
        – la visée pédagogique de l’enseignant,
        – la dénonciation/révélation visée par l’auteur de l’œuvre,
        – la réception du public,
        – mais aussi, les angles d’interprétation de la sociologie/psychologie (les sciences humaines en général)
        – la façon dont s’emparent du fait sociétal les médias et le politique (entre les deux, il n’est pas toujours simple de savoir qui tire le premier),
        – et enfin, sous quel angle la philosophie peut-elle traiter la question ?
        Certes, nous pourrions faire d’emblée un usage de la philosophie si l’on voulait immédiatement orienter notre café philo vers une culture générale de la philosophie, c’est-à-dire, faire allusion à la philosophie. Mais nous souhaitons une approche « pratique » de la philosophie, une approche ancrée dans la réalité, dans la diversité des situations de notre époque. C’est la raison pour laquelle, notre enquête s’oriente en premier lieu vers le problème que nous souhaitons formuler.

        Question 2 sur le rapport entre la foi et le texte religieux, c’est-à-dire, ce par quoi (souvent) la foi est « transmise ».
        Contexte et sous-question, le christianisme se montre « critique » et distingue bien le texte de son historicité (les différentes étapes qui l’ont vu s’écrire). Les différentes interprétations du texte sont également bien assumées par les différents courants christiques (protestants, orthodoxes, catholiques, etc). Enfin, dans les sociétés laïques, la différence entre quête spirituelle autonome et adhésion à des textes religieux est bien assumée également : chacun est libre et non contraint dans ses choix et ses pratiques. Ainsi, il n’est pas rare de rencontrer des adeptes du développement personnel, voire des philosophes (Fabrice Midal, pour n’en citer qu’un) associer à leurs pratiques des textes « spirituels », des paraboles et inversement, des adeptes d’une religion pratiquer du yoga et s’inspirer de pratiques exotiques.
        Il se pose donc la question de cette prise de distance entre :
        – des supports de croyance (des textes religieux)
        – des effets de culture et de civilisation (comment ces derniers se distancient du texte)
        – et le sentiment de croire ou celui d’être habité par une foi.
        Autrement dit, comment de ces trois lieux, du texte, de l’environnement et du sentiment intime de la foi (en soi) naît la capacité critique et une distanciation ?

        Question 3 la philosophie, et en particulier la philosophie politique peut-elle être « vraiment philosophique » sans se trahir ? C’était l’idée de la question derrière sa formulation : peut-on philosopher dans le « présent » et en réponse aux tensions politiques du moment ?
        Ici, on atteint un sommet soit « sophistique » soit lucide.
        Entendons par philosophie une capacité méta éthique et métacognitive, autrement dit, une double capacité du cerveau et de l’être humain à rendre compte d’une part, de ses opérations cognitives :
        > il n’ignore rien du processus de raisonnement qui s’opère en lui-même et,
        > d’autre part, il n’ignore rien non plus des conséquences éthiques engendrées par les règles, les lois, les constitutions et les gouvernements que les sociétés que se donnent.
        Dès lors, comment un tel philosophe peut-il prendre parti, critiquer un gouvernement, s’engager en politique sans que sa pensée philosophique ne soit corrompue/altérée par sa pratique et par son engagement ?
        La question s’entend très bien. Ainsi, René Chiche, Barbara Stiegler, Joelle Zask (philosophes engagés à gauche), Pierre Manent, Monique Canto-Sperber (philosophes engagés à droite) ou Céline Spector (plutôt formaliste et engagée) font-ils de la politique ou de la philosophie ? (Les références sont en bas de ce message)
        Soulignons la position de François Julien qui propose le concept de « décoïncidence » pour penser la situation politico-sociale dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui. Pour le dire rapidement, il s’agit de formuler cet écart entre précisément, un concept et toute pensée, toute action, toute pratique et leurs effets, car jamais rien n’est aligné parfaitement. Il s’agit donc d’opérer avec une certaine prudence avec tous les formalismes, avec tous les solutionnistes, avec tous les « ismes », quels qu’ils soient. On a ainsi un concept “métacritique”, puisqu’il formule une distance entre les choses, distance dont le philosophe (ou celui qui entend emprunter ce chemin) se doit de rendre compte.

        Le constat et la question peuvent être formulés ainsi : La philosophie n’existe pas hors sol, elle est nécessairement incarnée dans une époque et par des personnes. Ainsi, ces dernières doivent rendre compte en quoi elles se montrent critique de leurs manières d’interagir avec le monde et des limites de tout mode d’action. La position de trahison étant celle de s’en tenir au silence ou encore, de crier avec les loups.
        Mais nous ne sommes pas restés sur ce dualisme éventuellement cynique, bien que nous devons prendre acte d’une résistance qui se joue en chacun dans cette distinction entre le fond, la forme des choses et leur formulation. Résistance qui s’explique car nous ne voulons pas toujours voir cette distance multicouche entre les fins visées, toujours idéales, abstraites, typiquement philosophiques et la façon dont elles s’incarnent et agissent dans la réalité.
        La question étant, comment, précisément, je rends compte à moi-même et à autrui de ce décalage et en quoi justifie-t-il ma pratique et mon éthique ? A quoi, est-ce que je mesure les effets de ma pratique ?
        En effet, dans une société en crise “aigue” et qui voit tous les groupes, les appartenances se scinder, se disputer, la tentation est forte de taire toute division, de ne pas se donner les moyens d’affiner sa pensée critique, d’examiner les faits et les discours s’y rapportant pour d’emblée, prendre déjà parti ou se terrer dans le silence (et l’imposer aux autres), en attendant que tout se tasse. Mais peut-on faire comme si on ne voyait pas, comme si rien ne s’était passé, comme si rien n’était perçu ? Peut-on remettre cartes sur table et tout reprendre à zéro sans en ressentir un trouble ?

        Quelques références :
        Par rapport au religieux (le Coran et son historicité)
        Mohammad Ali Amir-Moezzi. Comment l’Islam a-t-il évolué depuis ses origines. Cliquer ici, durée 1h18. On y trouve l’essentiel.
        > Pour approfondir, voir Le Coran des historien sur Institut Culture Islam. 4 épisodes. Cliquer ici.
        Références par rapport à la philosophie :
        – Céline Spector · Souveraineté et démocratie à l’épreuve de l’Europe. Cliquer ici. Entretien avec la Revue Esprit.
        – Le philosophe René Chiche sur Sud Radio (mai 2023). Cliquer ici. Durée 12mn
        – Conférence Barbara Stiegler et Christophe Pébarthe “La démocratie en danger”. Attac Loire le 22.04.2023. Cliquer, durée 2H37.
        – François Julien. Colloque Décoïncidences. Du théologique au politique. (Plusieurs conférences).
        – Maxime Rovere qui, bien que spécialiste de Spinoza, sort des sentiers académiques pour faire philosophie dans un langage commun, tout en articulant avec une grande précision sa pensée. Voir ici, un entretien chez Revue Esprit (durée 1hà5)
        Ou ici, à la librairie Mollat : Se vouloir du bien et se faire du mal. Durée : 56mn.

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        René Guichardan, café philo d’Annemasse.
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