Cafephilos Forums Les cafés philo Des cafés philo sur Grenoble « C’est par nos mots et nos actes que nous naissons à nous-même ». Hannah Arendt. Sujet pour mardi 31/03/2026 à 18h30, au Café Chimère. Grenoble

3 sujets de 1 à 3 (sur un total de 3)
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    Messages
  • #8102
    René
    Maître des clés

      Nous nous réjouissons de notre amitié avec l’UTEM (Université de Terrain Edgar Morin). Merci également au café citoyen la Chimère, 12 rue Voltaire, Grenoble d’accueillir notre pratique des cafés philo  (Lien vers le café la Chimère citoyenne, ici)

      Durée des débats (1h30 environ > jusqu’à > 20h30 maximum)
      Discussion informelle pour celles/ceux qui souhaitent poursuivre
      Entrée libre

       

      « Nous nous insérons dans le monde humain par nos mots et par nos actes, et cette insertion est comparable à une seconde naissance »
      Condition de l’homme moderne, chapitre V. 1958 Hannah Arendt (1906 – 1975)

      Partons de cette citation d’Hannah Arendt, pour notre prochain débat : Naissons-nous à nous-mêmes, en avons-nous la possibilité ?
      Que comprendre de cette pensée ? Et Hannah Arendt, que voulait-elle dire en cela ?
      Si nous sommes libres, perdons-nous notre liberté, mais alors pour quelle raison ?
      Et si nous souhaitons retrouver notre liberté, à quelle condition est-ce possible ? D’où viennent nos mots et nos pensées ?

      Des ressources :
      – Le cours d’Annick Stevens en 4 séances. 2017 (vidéo ou audio + textes)
      D’innombrables émissions sur France Culture, choisissez le thème qui vous intéresse. 
      L’hommage de l’Institut Goethe pour les 50 ans (en 2025) de la mort d’Hannah Arendt. De très intéressants articles). 
      « Du mensonge à la violence » d’Hannah Arendt. Un résumé honnête par Quartier Latin. 
      Distinguer le mensonge, de l’illusion et de l’erreur, par Michelle-Irène Brudny. Laboratoire de la République
      Un podcast ici, sur La condition de l’homme moderne d’Hannah Arendt
      Un podcast, ici, sur Hannah Arendt, Gunther Anders et Heidegger et leur rapport à la « machine ». 
      Une interview d’Hannah Arendt en 1973. Cliquer ici.

      Quelques règles concernant nos échanges
      – Chacun peut prendre la parole, nul n’y est tenu.
      – Pas d’attaque ad hominem /ad persona.
      – On essaie de rendre compte des raisons de sa pensée et de faire évoluer le débat.
      – Chacun est le bienvenu, quelle que soit sa confession, sa classe sociale, sa formation et ses références philosophiques.

      L’approche du café philo de Grenoble
      C’est une approche plutôt non-directive, centrée sur les questions des participants. Nous nous efforçons de faire évoluer le débat au fur et à mesure de nos échanges.
      Nous partons du principe que chaque participant est adulte, autonome, responsable de sa pensée et de ses comportements. On note également que le participant est curieux d’examiner aussi bien les arguments de sa pensée que de ceux d’autrui.
      Nous nous appuyons en fait sur l’idée qu’une écoute compréhensive et qu’un partage structurant et structuré de nos réflexions ne peut être que profitable à tous, à une socialisation réflexive en partage et à une philosophie en travail.

      Ce que le café philo n’est pas :
      Le café philo n’est pas un lieu de propagande politique ou religieuse, ni il n’est celui d’une mise en spectacle de soi. On n’y vient pas faire la leçon aux autres ou répéter ce que l’on sait déjà, chacun étant déjà par lui-même l’auteur de sa propre pensée. L’effort que nous faisons porte sur une réflexivité mise en partage, sur l’écoute de l’autre et du débat qui se construit : on y assume les hésitations d’une pensée qui se cherche.

      L’affiche du mois de mars

      ————————————-
      René Guichardan, café philo d’Annemasse.
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      #8132
      René
      Maître des clés

        Bonjour à tous,

        Voici un compte rendu (une ou deux problématiques retenues) de notre échange par rapport à la citation d’Hannah Arendth. Je propose une capture d’écran de la citation suivie d’une brève explication. J’y reviens plus bas dans le compte rendu, puis j’enchaine avec une analyse de la dynamique du débat.

        Les actes et les paroles, qui ne survivent pas à celui qui les accomplit, en disent l’authenticité (ou la parole vraie – la parrhèsia au sens de M. Foucault). Toute naissance est un inédit donné au monde, il en est de même que notre parole mise en acte : elle nous change et change le monde (à une échelle relative à soi). De fait, l’avenir est ouvert. En cela, il est libre, en cela notre parole et nos actes peuvent être comme de « nouvelles » naissances au monde.

        Nous étions environs 25 participants durant cette rencontre et, comme souvent, le sujet prend de nombreuses directions (c’est aussi de ma faute – ou grâce à moi 😉✌️), mais pas seulement : la diversité de nos sensibilités, de nos formations et de nos manières de comprendre sont telles, qu’il est difficile de prédéfinir un objectif unique à propos d’une problématique partagée. Mais j’essaierai d’y être plus attentif une prochaine fois. Dans tous les cas, il importe de faire l’expérience d’un commun qui se cherche (y compris dans notre modeste café philo) dans ce monde qui se disperse (qui s’atomise et/ou chacun tend à se replier dans un quant-à-soi). Très souvent, nous sommes en mode « exploratoire » dans ce café philo.

        Durant notre échange, nous avons abordé les questions ci-dessus, mais sans nous y arrêter longuement et précisément. Chacune de ces questions nécessiterait plus d’une séance de développement.
        Concernant la gestion du débat, j’hésite (ou j’évite ?) à faire des choix car j’essaie de « sentir » (d’intuitionner pourrait dire un Kant) la problématique qui serait la plus porteuse de sens pour l’ensemble du groupe. Mais je n’y parviens que rarement.
        La prochaine fois, peut-être vaut-il la peine que nous nous efforcions de formuler une problématique à un quart de temps du débat, que nous la cherchions ensemble. Qu’en pensez-vous ? Essayons et explorons des approches pour faire évoluer les manières de débattre dans ce groupe.

        Je reviens à notre débat. A la suite de cette exploration, nous avons été conduits à nous demander si nous étions en mesure de vivre ensemble (de former du commun) dans un monde hyper-individualisé ?

        Ma liberté s’arrête-t-elle où commence celle de l’autre (formule restrictive, passive, plutôt en soumission au système) ? Ou (formule active, ouverte) : ma liberté n’augmente-t-elle qu’à condition d’être à l’écoute d’autrui, de sorte que sa liberté grandisse en même temps que la mienne ?
        Dans l’affirmative, et dans ce cas, l’indifférence à l’autre n’est plus une option, il y a un commun à toujours rechercher, un intérêt général supérieur qui en exprime la vitalité, le renouveau. Ce principe supérieur invite à dépasser les intérêts particuliers. Autrui n’est pas désuet, il n’est pas à sacrifier sur l’autel des sciences, du consumérisme et/ou de toute situation d’abus de pouvoir.

        À propos de commun, d’espace public et de politique.
        Sophie a mentionné une référence à propos de liste citoyenne participative, la voici :
        Grenoble Alpes Collectif, leur local se trouve au 20 av Felix Viallet.  J’avais un jour poussé la porte de ce café et discuté de leurs actions, très bon accueil 😊
        Quant à moi, je pensais à cette référence :
        Annick Stevens (philosophe à l’UP de Marseille), et à ce 4ᵉ épisode de Réinventer la démocratie directe. Elle y relate un cas de démocratie directe qui se déroule dans la Meuse, en ce moment même. C’est vraiment sympa, et il y a beaucoup à apprendre d’une telle situation. Cliquer ici.

        Il vaut la peine également d’écouter Chloé Santoro (Collège de France) qui promeut également la démocratie directe, tout en faisant le lien avec l’Antiquité. Athènes : la démocratie comme institution de l’intelligence collective. Cliquer ici)

        Une analyse intéressante des dérives des démocraties (cliquer ici): Le pouvoir illégal des élites, par Thierry Brugvin
        Au cas où, j‘ai effectué une prise de notes ici, de l’essentiel de sa conférence. 

        Un peu d’économie ? 
        Il en a été question également, voici une référence intéressante : David Cayla (université de Nantes) – Qu’est-ce que le néolibéralisme ?

        Merci pour votre attention. Désolé pour toutes les idées que je ne mentionne pas, mais je vous en prie, postez vous-mêmes vos interventions, questions, réflexions à la suite de ce compte rendu et/ou de votre participation au débat.

        ————————————-
        René Guichardan, café philo d’Annemasse.
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        #8139
        Allan
        Participant

          J’avais d’abord appréhendé la question de Hannah Arendt en l’opposant à la vision de Martin Heidegger.

          Pour Heidegger, nous sommes en quelque sorte impuissants et surtout seuls, face à notre destin ; alors que pour Arendt la liberté politique est intersubjective, autrement dit elle se coconstruit dans ce que Gilbert Simondon appelait, l’ « individuation psychique et collective » , c’est-à-dire la construction des individus toujours « en devenir » que nous sommes, s’enrichissant par l’exercice de la dialectique, comme nous le faisons lors de nos rencontres au Café Philo. A la fin des séances, nous ne sommes déjà plus (individu en devenir) ce que nous étions au début de la séance (pré-individuel).

          C’est par cet acte d’individuation, basé sur « le je ; le nous ; la technique (a-transcendantale, qui détermine les conditions d’accès à l’expérience)  », qui est un acte politique, que nous viendrions une seconde fois au Monde (renaissance). Que nous passerions alors d’être à individu.

          Les questions qui me viennent alors sont :

          Le passage à l’acte politique signifie-t-il qu’il y a mort de quelque chose en nous ?

          Mort de notre naïveté ? De nos croyances ? De notre résignation ?

          Et que naît-il suite à cette mort ?

          La conscience politique ? De classe ? L’espoir ? Le discernement (Crisis) ?

          En tout état de cause, notre liberté, elle, n’est jamais acquise. Elle demande un effort (Conatus de Spinoza), une Sublimation (Freud) de nos pulsions en désirs.

          La pulsion actuelle la plus rependue est sans doute la peur. Et c’est ce sentiment de peur qui accroit le besoin de sécurité. Nous sacrifions donc une part de nos libertés pour obtenir plus de sécurité en remettant nos existences entre les mains de l’Etat (Contrat Social). Ou nous vendons notre liberté, qui devient alors un objet commercial, à nos employeurs ou notre activité, pour percevoir un salaire qui conditionne nos existences et nos besoins vitaux (se nourrir, se loger…).

          Or, le sentiment de sécurité est sans cesse stimulé par les médias et le traitement de l’information qu’ils en font, jusqu’à en devenir accablant. La multiplication des chaines d’informations, la presse locale, qui font du fait divers l’ingrédient qui fait divers-ion (Bourdieu) et qui permet le consentement des masses, pour voir peu à peu nos libertés fondamentales atteintes.

          La liberté demande donc une vigilance permanente, elle n’est pas acquise. Elle est un peu comme l’eau pour le poisson qui à force de la côtoyer en évoluant en son sein, l’invisibilise.

          Durant la séance, John Dewey a été évoqué. Il a été un des fervents adversaires de Walter Lippmann et son néolibéralisme et, est l’un des rares philosophes, avec plus tard Cornelius Castoriadis, à s’être intéressé à la démocratie et à remettre en cause le principe platonicien né dans « Politeia » (La République), c’est-à-dire le passage de la philosophie socratique (le savoir accessible à tous par l’anamnèse : le ressouvenir et le désir) à une philosophie métaphysique, celle du Philosophe Roi et donc de l’élite, vision totalement anti-démocratique. L’abandon d’une part de notre liberté passe aussi et cela a été évoqué, par la représentativité de notre pouvoir politique. Le débat eut lieu d’abord en France comme aux Etats-Unis au moment de la Révolution Française dans les années 1770-1780, où le choix du modèle institutionnel s’est fait.

          Les arguments principaux avancés sont que le peuple n’est pas compétant et se désintéresse totalement de la chose publique.

          La cité Athénienne a également été évoquée. Il est dommage qu’elle soit toujours caricaturée en mettant en avant le fait que les femmes, les esclaves et les étrangers n’aient pas le droit de participer à la vie de la cité. Bien entendu, lorsqu’on évoque cette période, ce n’est certainement pas pour revenir en arrière sur des droits acquis ou en cours d’acquisition, mais pour comprendre comment pendant plus d’un siècle, les athéniens se sont rassemblés tous les 10 jours sur la Pnyx n’ont pas pour « voter » mais pour « délibérer » et de manière non anonyme (les votes eux avaient lieu dans l’Agora). La différence entre le vote et la délibération est extrêmement importante. Quand les athéniens délibéraient sur un départ à la guerre, il s’agissait de leurs propres départs à la guerre. Tout l’inverse d’une Vème République où un-e élu-e peut décider seul-e d’entrainer le pays dans une guerre sans y participer lui/elle-même. Ou pour des députés-ées, voter la perte ou l’ablation de certains droits,  sans être directement concernés.

          L’exemple de la cité grecque est même revenu dans les débats fin du XVIIIème, début du XIXème siècle. En France l’Abbé Sieyès et aux Etats-Unis James Madison, futur président, ont été les fers de lance du dévoiement du mot « démocratie » pour en faire en réalité un « Régime électif représentatif ». Au début du XIXème c’est Benjamin Constant qui a œuvré pour la « liberté de jouissance de la propriété » pour le peuple en échange de la perte d’une part de sa liberté, opposant Les Libertés des Modernes (liberté de propriété, religieuse, individuelles…) aux Libertés des Anciens (cité grecque et romaine), jugées comme dépassées. (cf. De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes)

          Une fois que nous sommes impregnés tout cela est-ce suffisant pour passer à l’acte ?

          Jean Pierre Vernant dans « Les origines de la pensée grecque » établit le passage du Mythe à la Philosophie, par la fin de la croyance vers un besoin de vérité apodictique accessible à chacun.

          Une vérité donc partagée, qui fait commun.

          A l’heure de l’Intelligence Artificielle et du numérique, c’est-à-dire où chacun a accès à une vérité sur mesure qui lui est soumise, comment faire commun et passer à l’acte ?

          Comment faire commun, dans cette « époque d’absence d’époque » ? Une époque étant un commun entre passé, présent et futur.

          Comment faire commun donc, lorsque:

          –        Les rétentions (le passé, les souvenirs, la mémoire collective et individuelle) sont altérées par des réécritures historiques ?

          –        L’attention, c’est-à-dire le soin apporté à l’autre, l’essence même de la capacité d’empathie, de Penser pour Panser (Bernard Stiegler), est court-circuitée perpétuellement par les écrans qui détruisent notre concentration ?

          –        Les protentions, nos désirs, nos rêves, notre pouvoir de transformer le Devenir en Avenir, quand les pouvoirs nous proposent uniquement des visions rentables à très courts termes ?

          Enfin, passer à l’acte n’est-ce pas l’impératif de remettre de la Philosophie en Politique et le Politique (l’organisation du commun) dans la Philosophie ? N’est-ce pas notre capacité à assumer ce que nous pensons ?

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