Cafephilos › Forums › Les cafés philo › DES CAFES PHILO SUR GRENOBLE › NOUVEAU, LE CAFE PHILO-POLITIQUE de GRENOBLE. Bienvenue à tous pour aller plus loin que de vaines disputes. Chaque 3ème mercredi du mois à 18h30
- Ce sujet contient 17 réponses, 3 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par René, le il y a 2 semaines et 6 jours.
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5 septembre 2026 à 16h00 #8431
Bonjour,
Bel effort de votre part pour développer votre pensée ! J’attendrais la suite de ton compte-rendu pour réagir René, même si la première partie m’intéresse déjà beaucoup.
En attendant je me permets de partager un podcast que j’avais réalisé l’an dernier sur la question de l’autorité politique : https://m.youtube.com/watch?v=CYk-HdOPslM
Cela ouvrira peut-être une porte vers la question éthique qui n’a pas encore été abordée, car pour l’instant nous n’avons vu que l’angle utilitariste et je suis bien d’accord avec une chose, c’est que tout ça est secondaire au final. Mais j’avais volontairement fait le choix de rejoindre la discussion du point de vue de l’épistémologie démocrate elle-même afin de ne pas trop éloigner la discussion des prémisses en vigueur.
Au plaisir
3 octobre 2026 à 13h49 #8464Compte rendu de la séance n°4 du café philo-politique
« Peut-on avoir des idées sans prendre parti ?
Nous étions une trentaine de personnes pour cette discussion.
Par rapport à notre question : peut-on avoir des idées sans prendre de parti ? (voir l’intro d’Allan ici ou ci-dessus), le débat s’est départagé entre deux perspectives, apparemment irréconciliables :
– l’une d’elle défendait la philosophie comme une pratique d’analyse rigoureuse dans les textes et les concepts, elle est détachée de l’action. L’autre soutenait une philosophie engagée, ancrée dans la cité et indissociable de la politique / du politique.Pourtant, dès les premiers instants, une proposition d’ouverture a été faite par l’un des participants : La neutralité peut être entrevue comme une fiction utile, une heuristique qui nous autorise à avancer par hypothèse (ou expérience de pensée).
Pour les plus pressés, le débat résumé en un schéma

Du naturel au galop ou de la nature humaine ?
Après cette ouverture, la réalité (la real politique) s’est rapidement imposée à la pensée des participants. En référence plus ou moins lointaine à Max Weber, la politique résulte d’une quête de pouvoir par la contrainte, elle a le monopole de la violence. Cette posture soulève la question de sa justification : jusqu’où la violence est-elle légitime dans une démocratie ? Et, par ailleurs, du côté de la philosophie, entendue comme une pratique citoyenne, celle-ci peut-elle fournir des outils critiques et des cadres éthiques pour éclairer la visée démocratique du débat (note 1) ?
Note 1 => on entend par la visée démocratique du débat : une égalité et une liberté de parole entre tous, nourrie toutefois d’une exigence de penser (d’une pensée qui se veut structurante et située – susceptible d’examiner sa valeur de pertinence en situation. Il s’agit de ne pas tourner en rond indéfiniment dans sa pensée (un solipsisme des temps modernes).Notre question peut trouver une formulation en ces termes : comment passe-t-on d’une part, de la violence politique à une démocratie citoyenne et, d’autre part, de quelle philosophie faut-il se faire le nom pour opérer un tel changement / transition ?
Quelques tensions / problématiques retenues pour cet échange.
Neutralité vs Engagement.
La neutralité est-elle possible ? Pour certains, c’est une fiction utile ou une méthode pour délibérer.
=> Pour d’autres, elle est une illusion, une posture de pouvoir (la « neutralité Suisse »), voire une lâcheté, car toute idée est socialement et historiquement située, elle implique des valeurs, des intérêts. Ne pas le voir, c’est se voiler la face.Commentaire de type « épistémique » :
En chimie, la neutralité désigne ce qui ne provoque aucune réaction. Or, dans la réalité, aucun élément n’est totalement neutre sur le plan chimique. Un atome d’or peut être électriquement neutre dans certaines conditions, sans pour autant être chimiquement inerte. Sur le plan de la sociologie, Max Weber soulève précisément ce problème (Le Savant et le Politique). En sciences humaines, aucun savoir n’est « neutre » : sa construction — sélectionner des faits, les sérier en catégories dans des sous-ensembles, les quantifier et les interpréter — toute cette pratique répond d’une méthodologie et d’une intention dont le savant comme le politique doivent savoir rendre compte, de manière transparente, en regard à leur responsabilité éthique et scientifique (éthique de conviction / éthique de responsabilité). Le font-ils ? Sont-ils neutres, honnêtes, critiques de leurs méthodes et objectifs quant aux causes qui motivent leur raison ? Communiquent-ils sur tous leurs résultats ou en cachent-ils la part la moins favorable à la prédilection de leur choix ?
Plus simplement : assimiler une situation de politique réelle, comme celle de la Suisse, à une expérience de pensée destinée à explorer des idées, augmente considérablement le niveau de difficulté du débat. Ce coup de force peut paralyser l’exploration des situations et augmente le risque de dispersion dans les échanges. C’est un défi à relever qui s’invite spontanément au cœur de nos échanges.Le philosophe et le politique.
La philosophie chercherait à convaincre par la raison et la quête de vérité (conviction), tandis que la politique viserait la prise de pouvoir par la contrainte et l’imposition d’une vision. Mais sans philosophe ni politique, si seul subsistait le « marché », pourrait-on encore parler de liberté ? Sans aucun doute, seule la violence des conflits d’intérêts, les rivalités sans merci des multinationales et l’idéologie consumérisme s’imposeraient aux masses, à la planète et au vivant en général.
Sans philosophie, sans sciences humaines ni politique, qui sait ce qui s’imposerait à chacun ? C’est le débat qui s’ouvre entre Socrate (chercheur de vérité) et le sophiste Gorgias (chercheur de son intérêt le plus profitable) depuis l’antiquité.Le rôle du philosophe.
Le débat oscille entre deux pôles : le philosophe comme analyste pur des concepts, examinant la pensée comme un objet d’étude (approche purement analytique), et le philosophe comme citoyen actif, engagé dans les luttes de son temps (Sartre, Arendt, Gunther Anders, Camus, Socrates, pour ne citer que des auteurs ou personnages illustres…). Ils interpellent le citoyen en chacun de nous, mais aussi, le bourgeois, l’élite, le politique, l’enseignant. Ces auteurs rappellent la condition de liberté du citoyen, dans un environnement toujours contraint, duquel précisément s’émanciper, s’autonomiser, se montrer critique de soi et des systèmes.Le rôle du citoyen.
Je résume trop brièvement Hannah Arendt et Kant : de quelle manière la raison, le politique ou l’environnement social permettent-ils au citoyen d’assumer sa parole, sa liberté de penser et d’action sur la place publique ?Quelques passages retenus de notre échange et qui ont guidé la rédaction de ce compte rendu.
– De la neutralité comme fiction utile :
« On peut chercher dans une certaine mesure la neutralité, elle est une fiction utile pour collaborer et discuter avec des gens qui ont des opinions radicalement différentes des nôtres. »– De la distinction entre philosophie et politique :
« Dans la philosophie on essaie de convaincre, dans la politique on essaie de contraindre. Le discours politique est une justification d’une revendication qui consiste à vouloir imposer sa vision par la contrainte. »– Du rôle du philosophe comme analyste de la pensée :
« Le philosophe s’occupe de la pensée telle qu’elle s’exprime dans des discours ou telle qu’elle peut être implémentée de manière implicite dans des dispositifs \[…\] il s’intéresse uniquement à la pensée et son but c’est de voir si dans la pensée qu’il examine, Il y a un problème. »– Sur l’engagement de l’intellectuel (référence à Sartre d’un étudiant) :
« La place de l’intellectuel, Ce n’est pas de prendre un rôle surplombant, C’est de faire peuple avec le reste de la population, C’est de se mêler, se diluer dans le reste de la population, Non pour que la philosophie soit une entreprise personnelle \[…\] mais pour justement que cela résolve des questions qui sont collectives. »– De la nécessité de penser au-delà des cadres établis :
« On ne peut pas résoudre un problème avec les conditions et les cadres qui l’ont mis en place. Il faut toujours aller au-delà de notre expérience immédiate (personnelle et individuelle, notamment si l’on s’informe essentiellement via les médias d’État) ce que l’on tient pour un savoir. »Fin du compte rendu.
Merci pour votre lecture. N’hésitez pas à rédiger ce que vous avez retenu de notre échange et/ou de ce compte rendu.
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René Guichardan, café philo de Grenoble.
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Nous nous réjouissons de notre amitié avec l’UTEM (Université de Terrain Edgar Morin). Merci également au café associatif la Chimère, 12 rue Voltaire, Grenoble, d’accueillir notre pratique des cafés philo (Lien vers le café la Chimère citoyenne, ici)


Durée des débats (1h30 environ > jusqu’à > 20h30 maximum)
Discussion informelle pour celles/ceux qui souhaitent poursuivre
Entrée libre——————————————————————————————————————————————
Café Philo Politique N°5 ce 21 octobre 2026
« Violence en politique : nécessaire, inéluctable, évitable ? »
Dans une polarisation du débat public qui se fait de plus en plus ressentir, nonobstant une société dans laquelle les moyens de communications et entre les êtres n’ont jamais été aussi développés, il semble que la violence semble se présenter comme une tension nécessaire pour les uns.es, inéluctable pour certains.es, évitable pour d’autres.
A travers notre Histoire, la violence a évolué ou du moins, sa perception elle, a changé.
Quelle place et quel rôle pouvons-nous lui accorder dans notre modernité ?
Et la violence est-elle nécessaire, inéluctable ou évitable ?
« Les différentes méthodes d’accumulation primitive que l’ère capitaliste fait éclore se partagent d’abord […] entre l’Espagne, le Portugal, la Hollande, la France et l’Angleterre, qui les combine toutes, vers la fin du XVIIe siècle, dans un ensemble systématique, embrassant à la fois le régime colonial, le crédit public, la finance moderne et le système protectionniste. Toutes ces méthodes reposent en partie sur la violence la plus brutale : ainsi le régime colonial.
Mais toutes emploient le pouvoir d’État, la force concentrée et organisée de la société, afin de précipiter artificiellement le passage de l’ordre économique féodal à l’ordre économique capitaliste, et d’abréger les phases de transition. Et, en effet, la force est l’accoucheuse de toute vieille société en travail. La force est un agent économique. »
Karl MARX. « Le Capital – Livre premier » Le développement de la production capitaliste –VIII° section : L’accumulation primitive – Chapitre XXXI : Genèse du capitaliste industriel, 1867.« Tout État est fondé sur la force », disait un jour Trotski à Brest-Litovsk. En effet, cela est vrai. S’il n’existait que des structures sociales d’où toute violence serait absente, le concept d’État aurait alors disparu et il ne subsisterait que ce qu’on appelle, au sens propre du terme, l’« anarchie ». La violence n’est évidemment pas l’unique moyen normal de l’État — cela ne fait aucun doute —, mais elle est son moyen spécifique. De nos jours la relation entre État et violence est tout particulièrement intime. Depuis toujours les groupements politiques les plus divers — à commencer par la parentèle — ont tous tenu la violence physique pour le moyen normal du pouvoir. Par contre il faut concevoir l’État contemporain comme une communauté humaine qui, dans les limites d’un territoire déterminé — la notion de territoire étant une de ses caractéristiques —, revendique avec succès pour son propre compte le monopole de la violence physique légitime. Ce qui est en effet le propre de notre époque, c’est qu’elle n’accorde à tous les autres groupements, ou aux individus, le droit de faire appel à la violence que dans la mesure où l’État le tolère : celui-ci passe donc pour l’unique source du « droit » à la violence. Par conséquent, nous entendrons par politique l’ensemble des efforts que l’on fait en vue de participer au pouvoir ou d’influencer la répartition du pouvoir, soit entre les États, soit entre les divers groupes à l’intérieur d’un même État. »
Max Weber. « Le savant et le politique », 1919.« Si le droit a pour origine la violence, cette violence que couronne le destin, on est pas loin de supposer que c’est dans la violence la plus extrême, celle qui décide de la vie et de la mort (la peine de mort), telle qu’elle apparaît dans l’ordre juridique, que les origines de cet ordre surgissent dans notre réalité de manière emblématique et s’y manifestent d’une façon effroyable. »
Walter Benjamin. « Pour une critique de la violence », 1921.D’autres sources pour approfondir le sujet :
– Violences policières, violence d’État, émeutes… Penser la violence, par Frédéric Worms – Brut (Cliquer ici)
– Elsa DORLIN – Se défendre – Une philosophie de la violence – Hors les murs – Alcazar Marseille Université Populaire Marseille Métropole (cliquer ici)
– UNE HISTOIRE DE LA VIOLENCE – Didier Fassin, médecin et anthropologue, professeur au Collège de France et à l’Institute for Advanced Study de Princeton – BLAST————————————–
Quelques règles concernant nos échanges
– Chacun peut prendre la parole, nul n’y est tenu.
– Pas d’attaque ad hominem /ad persona.
– On essaie de rendre compte des raisons de sa pensée et de faire évoluer le débat.
– Chacun est le bienvenu, quelle que soit sa confession, sa classe sociale, sa formation et ses références philosophiques.L’approche du café philo de Grenoble
C’est une approche plutôt non-directive, centrée sur les questions des participants. Nous nous efforçons de faire évoluer le débat au fur et à mesure de nos échanges.
Nous partons du principe que chaque participant est adulte, autonome, responsable de sa pensée et de ses comportements. On note également que le participant est curieux d’examiner aussi bien les arguments de sa pensée que de ceux d’autrui.
Nous nous appuyons sur l’idée qu’une écoute compréhensive et qu’un partage structurant et structuré de nos réflexions ne peut être que profitable à tous, à une socialisation réflexive en partage et à une philosophie en travail.Ce que le café philo n’est pas :
Le café philo n’est pas un lieu de propagande politique ou religieuse, ni il n’est celui d’une mise en spectacle de soi. On n’y vient pas faire la leçon aux autres ou répéter ce que l’on sait déjà, chacun étant déjà par lui-même l’auteur de sa propre pensée. L’effort que nous faisons porte sur une réflexivité mise en partage, sur l’écoute de l’autre et du débat qui se construit : on y assume les hésitations d’une pensée qui se cherche.L’affiche du mois d’octobre 2026

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René Guichardan, café philo de Grenoble.
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