Cafephilos Forums Les cafés philo NOUVEAU A GRENOBLE, LE CAFE PHILO-POLITIQUE Séance 3, prochain sujet « A l’ère du numérique, la démocratie peut-elle encore nous protéger de notre servitude ? » Proposé par Allan pour mercredi 19 aout 2026

6 sujets de 1 à 6 (sur un total de 6)
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    Messages
  • #8366
    René
    Maître des clés

      Nous nous réjouissons de notre amitié avec l’UTEM (Université de Terrain Edgar Morin). Merci également au café associatif la Chimère, 12 rue Voltaire, Grenoble, d’accueillir notre pratique des cafés philo  (Lien vers le café la Chimère citoyenne, ici)

      Durée des débats (1h30 environ > jusqu’à > 20h30 maximum)
      Discussion informelle pour celles/ceux qui souhaitent poursuivre
      Entrée libre

      ——————————————————————————————————————————————

      Question proposée et introduite par Allan :

      « A l’ère du numérique, la démocratie peut-elle encore nous protéger de notre servitude ? »

      « Discours de la servitude volontaire » écrit entre l’âge de 16 et 18 ans par Etienne de la Boétie aux alentours de 1548 :

      « Pour le moment, je voudrais seulement comprendre comment il se peut que tant d’hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois un tyran seul qui n’a de puissance que celle qu’ils lui donnent, qui n’a pouvoir de leur nuire qu’autant qu’ils veulent bien l’endurer, et qui ne pourrait leur faire aucun mal s’ils n’aimaient mieux tout souffrir de lui que de le contredire. Chose vraiment étonnante — et pourtant si commune qu’il faut plutôt en gémir que s’en ébahir -, de voir un million d’hommes misérablement asservis, la tête sous le joug, non qu’ils y soient contraints par une force majeure, mais parce qu’ils sont fascinés et pour ainsi dire ensorcelés par le seul nom d’un, qu’ils ne devraient pas redouter — puisqu’il est seul — ni aimer — puisqu’il est envers eux tous inhumain et cruel. »

      « Or ce tyran seul, il n’est pas besoin de le combattre, ni de l’abattre. Il est défait de lui-même, pourvu que le pays ne consente point à sa servitude. Il ne s’agit pas de lui ôter quelque chose, mais de ne rien lui donner.[…] »

      « Il est vrai qu’au commencement on sert contraint et vaincu par la force ; mais les successeurs servent sans regret et font volontiers ce que leurs devanciers avaient fait par contrainte. Les hommes nés sous le joug, puis nourris et élevés dans la servitude, sans regarder plus avant, se contentent de vivre comme ils sont nés et ne pensent point avoir d’autres biens ni d’autres droits que ceux qu’ils ont trouvés ; ils prennent pour leur état de nature l’état de leur naissance. […] Mais l’habitude, qui exerce en toutes choses un si grand pouvoir sur nous, a surtout celui de nous apprendre à servir et, comme on le raconte de Mithridate, qui finit par s’habituer au poison, celui de nous apprendre à avaler le venin de la servitude sans le trouver amer. »

      « […]Ainsi la première raison de la servitude c’est l’habitude. […] »

      Introduction au sujet :

      Dans le discours de la servitude volontaire, Étienne de la Boétie posait une énigme vertigineuse :
      –  Pourquoi des millions d’individus se soumettaient ils un seul tyran, alors que ce dernier ne tient son pouvoir que de leur propre obéissance ?

      Au regard de notre présent, cette question raisonnant avec une acuité particulière et mobilise les mêmes articulations entre habitude, servitude et pouvoir.

      L’ère numérique dans laquelle nous évoluons prolonge le questionnement de La Boétie, rabat les cartes d’une nouvelle manière et nous oblige à questionner notre propre condition de citoyens. A l’aune du régime politique par lequel nous sommes encadrés, ainsi que les nouvelles formes de forces en présence et de réticularités qui constituent notre manière de penser ou de ne pas penser, interrogeons-nous sur ce qui peut s’apparenter à une forme d’immobilisme.

      Des références :
      « Discours de la servitude volontaire » Version pdf, cliquer ici. 

      – « Comprendre le « Discours de la servitude volontaire » – « Avec Philosophie » – France Culture. Cliquer ici.

      – La « société automatique » selon Bernard Stiegler. Cliquer ici. 

      – L’IA nous rend-elle bêtes ? | Les idées larges | ARTE. Cliquer ici.

      – Yves Citton – L’économie de l’attention nouvel horizon du capitalisme ? Cliquer ici. 

      – Le Grand Témoin : Christophe Pébarthe, La Démocratie athénienne au regard d’aujourd’hui

      Merci Allan pour cette introduction et ces liens vers des références. 

      Affiche du mois d’aout 2026

      ————————————-
      René Guichardan, café philo de Grenoble.
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      #8384

      Comme demandé je vous partage la citation de Tocqueville avec les deux références que j’ai trouvé, ainsi que le lien vers le texte que j’ai écrit en début d’année :
      « NON, JE NE SOUHAITE PLUS UNE BONNE ANNÉE ! De la solitude à la conjuration de l’automatisme pour combattre la bêtise. » Lien ici sur Echorruptible. 

      Alexis de Tocqueville – DE LA DÉMOCRATIEEN AMÉRIQUE II (3ème et 4ème parties) page 146
      Lien pdf ici. 

      Alexis de Tocqueville – « De la Démocratie en Amérique, vol II » (4ème Partie : Chapitre VI)
      Lien pdf ici.

      « Après avoir pris ainsi tour à tour dans ses puissantes mains chaque individu, et l’avoir pétri à
      sa guise, le souverain étend ses bras sur la société tout entière; il en couvre la surface d’un réseau de
      petites règles compliquées, minutieuses et uniformes, à travers lesquelles les esprits les plus
      originaux et les âmes les plus vigoureuses ne sauraient se faire jour pour dépasser la foule; il ne brise
      pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige; il force rarement d’agir, mais il s’oppose sans
      cesse à ce qu’on agisse; il ne détruit point, il empêche de naître; il ne tyrannise point, il gêne, il
      comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation à n’être plus qu’un troupeau
      d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger.
      J’ai toujours cru que cette sorte de servitude, réglée, douce et paisible, dont je viens de faire
      le tableau, pourrait se combiner mieux qu’on ne l’imagine avec quelques-unes des formes
      extérieures de la liberté, et qu’il ne lui serait pas impossible de s’établir à l’ombre même de la
      souveraineté du peuple. »

      #8389
      René
      Maître des clés

        Bonjour à toutes et tous.

        Nous convenons de relancer le sujet en raison des  » circonstances « cosmiques » (l’éclipse du 12 aout) et souhaitons (Allan et moi) que nous puissions mieux en explorer les enjeux et être moins hors-sujet (j’y reviendrai à un autre moment => sur l’attention nécessaire pour faire avancer un problème, éviter les impasses et ne pas disqualifier les questions sociales et politiques effectives qu’il soulève, notamment en interrogeant le présupposé de chaque terme — ce qui peut conduire à une régression à l’infini.)

        En attendant, un bref compte rendu.

        Rappel de la question : « A l’ère du numérique, la démocratie peut-elle encore nous protéger de notre servitude ? »

        Nous étions 7 ou 8 participants ce 12 août. Une question s’est assez clairement dégagée autour de la servitude volontaire. Dans Qu’est-ce que les Lumières ?, Kant dénonce la paresse — et la lâcheté — qui conduisent à suivre l’autorité plutôt qu’à oser penser par soi-même. (Voir ici le texte de Kant publié sur le site d’un prof indépendant))
        Dans les faits, les causes du conformisme social sont multiples et bien connues pour la plupart des participants (Stanley Milgram, Solomon Asch, etc.). A ce propos, on peut écouter cette conférence :Histoire et mythe scientifique, de l’expérience de Stanford à la dissonance cognitive. 

        Reste à établir des rapports entre les IA et le type de servitude qu’elle génère, notamment au niveau des nations et des gouvernements, en particulier ceux qui se revendiquent « démocratiques ». En effet, sans visée « démocratique », il n’est plus question d’un « démos » (peuple) apte à se « gouverner » (cratos = pouvoir) selon ses capacités délibératives.
        Toutefois, pour notre débat, la question de savoir si nous sommes en démocratie reste ouverte, de même que le rôle que peuvent y jouer les IA.

        Des références mentionnées.
        J’avais mentionné Dan Sperber (anthropologue, linguiste et chercheur en sciences cognitives) qui, avec Hugo Mercier critique la « théorie des biais cognitifs ». Barbara Steigler y fait référence ici (forum où je postes quelques notes ainsi que ceux des ouvrages mentionnés. 

        Ci-dessous, un aperçu de la critique de la théorie des biais cognitifs.

        Un élément de la critique de Dan Sperber et d’Hugo Mercier. Voir le forum ici, ainsi que les références en bas de page.

        Pour aller plus loin dans la critique de la théorie des biais cognitifs, ci-dessous, une rapide synthèse.

        Dan Sperber et Hugo Mercier se représentent les opérations de raisonnements conduites par une succession d’inférences intuitives.

        Le cerveau, par nature, est vide (s’il n’est connecté à aucune perception). Il infère (du latin infero, mettre en avant, produire, alléguer, conclure), autrement dit, il induit, il établit un lien entre une chose et une autre à partir d’une prémisse (d’un fait, d’une observation, d’un sentiment, d’une autre raison, etc). C’est l’idée d’une diversité de modules cognitifs qui préfaçonnent nos perceptions.
        > A partir de là, une intuition « non consciente » se forme qui conduit à une représentation « consciente », mais basées sur des intuitions, c’est alors une intuition des représentations. Cette représentation intuitive inspire l’intuition des raisonnements, que la raison peut examiner de façon plus formelle et délibérée. C’est ainsi qu’une construction argumentée devient possible. C’est à ce stade que l’on observe et que l’on met en forme la schématisation et le formalisme de nos raisonnements. Schéma ci-dessous.

         Une succession d’inférences intuitives, schéma ci-desous. 

        Dan Sperber et Hugo Mercier décrivent une genèse de la raison, ils en montrent les étapes et élaborent une proposition théorique (une heuristique pertinente, mieux qu’un modèle) dont la portée explicative est de fait plus vaste, plus inclusive que l’approche cognitivo-comportementale des biais cognitifs.

        Des ressources pour approfondir :
        Dan Sperber, invité des professeurs José Cohen et Philippe Grimbert. «L’énigme de la raison » Médecine au carrefour des sciences.
        Une recension de L’Enigme de la raison dans Open Edition.
        Les auteurs étaient les Invités du Matin France Culture.
        Dan Sperber, invité par la Tronche en biais.
        Hugo Mercier invité par la Tronche en biais.
        – Daniel Kanheman dans les Matins de France-Culture (octobre 2021). Ici..
        dans cette conférence (sept 2021, Ici), le chercheur en neurosciences, Thomas Boraud, décrit très bien les processus de décision et « ses bruits ».
        – Les auteurs (avec Hugo Mercier) étaient à France Culture (ici) dernièrement pour parler de leur dernier ouvrage :L’énigme de la raison.

         

        #8394

        Comme demandé je vous partage la citation de Tocqueville avec les deux références que j’ai trouvé, ainsi que le lien vers le texte que j’ai écrit en début d’année :
        « NON, JE NE SOUHAITE PLUS UNE BONNE ANNÉE ! De la solitude à la conjuration de l’automatisme pour combattre la bêtise. » Lien ici sur Echorruptible. 

        Alexis de Tocqueville – DE LA DÉMOCRATIEEN AMÉRIQUE II (3ème et 4ème parties) page 146
        Lien pdf ici. 

        Alexis de Tocqueville – « De la Démocratie en Amérique, vol II » (4ème Partie : Chapitre VI)
        Lien pdf ici.

        « Après avoir pris ainsi tour à tour dans ses puissantes mains chaque individu, et l’avoir pétri à
        sa guise, le souverain étend ses bras sur la société tout entière; il en couvre la surface d’un réseau de
        petites règles compliquées, minutieuses et uniformes, à travers lesquelles les esprits les plus
        originaux et les âmes les plus vigoureuses ne sauraient se faire jour pour dépasser la foule; il ne brise
        pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige; il force rarement d’agir, mais il s’oppose sans
        cesse à ce qu’on agisse; il ne détruit point, il empêche de naître; il ne tyrannise point, il gêne, il
        comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation à n’être plus qu’un troupeau
        d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger.
        J’ai toujours cru que cette sorte de servitude, réglée, douce et paisible, dont je viens de faire
        le tableau, pourrait se combiner mieux qu’on ne l’imagine avec quelques-unes des formes
        extérieures de la liberté, et qu’il ne lui serait pas impossible de s’établir à l’ombre même de la
        souveraineté du peuple. »

        #8406
        Damien
        Participant

          Bonjour,

          J’ai tenté de partager quelques liens mais il semblerait que le forum censure mon message dès que j’y ajoute des hyperliens

          Tant pis

          #8404
          Damien
          Participant

            Bonjour,
            Merci Allan pour la citation édifiante de Tocqueville. L’analogie de l’élevage d’humains comme du bétail tient toujours à mon avis.
            Merci René pour ces ressources concernant les limites du modèle de Kahneman & Tversky, qui à mon sens rejoignent ce que j’essayais d’exprimer lors de ma première intervention lors du café philo.

            Les « biais » cognitifs existent car ils ont été évolutivement sélectionnés et sont adaptés à la vie. Ils sont un mécanisme d’économie cognitive orientés vers la survie et non vers la rationalité. C’est pour cela que j’emploie plutôt le terme d’heuristiques de pensée pour éviter la connotation négative apposée au terme de « biais » (qui supposerait une forme d’orthodoxie cognitive illusoire). Cependant pour avoir lu « Système 1, Système 2 » il y a quelques années, je n’ai pas eu l’impression que Kahneman & Tversky disaient réellement autre chose et surtout pas qu’ils qualifiaient le recours à la voie rapide de bête ou de « toujours biaisé ». J’ai retiré de ma lecture au contraire l’idée que le « Système 1 » comme le « Système 2 » ont chacun leur propre ratio coût/avantage et qu’il est bon de les utiliser en conscience en gardant leurs limites à l’esprit. Concernant le sous-titre du livre « Noise », je pense qu’il est bon aussi de garder à l’esprit que ces sous-titres sont généralement choisis par l’éditeur et que les auteurs en sont rarement satisfaits. En bref il est toujours bon de prendre un propos avec son cadre et de garder un pas de recul en se rappelant qu’un modèle n’est toujours qu’une simplification de la réalité que l’on peut utiliser un modèle sans pour autant se perdre dedans et confondre carte et territoire.

            À mon sens, Barbara Steigler commet l’erreur de ramener le propos des auteurs à son cadre pré-existant sans chercher à se relier d’abord à celui dans lequel le propos s’inscrit (elle oublie le « connect before correct »). Par conséquent bien qu’il soit rapidement mentionné que la théorie est « plus fine », en réalité elle poursuit sa critique sur la base d’une simplification outrancière qui confine à l’homme de paille mais sert le développement de son propre discours. Et il n’y a même pas forcément de problème à ça tant que c’est fait en conscience et qu’on ne se met pas à croire au premier degré que Kahneman & Tversky ne cherchaient en fait qu’à légitimer des rapports entre dominants et dominés (procès d’intention). On peut simplifier les choses pour faciliter une discussion sans pour autant prendre trop au sérieux nos simplifications. La bonne pratique philosophique consisterai plutôt à attaquer des « hommes de fer » (c’est à dire chercher à réfuter un point de vue dans sa meilleure version) que des hommes de paille, c’est pourquoi je pense qu’il est important de s’exercer à penser dans plusieurs cadres sans prendre aucun de ces cadres pour « la réalité ». Cela aide à se relier avec les personnes en désaccord plutôt que de les considérer comme stupides ou malveillantes, rien de bon ne sort de la diabolisation. On peut toujours rejeter un modèle en le caricaturant, mais à vaincre sans péril on triomphe sans gloire… Un bon exercice par exemple serait, lorsque l’on a envie d’exprimer un désaccord avec ce que vient de dire une personne, de tenter d’abord de reformuler la pensée de l’autre d’une manière qui lui convienne afin de s’assurer que l’on a bien cherché à connecter avec le propos au-delà des mots (cf. Les 4 règles d’Anatol Rapoport). J’ai l’impression que ça rejoint plus ou moins le rôle de « synthétiseur » que mentionnait René avant le café philo de mercredi. C’est bon exercice de charité épistémique. C’est souvent l’inconfort lié à l’incertitude qui nous pousse à rechercher la clôture cognitive en engageant pas réellement l’idée d’en face sous son meilleur jour : on ramène la pensée de l’autre vers notre cadre pour la ranger dans une case et « fermer le dossier » afin d’échapper à la dissonance cognitive. Le revers de la médaille est qu’on ne s’écoute pas réellement quand on refuse de laisser la porte ouverte au doute. Ce n’est pas à condamner mais à conscientiser, on ne peut pas vivre non plus en doutant tout le temps de tout (ça coûterait beaucoup trop de ressources à notre cerveau), mais on peut ajuster notre niveau de confiance dans nos positions au processus qui nous y a mené, et apprendre à vivre avec un point d’interrogation sans rechercher la certitude définitive. Le tout est de conscientiser dans quels pans de notre pensée nous sommes dogmatiques (nous le sommes tous) et lesquelles de nos opinions nous proviennent d’un examen plus profond des choses.

            Concernant la problématique évidente que nous avons sur la question des « présupposés » présents dans la formulation du sujet, je pense qu’il n’est pas nécessaire de choisir entre refuser tous les présupposés (ce qui empêche la discussion) et renoncer à discuter de présupposés controversés. Le juste milieu, il me semble, est de poser le curseur à un niveau où les présupposés sont acceptables pour l’ensemble des participants. La valeur des présupposés est qu’ils permettent à la discussion d’avancer à condition d’être partagés.

            Pour en revenir à notre problème de démocratie et faire le parallèle avec B.Steigler, au final je ne fais que dire sur la démocratie la même chose qu’elle dit sur la théorie des biais cognitifs : il s’agit avant tout d’une idéologie qui peut être remise en cause. Et il est encore plus « incorrect » d’attaquer le dogme démocratique que celui des « biais cognitifs », ce qui rend la chose bien plus intéressante à mon avis. Pour autant je n’ai pas de problème à me relier à un certain cadre pour permettre la discussion, ma remarque est qu’en présence de présupposés controversés il serait dogmatique de les considérer comme indiscutables. Mais cela rejoint peut-être aussi les limites du format d’une discussion à 10 ou 20 personnes. Je peux aussi entendre que quand une seule personne ne partage pas le cadre en vigueur il y a un risque que la discussion finisse par tourner autour de ça. Dans ce cas il est peut-être plus raisonnable pour moi de ne pas participer à une discussion qui me demanderait d’accepter un présupposé que je refuse. Je reste néanmoins intéressé par l’écoute de ce que les autres ont à dire (et je veux bien tenter de jouer un rôle de « synthétiseur » ou autre). Au final l’intérêt du café philo à mes yeux est d’apprendre à sauter d’un cadre épistémique à un autre en conscience, c’est pour cela que c’est intéressant de chercher à écouter de nouveaux points de vue sans nécessairement chercher à se positionner en « pour ou contre », « d’accord ou pas d’accord », du moins dans un premier temps (et j’en suis le premier coupable). Il est peut-être illusoire de penser réellement approfondir un sujet sur le format café philo, cependant c’est un bon format exotérique pour venir écouter une dizaine de personnes introduire leur vision du sujet puis ensuite continuer ses recherches dans son coin. Peut-être que le format trouve ses limites quand les participants n’ont pas un certain niveau d’homogénéité au départ (notamment au niveau des présupposés partagés) ? J’imagine que ces questions ont été déjà largement évoquées depuis la naissance des cafés philo

            Je laisse quelques ressources qui proposent un angle différent sur la démocratie, pour qui veut essayer d’ajouter un autre cadre à sa palette
            L’allégorie de l’esclave de Robert Nozick (vidéo 3mn)
            Résumé du livre « Démocratie, le Dieu qui a échoué » de Hoppe par le vidéaste Ego Non (1h10)
            La Démocratie contre la Liberté
            Le paradigme démocratique
            Le Théorème d’Arrow ou la Démocratie contre la Raison
            The Authority of Democracy
            Predation Under Democracy
            Pourquoi je ne suis pas démocrate
            Éthique de l’argumentation
            Your Opponents Don’t Agree with You

            Petit conseil : plus un propos vous semble outrancier plus il est important de « connect before correct » et de résister à l’envie de ramener un propos à notre propre cadre. Que vous rejoignez ou pas les auteurs, dans le pire des cas vous aurez compris un point de vue supplémentaire que vous réfuterez mieux à l’avenir.

            Bien à vous

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