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  • Allan
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      J’avais d’abord appréhendé la question de Hannah Arendt en l’opposant à la vision de Martin Heidegger.

      Pour Heidegger, nous sommes en quelque sorte impuissants et surtout seuls, face à notre destin ; alors que pour Arendt la liberté politique est intersubjective, autrement dit elle se coconstruit dans ce que Gilbert Simondon appelait, l’ « individuation psychique et collective » , c’est-à-dire la construction des individus toujours « en devenir » que nous sommes, s’enrichissant par l’exercice de la dialectique, comme nous le faisons lors de nos rencontres au Café Philo. A la fin des séances, nous ne sommes déjà plus (individu en devenir) ce que nous étions au début de la séance (pré-individuel).

      C’est par cet acte d’individuation, basé sur « le je ; le nous ; la technique (a-transcendantale, qui détermine les conditions d’accès à l’expérience)  », qui est un acte politique, que nous viendrions une seconde fois au Monde (renaissance). Que nous passerions alors d’être à individu.

      Les questions qui me viennent alors sont :

      Le passage à l’acte politique signifie-t-il qu’il y a mort de quelque chose en nous ?

      Mort de notre naïveté ? De nos croyances ? De notre résignation ?

      Et que naît-il suite à cette mort ?

      La conscience politique ? De classe ? L’espoir ? Le discernement (Crisis) ?

      En tout état de cause, notre liberté, elle, n’est jamais acquise. Elle demande un effort (Conatus de Spinoza), une Sublimation (Freud) de nos pulsions en désirs.

      La pulsion actuelle la plus rependue est sans doute la peur. Et c’est ce sentiment de peur qui accroit le besoin de sécurité. Nous sacrifions donc une part de nos libertés pour obtenir plus de sécurité en remettant nos existences entre les mains de l’Etat (Contrat Social). Ou nous vendons notre liberté, qui devient alors un objet commercial, à nos employeurs ou notre activité, pour percevoir un salaire qui conditionne nos existences et nos besoins vitaux (se nourrir, se loger…).

      Or, le sentiment de sécurité est sans cesse stimulé par les médias et le traitement de l’information qu’ils en font, jusqu’à en devenir accablant. La multiplication des chaines d’informations, la presse locale, qui font du fait divers l’ingrédient qui fait divers-ion (Bourdieu) et qui permet le consentement des masses, pour voir peu à peu nos libertés fondamentales atteintes.

      La liberté demande donc une vigilance permanente, elle n’est pas acquise. Elle est un peu comme l’eau pour le poisson qui à force de la côtoyer en évoluant en son sein, l’invisibilise.

      Durant la séance, John Dewey a été évoqué. Il a été un des fervents adversaires de Walter Lippmann et son néolibéralisme et, est l’un des rares philosophes, avec plus tard Cornelius Castoriadis, à s’être intéressé à la démocratie et à remettre en cause le principe platonicien né dans « Politeia » (La République), c’est-à-dire le passage de la philosophie socratique (le savoir accessible à tous par l’anamnèse : le ressouvenir et le désir) à une philosophie métaphysique, celle du Philosophe Roi et donc de l’élite, vision totalement anti-démocratique. L’abandon d’une part de notre liberté passe aussi et cela a été évoqué, par la représentativité de notre pouvoir politique. Le débat eut lieu d’abord en France comme aux Etats-Unis au moment de la Révolution Française dans les années 1770-1780, où le choix du modèle institutionnel s’est fait.

      Les arguments principaux avancés sont que le peuple n’est pas compétant et se désintéresse totalement de la chose publique.

      La cité Athénienne a également été évoquée. Il est dommage qu’elle soit toujours caricaturée en mettant en avant le fait que les femmes, les esclaves et les étrangers n’aient pas le droit de participer à la vie de la cité. Bien entendu, lorsqu’on évoque cette période, ce n’est certainement pas pour revenir en arrière sur des droits acquis ou en cours d’acquisition, mais pour comprendre comment pendant plus d’un siècle, les athéniens se sont rassemblés tous les 10 jours sur la Pnyx n’ont pas pour « voter » mais pour « délibérer » et de manière non anonyme (les votes eux avaient lieu dans l’Agora). La différence entre le vote et la délibération est extrêmement importante. Quand les athéniens délibéraient sur un départ à la guerre, il s’agissait de leurs propres départs à la guerre. Tout l’inverse d’une Vème République où un-e élu-e peut décider seul-e d’entrainer le pays dans une guerre sans y participer lui/elle-même. Ou pour des députés-ées, voter la perte ou l’ablation de certains droits,  sans être directement concernés.

      L’exemple de la cité grecque est même revenu dans les débats fin du XVIIIème, début du XIXème siècle. En France l’Abbé Sieyès et aux Etats-Unis James Madison, futur président, ont été les fers de lance du dévoiement du mot « démocratie » pour en faire en réalité un « Régime électif représentatif ». Au début du XIXème c’est Benjamin Constant qui a œuvré pour la « liberté de jouissance de la propriété » pour le peuple en échange de la perte d’une part de sa liberté, opposant Les Libertés des Modernes (liberté de propriété, religieuse, individuelles…) aux Libertés des Anciens (cité grecque et romaine), jugées comme dépassées. (cf. De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes)

      Une fois que nous sommes impregnés tout cela est-ce suffisant pour passer à l’acte ?

      Jean Pierre Vernant dans « Les origines de la pensée grecque » établit le passage du Mythe à la Philosophie, par la fin de la croyance vers un besoin de vérité apodictique accessible à chacun.

      Une vérité donc partagée, qui fait commun.

      A l’heure de l’Intelligence Artificielle et du numérique, c’est-à-dire où chacun a accès à une vérité sur mesure qui lui est soumise, comment faire commun et passer à l’acte ?

      Comment faire commun, dans cette « époque d’absence d’époque » ? Une époque étant un commun entre passé, présent et futur.

      Comment faire commun donc, lorsque:

      –        Les rétentions (le passé, les souvenirs, la mémoire collective et individuelle) sont altérées par des réécritures historiques ?

      –        L’attention, c’est-à-dire le soin apporté à l’autre, l’essence même de la capacité d’empathie, de Penser pour Panser (Bernard Stiegler), est court-circuitée perpétuellement par les écrans qui détruisent notre concentration ?

      –        Les protentions, nos désirs, nos rêves, notre pouvoir de transformer le Devenir en Avenir, quand les pouvoirs nous proposent uniquement des visions rentables à très courts termes ?

      Enfin, passer à l’acte n’est-ce pas l’impératif de remettre de la Philosophie en Politique et le Politique (l’organisation du commun) dans la Philosophie ? N’est-ce pas notre capacité à assumer ce que nous pensons ?

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