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15 sujets de 1 à 15 (sur un total de 1,589)
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  • René
    Maître des clés

      Compte rendu : Le mal a-t-il des limites ?
      Est-il porteur d’enseignement ?

      Pour rappel, la question m’a été suggérée par le témoignage de Francesca Albanese (rapporteuse de l’ONU). Elle dénonce les tortures que fait subir l’armée du gouvernement de Nétanyahou sur l’ensemble de la population palestinienne (les femmes et les enfants compris). L’interview est accessible ici, dans l’émission de Daniel Mermet, « Là-bas si j’y suis » (avril 2026)

      Sujet en construction. Merci pour votre compréhension.

       

      René
      Maître des clés

        Bonjour,

        Nous nous sommes retrouvés à deux pour cet entretien n°2. Voici un bref compte rendu sur certains aspects de notre échange :

        Questions de départ du consultant :
        – Pourquoi est-ce que j’ai du mal à trouver ma place ? (position active où l’on cherche sa place)
        – Pourquoi ai-je l’impression de ne pas être à ma place ? (constat, voire position passive du sentiment de ne pas être à sa place).

        Comment se structure une telle question :
        – Est-ce soi ou la perception de soi (les jugements que je porte sur moi), les jugements que je porte sur les autres ou est-ce le passé qui perturbe l’ensemble, mon rapport à moi et mon rapport à autrui ?

        Autre niveau de questions :
        – Je ne sais interagir avec autrui, car je le « perçois » mal (je ne me sens pas en relation à lui) ?
        Ou encore, je ne parviens pas à me faire comprendre d’autrui.

        Autre question : je suis animé d’une volonté (d’une exigence ?) de qualité relationnelle telle que je n’en vois pas l’écho chez l’autre.

        Trois niveaux où se porte la question :

        En fait, l’interaction entre ces trois pôles est plus ou moins forte selon le travail déjà réalisé par la personne avec elle-même.

        Il se trouve que nous nous connaissons avec le consultant, et que ce dernier assume une réflexion forte et autonome avec lui-même et avec son passé.
        Dans ce cas-là, comment se présente une consultation dite « philosophique » et dans un but de connaissance de soi ?

        La question peut laisser affleurer des « enjeux » qui engagent et/ou dépassent les personnes (le consulté comme le consultant). Pour le dire autrement : l’espace est ouvert, non spécifiquement déterminant. Dès lors, le niveau des enjeux se déplace. Il relève de l’intime et/ou de la confiance permise et/ou encore du rapport à la lucidité possible (par le consultant comme par le consulté).
        => la condition d’égalité du consultant et du consulté a ceci de spécifique, qu’elle brise l’asymétrie formelle que l’on retrouve dans les configurations classiques (thérapeutique, coaching, consultation opposant un sachant et ignorant). Les deux personnes, le consultant, comme le consulté se rapportent à leur propre conscience, et à la possibilité de s’extraire d’eux-mêmes, d’aller plus loin que là où ils sont.

        Lorsque deux personnes sont conscientes de leurs schèmes profonds, il s’agit d’entrer en discussion avec la possibilité de mettre en mouvement les schèmes du profond. Dans ce cas, deux grands mouvements peuvent se définir, voire alterner.

        La ou les questions philosophiques interviennent à ce niveau. Avant, nous sommes dans des questions qui touchent à la psychologie sociale.
        De quelle manière m’est-il possible d’accepter d’être troublé par ce que je porte en moi ?
        Quel « enseignement » puis-je en tirer de ce que je vis
        ?

        Dans la suite de l’échange, un triptyque intéressant a été développé, je le résume très brièvement : conflit de loyauté et trahisons dans la famille, transfuge de classe et logique sacrificielle.

        Dans une famille qui ne résout pas ses conflits, et derrière les colères (derrière les tristesses et, parfois, les ressentiments) s’amorce (très souvent) une pensée « sacrificielle ».
        Le sacrifice peut être compris comme un renoncement, un calvaire, voire un suicide (effectif ou symbolique)… mais il peut être « grandi » également, selon qu’il ouvre vers de l’universel (symbolique, religieux, politique…)
        Toute la question étant de savoir comme le sujet éprouve et conscientise son « expérience » (le sentiment de ce qu’il vit).

        Fin du compte rendu.
        Je suis allé assez rapidement pour ce compte rendu. Il y a une étape intermédiaire que j’ai omise : celle de la charge émotionnelle que le consultant porte en lui. Que doit-il en faire ? Que peut-il en faire ?
        La qualité « sacrificielle » (les prises de conscience et les transformations intérieures qu’elle peut entrainer) est possiblement relative à ce qui se travaille dans le partage avec autrui et avec les émotions éprouvées.

        Comme d’habitude, je n’ai pas de réponse toute faite à cette question (ni à aucune d’ailleurs). Peut-être que ce rapport aux émotions sourdes et profondes sera-t-il abordé une autre fois.

        Merci pour votre attention.

        René
        Maître des clés

          D’autres questions me sont venus suite à cette rencontre.
          Ces questions portent sur les registres de l’intime et du public (ce que l’on présente au public) et du souterrain : ce que l’on garde pour soi et/ou/ mais que l’on peut confier à un proche, à un thérapeute, à des intimes.
          Jusqu’où sommes-nous transparents à nous-mêmes ? Jusqu’où peut-on s’autoriser à l’être ?

          René
          Maître des clés

            Compte rendu de la séance 1

            Thématiques abordées : justice, sentiment de justice.
            Soutenir une question et/ou accompagner vers un dire. 

            Nous étions trois participants pour ce premier échange. Ce format en petit comité a permis une intimité et une sincérité qui auraient été certainement moins évidente dans un groupe plus élargi.

            Nous nous sommes prêtés librement à un exercice de consultation entre nous… Je resterai discret sur le contenu des échanges en eux-mêmes, car nous nous sommes naturellement accordé une confiance réciproque, ce qui nous a autorisé à aller assez loin dans l’échange. Toutefois, voici quelques éléments qui ont retenu mon attention.

            Nous ne sommes pas partis d’une question du « consultant ».
            L’un d’entre nous a invité un participant à une « consultation ». Ce dernier (donc, le consultant) est parti d’une situation qu’il éprouvait, mais sans poser de question.
            Dans ce cas-là, quel est le rôle du « philosophe consulté » (celui/celle qui conduit l’entretien) ?

            > Normalement, il s’agit d’aider à la recherche d’une question » et/ou de partir des termes/notions/concepts du consultant, s’il ne pose pas de question, de sorte à lui faire préciser ce qu’il entend.

            Mais, le consultant ne semblait se poser aucune question par rapport à ce dont il témoignait (car les choses lui semblaient claires à ses propres yeux), bien qu’elles fussent « difficiles » (disons : raisonnablement pénibles) » à vivre.
            Pourtant la consultation n’est pas un groupe de parole où l’on vient témoigner de sa vie. Il s’agit bien de soutenir une question ou de la rechercher… Mais peut-être, lorsqu’il s’agit seulement d’un témoignage (qu’il soit désagréable ou pas à soutenir), l’accompagnement philosophique peut consister à soutenir une parole qui se cherche. Ce premier pas précède peut-être la question qui va se poser (?). La mise en mots peut être considérée comme un travail actif du consultant (une volonté mise en acte qui précède des ouvertures à soi, à l’autre).


            De la justice au sentiment de justice.
            En ligne de fond, il y avait un problème de « justice », une justice relationnelle où le lien de « solidarité » ou de fraternité n’était pas « respecté ».

            Or, la justice fait toujours référence à des normes et, ici, il s’agissait d’un sentiment. Le fait est, dans une relation, que chaque protagoniste est mû par des sentiments propres, chacun a les siens, y compris dans une fratrie. Mais dans la consultation (ou l’entretien) l’autre est « absent », nous n’avons accès qu’à la version d’un seul (aussi sincère et honnête que semble son témoignage). Dès lors, il est impossible de « juger » des mobiles de l’autre » (d’ériger son jugement à l’échelle d’un commun, d’une généralité ou encore d’un universel). Seul le sentiment éprouvé de sa propre justice nous est accessible. Or, lorsqu’il s’agit d’un sentiment, on quitte le domaine de la norme « publique » (judiciaire, coutumière, clanique ou familiale) pour éventuellement entrer dans celle plus spécifique d’une esthétique singulière (ce qui s’éprouve). Ce qui s’éprouve peut alors prendre plusieurs formes :

            L’échange s’est par la suite orienté non pas vers la recherche d’une question, mais vers la précision de ce qui se passait dans une situation relationnelle. Ici, deux choses étaient à distinguer : ce qui est rapporté (objectivé) de la relation et ce qui est rapporté du vécu (subjectivé) de la relation.

            Il ne s’agit pas de savoir ce qui est juste en soi, mais d’entendre la raison de ce qui se vit.
            Or, dans ce cas, la raison se traduit par un éprouvé. Il s’agit d’entendre la raison d’un « éprouvé », et en quoi il (l’éprouvé ou la raison qu’on lui trouve) fait problème.
            Le problème peut se traduire de plusieurs manières : 

            Pour conclure

            Le soutien, fondamentalement et tel que je le conçois en consultation philosophique, se traduit par un accompagnement aux questions que se pose le « consultant ». Mais il peut s’agir également de soutenir un dire, la mise en mots d’une expérience, d’un vécu.
            Je pars également du principe que l’accompagnement vise l’autonomie et/ou l’émancipation du consultant. C’est une hypothèse de travail, je ne présuppose pas que cette autonome soit une réalité actée. Non, il y a des vulnérabilités structurelles et/ou inconnues de soi (du consultant comme du consulté).
            Je pars d’un autre principe, cette recherche dans l’accompagnement se construit à la fois intérieurement (le long d’un dialogue avec soi) et dans un rapport à l’expérience de sa propre humanité, ce que l’on peut soutenir de soi. Il n’est pas inconcevable, de mon point de vue, que le sentiment de sa propre « humanité » soit « insoutenable », autrement dit, qu’on ne veuille ou qu’on ne puisse le faire advenir à sa conscience en raison, notamment, des expériences que l’on a vécues.
            Je ne rejette pas non plus l’idée que l’on ignore par avance les chemins de ce qu’il est possible de faire advenir.

             

            D’un point de vue philosophique, humain et épistémologique, certaines questions restent ouvertes et, de fait, les formes d’accompagnement à la connaissance de soi, également.

            Fin du compte rendu.

            Merci pour votre attention.

            Soyez libre de rédiger une réaction, votre point de vue, et si vous avez participé à cette séance, ce que vous en avez retenu.

            René
            Maître des clés

              Bonjour,

              Pour ce second compte rendu, nous nous sommes retrouvés à deux. Voici un bref compte rendu sur certains aspects de notre échange :

              Questions de départ du consultant :
              – Pourquoi est-ce que j’ai du mal à trouver ma place ? (position active où l’on cherche sa place)
              – Pourquoi ai-je l’impression de ne pas être à ma place ? (constat, voire positionnement passif du sentiment de ne pas être à sa place).
              > Le positionnement actif peut signifier le malaise ou une volonté d’agir, le positionnement passif peut signifier une résignation.  Il est possible que le consultant alterne entre les deux positionnements.

              Comment se structure une telle question (un premier niveau d’analyse structurelle) :
              – Est-ce soi ou la perception de soi (les jugements que je porte sur moi), les jugements que je porte sur les autres ou est-ce le passé qui perturbe l’ensemble, mon rapport à moi et mon rapport à autrui ?

              Autre niveau de questions :
              – Je ne sais interagir avec autrui, car je le « perçois » mal (je ne me sens pas en relation à lui) ?
              Ou encore, je ne parviens pas à me faire comprendre d’autrui.

              Autre question : je suis animé d’une volonté (d’une exigence ?) de qualité relationnelle telle que je n’en vois pas l’écho chez l’autre.

              Trois niveaux sur lesquels se porte la question :

              En fait, l’interaction entre ces trois pôles est plus ou moins forte selon le travail déjà réalisé par la personne avec elle-même.

              Il se trouve que nous nous connaissons avec le consultant, et que ce dernier assume une réflexion forte et autonome avec lui-même et avec son passé.
              Dans ce cas-là, comment se présente une consultation dite « philosophique » et dans un but de connaissance de soi ?

              La question peut laisser affleurer des « enjeux » qui engagent et/ou dépassent les personnes (le consulté comme le consultant). Pour le dire autrement : l’espace est ouvert, non spécifiquement déterminant. Dès lors, le niveau des enjeux se déplace. Il relève de l’intime et/ou de la confiance permise et/ou encore du rapport à la lucidité possible (par le consultant comme par le consulté).
              => la condition d’égalité du consultant et du consulté a ceci de spécifique, qu’elle brise l’asymétrie formelle que l’on retrouve dans les configurations classiques (thérapeutique, coaching, consultation opposant un sachant et ignorant). Les deux personnes, le consultant, comme le consulté se rapportent à leur propre conscience, et à la possibilité de s’extraire d’eux-mêmes, d’aller plus loin que là où ils sont.

              Lorsque deux personnes sont conscientes de leurs schèmes profonds, il s’agit d’entrer en discussion avec la possibilité de mettre en mouvement les schèmes du profond. Dans ce cas, deux grands mouvements peuvent se définir, voire alterner.

              La ou les questions philosophiques interviennent à ce niveau. Avant, nous sommes dans des questions qui touchent à la psychologie sociale.
              De quelle manière m’est-il possible d’accepter d’être troublé par ce que je porte en moi ?
              Quel « enseignement » puis-je en tirer de ce que je vis
              ?

              Dans la suite de l’échange, un triptyque intéressant a été développé, je le résume très brièvement : conflit de loyauté et trahisons dans la famille, transfuge de classe et logique sacrificielle.

              Dans une famille qui ne résout pas ses conflits, et derrière les colères (derrière les tristesses et, parfois, les ressentiments) s’amorce (très souvent) une pensée « sacrificielle ».
              Le sacrifice peut être compris comme un renoncement, un calvaire, voire un suicide (effectif ou symbolique)… mais il peut être « grandi » également, selon qu’il ouvre vers de l’universel (symbolique, religieux, politique…)
              Toute la question étant de savoir comme le sujet éprouve et conscientise son « expérience » (le sentiment de ce qu’il vit).

              Fin du compte rendu.
              Je suis allé assez rapidement pour ce compte rendu. Il y a une étape intermédiaire que j’ai omise : celle de la charge émotionnelle que le consultant porte en lui. Que doit-il en faire ? Que peut-il en faire ?
              La qualité « sacrificielle » (les prises de conscience et les transformations intérieures qu’elle peut entrainer) est possiblement relative à ce qui se travaille dans le partage avec autrui et avec les émotions éprouvées.

              Comme d’habitude, je n’ai pas de réponse toute faite à cette question (ni à aucune d’ailleurs). Peut-être que ce rapport aux émotions sourdes et profondes sera-t-il abordé une autre fois.

              Merci pour votre attention.
              René Guichardan, café philo de Grenoble.
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              René
              Maître des clés

                le texte de Pascal ne va pas jusqu’à affirmer que « le moi est rien ». La disparition des qualités chez l’aimé sans que la personne disparaisse lui fait poser la question : « Où est donc ce moi ? ». Pascal met en doute l’identification du moi à des qualités, mais il ne conclut pas explicitement que le moi est « rien ». La conclusion proposée dans le débat me paraît donc plus radicale que le texte lui-même.

                Merci Pascal pour cette remarque. Je suis d’accord avec toi.
                Le « moi » est subjectivement, c’est-à-dire psychologiquement « rien », mais non pas sur le plan ontologique

                Ensuite, même si l’on admet l’idée que le moi n’est pas une substance stable, il ne me semble pas évident que cela mène directement au déterminisme. On peut très bien soutenir que le moi n’est pas une substance fixe tout en maintenant une forme de liberté. En tous cas, le lien logique entre « non-substantialité du moi » et « déterminisme » me paraît loin d’être automatique, ce qui explique probablement pourquoi j’ai eu du mal à suivre ce glissement pendant la discussion.

                Oui, là nous entrons dans la question « ontologique » proprement dite, mais aussi sur un mode « analytique ». Le « moi », à l’heure des savoirs d’aujourd’hui, n’est pas une substance, et nous ne pouvons non plus le réduire à une théorie psychologique ou encore à des processus neurologiques ou neuropsychologiques.
                Alors comment expliquer la « liberté » dans ces conditions ? Va-t-elle dépendre de la définition que l’on se propose du moi ? Quelle serait ta réponse ?

                C’est aussi ce qui m’a donné l’impression que nous sortions en partie du sujet initial. Le texte de Pascal ouvre surtout, me semble-t-il, des questions autour de l’identité personnelle, de ce qui fait qu’une personne est une personne, ou encore de la manière dont nous aimons les autres (leurs qualités plutôt que leur « moi »).

                En fait, ces questions risquent de dépasser mes compétences en ce sens que Pascal (je crois) s’intéresse surtout au rapport entre la science et Dieu, tout le reste est désuet (dont le moi)… y compris les guerres que font les rois sont des distractions… Nous ne sommes ainsi pas loin, subjectivement (psychologiquement) parlant, d’un rapport au rien, à une sorte de nihilisme psychologique. Ce serait mon « impression ».

                La question de la liberté peut bien sûr apparaître ensuite, mais elle n’est pas directement au cœur de l’extrait. Cela dit, je comprends bien qu’il s’agissait d’un café philo et non d’une conférence ou d’un commentaire de texte universitaire. Il est donc normal que la discussion se déplace, explore d’autres pistes et suive aussi les préoccupations des participants. En tout cas, merci de faire exister ce lieu d’échanges. Dans une société qui tend souvent à se fracturer plutôt qu’à s’écouter, ces espaces de discussion sont très précieux.

                Merci à toi Pascal pour tes commentaires et pour ta participation à ce café philo… Nous avons effectivement à trouver un équilibre entre des interprétations personnelles, ce que dit effectivement l’auteur (approche académique), et la manière dont nous apprenons à faire philosophie dans un milieu ouvert et entre nous, où nous nous questionnons librement, tout en nous évertuant à rendre compte de notre pensée. 🙏

                Clarisse n’a probablement pas le temps de répondre… mais je me souviens qu’elle avait fait un rapport entre une « volonté » qui peut être infinie, mais une liberté qui ne peut être que « contrainte ». De la résulte un conflit entre ce que l’on veut et ce que l’on peut. Mais peut-être reprendrons-nous l’échange une prochaine fois. Merci Clarisse et merci à tous pour votre attention et pour vos contributions.

                René
                Maître des clés

                  Bonjour à tous,

                  Voici un compte rendu (une ou deux problématiques retenues) de notre échange par rapport à la citation d’Hannah Arendth. Je propose une capture d’écran de la citation suivie d’une brève explication. J’y reviens plus bas dans le compte rendu, puis j’enchaine avec une analyse de la dynamique du débat.

                  Les actes et les paroles, qui ne survivent pas à celui qui les accomplit, en disent l’authenticité (ou la parole vraie – la parrhèsia au sens de M. Foucault). Toute naissance est un inédit donné au monde, il en est de même que notre parole mise en acte : elle nous change et change le monde (à une échelle relative à soi). De fait, l’avenir est ouvert. En cela, il est libre, en cela notre parole et nos actes peuvent être comme de « nouvelles » naissances au monde.

                  Nous étions environs 25 participants durant cette rencontre et, comme souvent, le sujet prend de nombreuses directions (c’est aussi de ma faute – ou grâce à moi 😉✌️), mais pas seulement : la diversité de nos sensibilités, de nos formations et de nos manières de comprendre sont telles, qu’il est difficile de prédéfinir un objectif unique à propos d’une problématique partagée. Mais j’essaierai d’y être plus attentif une prochaine fois. Dans tous les cas, il importe de faire l’expérience d’un commun qui se cherche (y compris dans notre modeste café philo) dans ce monde qui se disperse (qui s’atomise et/ou chacun tend à se replier dans un quant-à-soi). Très souvent, nous sommes en mode « exploratoire » dans ce café philo.

                  Durant notre échange, nous avons abordé les questions ci-dessus, mais sans nous y arrêter longuement et précisément. Chacune de ces questions nécessiterait plus d’une séance de développement.
                  Concernant la gestion du débat, j’hésite (ou j’évite ?) à faire des choix car j’essaie de « sentir » (d’intuitionner pourrait dire un Kant) la problématique qui serait la plus porteuse de sens pour l’ensemble du groupe. Mais je n’y parviens que rarement.
                  La prochaine fois, peut-être vaut-il la peine que nous nous efforcions de formuler une problématique à un quart de temps du débat, que nous la cherchions ensemble. Qu’en pensez-vous ? Essayons et explorons des approches pour faire évoluer les manières de débattre dans ce groupe.

                  Je reviens à notre débat. A la suite de cette exploration, nous avons été conduits à nous demander si nous étions en mesure de vivre ensemble (de former du commun) dans un monde hyper-individualisé ?

                  Ma liberté s’arrête-t-elle où commence celle de l’autre (formule restrictive, passive, plutôt en soumission au système) ? Ou (formule active, ouverte) : ma liberté n’augmente-t-elle qu’à condition d’être à l’écoute d’autrui, de sorte que sa liberté grandisse en même temps que la mienne ?
                  Dans l’affirmative, et dans ce cas, l’indifférence à l’autre n’est plus une option, il y a un commun à toujours rechercher, un intérêt général supérieur qui en exprime la vitalité, le renouveau. Ce principe supérieur invite à dépasser les intérêts particuliers. Autrui n’est pas désuet, il n’est pas à sacrifier sur l’autel des sciences, du consumérisme et/ou de toute situation d’abus de pouvoir.

                  À propos de commun, d’espace public et de politique.
                  Sophie a mentionné une référence à propos de liste citoyenne participative, la voici :
                  Grenoble Alpes Collectif, leur local se trouve au 20 av Felix Viallet.  J’avais un jour poussé la porte de ce café et discuté de leurs actions, très bon accueil 😊
                  Quant à moi, je pensais à cette référence :
                  Annick Stevens (philosophe à l’UP de Marseille), et à ce 4ᵉ épisode de Réinventer la démocratie directe. Elle y relate un cas de démocratie directe qui se déroule dans la Meuse, en ce moment même. C’est vraiment sympa, et il y a beaucoup à apprendre d’une telle situation. Cliquer ici.

                  Il vaut la peine également d’écouter Chloé Santoro (Collège de France) qui promeut également la démocratie directe, tout en faisant le lien avec l’Antiquité. Athènes : la démocratie comme institution de l’intelligence collective. Cliquer ici)

                  Une analyse intéressante des dérives des démocraties (cliquer ici): Le pouvoir illégal des élites, par Thierry Brugvin
                  Au cas où, j‘ai effectué une prise de notes ici, de l’essentiel de sa conférence. 

                  Un peu d’économie ? 
                  Il en a été question également, voici une référence intéressante : David Cayla (université de Nantes) – Qu’est-ce que le néolibéralisme ?

                  Merci pour votre attention. Désolé pour toutes les idées que je ne mentionne pas, mais je vous en prie, postez vous-mêmes vos interventions, questions, réflexions à la suite de ce compte rendu et/ou de votre participation au débat.

                  ————————————-
                  René Guichardan, café philo d’Annemasse.
                  Des cafés philo à Grenoble. Cliquer ici pour accéder aux forums (et aux comptes rendus).
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                  René
                  Maître des clés

                    Bonjour,

                    Pour ce second café philo orienté vers la connaissance de soi. Nous pouvons partir directement d’une question qu’un participant se pose.
                    A défaut de question, partons directement des deux questions qui terminaient le dernier compte rendu.

                    A la différence du café philo « classique », on tente durant l’échange, de rendre compte de manière spécifique aux présupposés qui conditionnent nos réponses.
                    Le dialogue peut prendre, ponctuellement, la forme d’une consultation où il s’agit de soutenir le questionnement d’un-e participant-e en vue de remonter à : des croyances, des principes, des convictions, une éthique, etc… En bref, à examiner des conditions de possibilité de ce qui fonde notre pensée du moment et/ou à la valeur d’une éthique qui la soutiendrait.

                    Finalité : oser penser par soi-même (Kant), s’émanciper, s’assumer en conscience et en liberté dans notre rapport à soi et à autrui. Viser une lucidité sans nier la sensibilité, faire apprentissage d’authenticité.

                    Ce qui n’est pas recherché : forcer la sensibilité d’autrui, sa pensée et/ou lui imposer une vision spécifique. Ne pas lui reconnaître le chemin spécifique de son autonomie, la liberté singulière d’accéder à lui-même.

                    Les informations de ce groupe passe par le groupe Signal (cliquer ici) pour celles/ceux qui souhaitent nous rejoindre.
                    La réservation à ses séances est appréciée, le nombre de participants est limité.
                    Merci de m’envoyer un message privé via le groupe Signal ou WhatsApp. 

                    Comme tout groupe de parole, il y a des impératifs (qu’on pourrait dire « catégoriques ») :
                    – respecter la sensibilité et la parole d’autrui.
                    – ne pas rapporter à l’extérieur du groupe ce qui s’y est dit.
                    – savoir suspendre son jugement.
                    – considérer autrui comme autonome (en puissance et potentiellement en acte) dans son être et sa pensée.

                    Chaque séance comprend un temps d’échange, puis un temps de retour-critique sur la manière dont elle s’est déroulée.

                    Par rapport à la philosopohie, nous pouvons l’entendre telle qu’elle se présente dans le schéma ci-dessous.

                    Quand et où ?
                    Généralement, le second dimanche du mois, vers 18h30 au café Chimère, 12, rue Voltaire. Grenoble.

                    Au cas où : en fin de café philo le mardi, après 20h30, un moment questions-réponses peut être réservé à cette activité.

                    A bientôt si vous souhaitez nous rejoindre.

                    ————————————-
                    René Guichardan, café philo d’Annemasse.
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                    > NOUVEAU : Le groupe Signal pour une philosophie pratique de la connaissance de soi. Cliquer ici.
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                    René
                    Maître des clés

                      D’autres questions me sont venus suite à cette rencontre.
                      Ces questions portent sur les registres de l’intime et du public (ce que l’on présente au public) et du souterrain : ce que l’on garde pour soi et/ou/ mais que l’on peut confier à un proche, à un thérapeute, à des intimes.
                      Jusqu’où sommes-nous transparents à nous-mêmes ? Jusqu’où peut-on s’autoriser à l’être ?

                      René Guichardan, café philo de Grenoble.
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                      René
                      Maître des clés

                        Compte rendu de la séance 1

                        Thématiques abordées : justice, sentiment de justice.
                        Soutenir une question et/ou accompagner vers un dire. 

                        Nous étions trois participants pour ce premier échange. Ce format en petit comité a permis une intimité et une sincérité qui auraient été certainement moins évidente dans un groupe plus élargi.

                        Nous nous sommes prêtés librement à un exercice de consultation entre nous… Je resterai discret sur le contenu des échanges en eux-mêmes, car nous nous sommes naturellement accordé une confiance réciproque, ce qui nous a autorisé à aller assez loin dans l’échange. Toutefois, voici quelques éléments qui ont retenu mon attention.

                        Nous ne sommes pas partis d’une question du « consultant ».
                        L’un d’entre nous a invité un participant à une « consultation ». Ce dernier (donc, le consultant) est parti d’une situation qu’il éprouvait, mais sans poser de question.
                        Dans ce cas-là, quel est le rôle du « philosophe consulté » (celui/celle qui conduit l’entretien) ?

                        > Normalement, il s’agit d’aider à la recherche d’une question » et/ou de partir des termes/notions/concepts du consultant, s’il ne pose pas de question, de sorte à lui faire préciser ce qu’il entend.

                        Mais, le consultant ne semblait se poser aucune question par rapport à ce dont il témoignait (car les choses lui semblaient claires à ses propres yeux), bien qu’elles fussent « difficiles » (disons : raisonnablement pénibles) » à vivre.
                        Pourtant la consultation n’est pas un groupe de parole où l’on vient témoigner de sa vie. Il s’agit bien de soutenir une question ou de la rechercher… Mais peut-être, lorsqu’il s’agit seulement d’un témoignage (qu’il soit désagréable ou pas à soutenir), l’accompagnement philosophique peut consister à soutenir une parole qui se cherche. Ce premier pas précède peut-être la question qui va se poser (?). La mise en mots peut être considérée comme un travail actif du consultant (une volonté mise en acte qui précède des ouvertures à soi, à l’autre).


                        De la justice au sentiment de justice.
                        En ligne de fond, il y avait un problème de « justice », une justice relationnelle où le lien de « solidarité » ou de fraternité n’était pas « respecté ».

                        Or, la justice fait toujours référence à des normes et, ici, il s’agissait d’un sentiment. Le fait est, dans une relation, que chaque protagoniste est mû par des sentiments propres, chacun a les siens, y compris dans une fratrie. Mais dans la consultation (ou l’entretien) l’autre est « absent », nous n’avons accès qu’à la version d’un seul (aussi sincère et honnête que semble son témoignage). Dès lors, il est impossible de « juger » des mobiles de l’autre » (d’ériger son jugement à l’échelle d’un commun, d’une généralité ou encore d’un universel). Seul le sentiment éprouvé de sa propre justice nous est accessible. Or, lorsqu’il s’agit d’un sentiment, on quitte le domaine de la norme « publique » (judiciaire, coutumière, clanique ou familiale) pour éventuellement entrer dans celle plus spécifique d’une esthétique singulière (ce qui s’éprouve). Ce qui s’éprouve peut alors prendre plusieurs formes :

                        L’échange s’est par la suite orienté non pas vers la recherche d’une question, mais vers la précision de ce qui se passait dans une situation relationnelle. Ici, deux choses étaient à distinguer : ce qui est rapporté (objectivé) de la relation et ce qui est rapporté du vécu (subjectivé) de la relation.

                        Il ne s’agit pas de savoir ce qui est juste en soi, mais d’entendre la raison de ce qui se vit.
                        Or, dans ce cas, la raison se traduit par un éprouvé. Il s’agit d’entendre la raison d’un « éprouvé », et en quoi il (l’éprouvé ou la raison qu’on lui trouve) fait problème.
                        Le problème peut se traduire de plusieurs manières : 

                        Pour conclure

                        Le soutien, fondamentalement et tel que je le conçois en consultation philosophique, se traduit par un accompagnement aux questions que se pose le « consultant ». Mais il peut s’agir également de soutenir un dire, la mise en mots d’une expérience, d’un vécu.
                        Je pars également du principe que l’accompagnement vise l’autonomie et/ou l’émancipation du consultant. C’est une hypothèse de travail, je ne présuppose pas que cette autonome soit une réalité actée. Non, il y a des vulnérabilités structurelles et/ou inconnues de soi (du consultant comme du consulté).
                        Je pars d’un autre principe, cette recherche dans l’accompagnement se construit à la fois intérieurement (le long d’un dialogue avec soi) et dans un rapport à l’expérience de sa propre humanité, ce que l’on peut soutenir de soi. Il n’est pas inconcevable, de mon point de vue, que le sentiment de sa propre « humanité » soit « insoutenable », autrement dit, qu’on ne veuille ou qu’on ne puisse le faire advenir à sa conscience en raison, notamment, des expériences que l’on a vécues.
                        Je ne rejette pas non plus l’idée que l’on ignore par avance les chemins de ce qu’il est possible de faire advenir.

                         

                        D’un point de vue philosophique, humain et épistémologique, certaines questions restent ouvertes et, de fait, les formes d’accompagnement à la connaissance de soi, également.

                        Fin du compte rendu.

                        Merci pour votre attention.

                        Soyez libre de rédiger une réaction, votre point de vue, et si vous avez participé à cette séance, ce que vous en avez retenu.

                        René
                        Maître des clés

                          Une réaction de Pascal Fautrat

                          Merci ++ pour cette session et le compte rendu !
                          Je comprends le glissement de la question du moi (à partir du texte de Pascal) à celle du déterminisme et de la liberté, ces concepts sont liés mais je me demande si nous ne sommes pas sortis du sujet…?
                          Clarisse semblait trouver inévitable que nous en arrivions là, comme si l’un était dans l’autre. Je n’ai pas compris cette évidence et la lecture du compte rendu de m’a pas permis d’y voir plus clair…

                          Ma réponse (en attendant)

                          Oui, merci. C’est une excellente question.

                          Deux éléments d’une réponse générale :
                          1° Je privilégie les causes du questionnement de l’introducteur (ici, Clarisse)
                          2° Et moins les connaissances de l’auteur, ici, Pascal.

                          > De fait, le questionnement de Clarisse s’inscrit à la fois dans une quête et dans une rencontre. Il faut donc que la rencontre se fasse précisément par les pensées, les arguments que nous (les participants) opposons à la question de la « substance » et/ou des propriétés du « MOI ».

                          Quant aux connaissances liées à la philosophie de l’auteur, Dans un café philo, on rencontre rarement des spécialistes de chaque penseur, et mes connaissances restent très générales et limitées.

                          Donc, l’idée est d’aller aussi loin que possible dans le sujet tel que le présente un-e introducteur-e, tout en composant avec les disponibilités, les aptitudes et les volontés des participants (dont les miennes) à se déterminer à creuser le sujet. La réflexion est collaborative, réflexive… La question de la substance du MOI se pose, mais jusqu’où elle peut être « partagée » et/ou empêchée par un collectif ?

                          J’essaie de reformuler votre question (peut-être Clarisse souhaitera préciser ?) : 
                          Clarisse semblait trouver inévitable que nous en arrivions au fait que ((selon ce que je comprends) le MOI de Pascal, ne renvoyant à rien de substantiel,  nous sommes tenus de le considérer comme « rien ».
                          A partir de là, notre liberté est questionnée, car le « rien » que nous sommes, n’expriment par ailleurs, que des propriétés sociales, biologique, physiques qui, elles sont très déterminées.

                          Or, il a fallu, dans notre débat, clarifier (avec les participants présents) les idées qu’eux-mêmes se faisaient du « MOI ».
                          > Donc, glissement que je prends comme une exploration de la pensée d’autrui pour prendre en compte leur manière de penser le MOI.
                          Reste à savoir quelle question vous vous posez, si je l’ai comprise ? Et s’il est possible de s’entendre sur l’idée d’un « Moi » qui est rien ? Pour cette raison, je souhaite parfois travailler en plus petit groupe, en vue de mieux explorer le cheminement de la pensée d’une personne, et sans aller plus loin qu’elle ne le souhaite elle-même.
                          Cela dit, le forum peut permettre une autre progression de la pensée. A voir.

                          Merci pour votre attention.

                          Au cas où, dans les introductions, il y a toujours des ressources, que j’estime assez bonnes. Ensuite, il faut vraiment aller à l’université ou écouter des cours de niveaux universitaires pour aller plus loin dans les textes :
                          Des ressources, au cas où :
                          – Une analyse du texte de Pascal sur le site dédié. Cliquer ici. 
                          – Une explication du texte sur France Culture. 2015. Cliquer ici. 
                          – Pascal et la proposition chrétienne, par Pierre Manent, au Cercle Aristote. 2023
                          – Les réponses aux questions du Cercle Aristote. 
                          Pascal, vu par l’historien Henri Guillemin (fort intéressant pour connaître l’homme)
                          – Un film sur la vie de Pascal. 1971. Réalisateur Roberto Rossellini.

                           

                          René
                          Maître des clés

                            Compte rendu : qu’est-ce que le moi, selon Pascal ?
                            Introduit par Clarisse.

                            Nous étions entre 25 et 30 personnes pour ce débat. Merci à Clarisse de l’avoir suggéré et présenté.

                            Un mot sur l’ambiance. 
                            Le débat a été très riche, je n’ai pas perçu d’enlisement dans la pensée. Toutefois, vers la fin de l’échange, il y a eu un moment de tension. Certaines pensées étaient considérées comme scandaleuses, comme si elles étaient non écoutables, non admises, voire intolérables, alors, qu’elles exprimaient un point de vue argumenté, celui de la sociologie, laquelle a toute sa place dans un débat philosophique.
                            Il est difficile de savoir jusqu’à quel point un moment de tension participe d’un intérêt pour la pensée ou si elle témoigne en réalité de ses limites. Jusqu’à quel point faut-il soutenir la tension, la contraindre ou aller à son terme et en suivre ses excès ? Faut-il d’emblée apprendre à contenir ses tensions et savoir les dépasser en situation de débat philosophique ? Nous (je, en tant qu’animateur) n’ai pas de réponse toute faite à ce genre de situations. Ce sont des moments à jamais inédits. (J’en parle davantage en fin de ce compte rendu.)

                            Rappel du texte de Pascal mis en débat (l’introduction et les sources sont ici) :

                            Une ou deux idées à retenir de la lecture de Clarisse sur cette pensée :

                            Il n’y a pas d’identité personnelle, on n’a pas d’essence, qui soient personnelles, nous ne sommes rien d’autres qu’un ensemble de qualités périssables.  En suivant cette thèse, le moi n’est que néant, en tout cas, il n’est pas grand-chose. Si vous avez un avis contraire, je serai ravi de vous écouter, car vous allez pouvoir démonter cette thèse (note 1).

                            Ci-dessous, une mise en perspective généralisante par des schémas : d’où prend-on les idées que l’on a du « moi » ? 

                            Question suivante : 

                            Une réponse intermédiaire possible :
                            Une histoire nous inscrit dans le temps, des appartenances, des attachements profonds (lesquels sont biologiques), des affects liés au corps (on somatise ce que l’on est), en bref, ce que l’on est (le réel) dépasse le savoir (la théorie) que l’on a de soi, que ce savoir provienne de notre subjectivité ou de sources extérieures, comme les sciences (autonomie vs hétéronomie dirait Kant).

                            Mais comment aller plus loin, plus finement dans l’analyse de ce qui se joue ?

                            N’en savons-nous pas assez ou posons-nous mal le problème ?

                            « Il y a ce que je sais, et qui est étroit, 
                            il y a ce que je sens, qui est infini. « 
                            Christian Bobin.

                            Le problème le plus aigu qui s’est posé concerne le lien entre déterminisme et liberté. Or, sans liberté, le déterminisme social, psychologique, biologique et physique annule l’éthique, la morale et les valeurs, ne laissant que la nécessité, les besoins vitaux (animaux) et les distractions, diraient Pascal, régner en maître sur nos esprits (et sur la possibilité de nous gouverner). Sur un plan plus strictement philosophique et épistémologique, volonté, affect et savoir sont liés.

                            Désigner les choses, préciser les liens, construire un cheminement autant vers soi que vers l’autre, dans un monde qui nous traverse de part en part.

                            Fin de l’essentiel du compte rendu. 

                            Un mot par rapport à la tension qui s’est exprimée en fin de débat.
                            La tension touchait précisément ce rapport entre déterminations (physique, biologie et sociologie) et la question de la liberté : sommes-nous vraiment maîtres de nos choix, ou simplement façonnés par ce qui nous constitue, notre environnement et notre passé ?
                            Effectivement, se mêlait à notre échange tous les champs de la réalité, et notamment, l’hyper-individualisme de la société consumériste et celui des écrans. Ce cocktail de la modernité contemporaine confine chacun dans un en-soi-pour-soi, le déconnectant ainsi du reste du monde, tout en lui donnant l’illusion du contraire. S’ensuit une perte de sociabilité, une perte du sens de l’autre et, en conséquence, un désintérêt pour tout ce qui nous est commun et qui est susceptible de se rapporter à l’intérêt général.

                            Comme mentionné en début de ce compte rendu, je n’ai pas de réponse prédéfinie à ce type de tension qui survient dans un débat philosophique. De fait, l’idée est de se référer à la « pensée » (à notre conscience, à notre éthique), tout en assumant les émotions qui nous traversent. Se joue ici autant un principe de reconnaissance que celui d’un dépassement (d’un questionnement de nos limites). En effet, il faut savoir se tenir face à un public diversifié, souvent bien formé, tout en sachant distinguer ce qui est sien et ce qui relève d’autrui.  Paraphrasant Spinoza : il ne s’agit ni de rire, ni de pleurer, ni de haïr, mais de comprendre. C’est là toute la difficulté : j’ignore jusqu’où chacun peut se distancier de ses pensées, de ses affects, tout en reconnaissant ceux des autres ? J’ignore le potentiel de transformation/changement de chacun, et j’ignore également jusqu’où peut s’étendre le mien. J’apprends avec vous, et avec tout le monde.

                            La pensée est sensible (Deleuze parle de percepts où la pensée et les affects se mêlent)
                            Ainsi, à quel moment nos affects se traduisent-ils en pensée ? Notre pensée détermine-t-elle nos affects ou est-ce l’inverse : ce sont nos affects qui déterminent notre pensée ? C’est en partie la question que je percevais lors des dernières interventions, s’y associait un problème d’ordre « épistémologique ». 

                            Les dernières problématiques échangées

                            Le démon de Laplace. 
                            Le démon de Laplace a été mentionné, il nous propose cette hypothèse : la position de chaque atome étant connue, tout ce qui arrive peut-être prévu) – voir ici (cairn.info) la formulation exacte et l’analyse du problème)
                            Ou ici, la même question traitée selon différents paradigmes de complexité.  Laquelle vous paraît-elle la plus réaliste, compte tenu de nos savoirs d’aujourd’hui ? 

                            En résumé, Il est impossible de connaître simultanément la position et la vitesse de tous les atomes, car la mécanique quantique obéit à des lois différentes de la physique classique. La théorie de l’émergence montre que de nouvelles propriétés peuvent naître des interactions, produisant des matières ou phénomènes inattendus. De plus, la complexité du vivant empêche les jumeaux homozygotes d’avoir un système immunitaire ou des connexions neuronales identiques ; chaque individu reste unique, influencé par son espace, son temps et ses perceptions. Ainsi, le vivant ne se reproduit jamais strictement à l’identique (voir Georges Canguilhem – Le normal et le pathologique).

                            La question de Lavoisier (rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme) met en évidence la notion universelle de transformation. Ce principe suggère que la raison ne permet pas d’établir l’existence d’une essence transcendante du « moi », problématique initialement soulevée par Clarisse et Pascal. Toutefois, réduire la réflexion à une approche strictement physico-chimique des corps comporte ses limites, car il subsiste une méconnaissance quant au potentiel de transformation des éléments et du vivant consécutivement à leurs interactions. De surcroît, la stabilité des choses, les conditions ainsi que les étapes propres à toute transformation demeurent incertaines.
                            À l’issue de cette analyse, il est légitime de s’interroger sur l’étendue réelle de notre liberté : en avons-nous trop ou pas assez ? Mais, peut-être, ce qui nous fait défaut, c’est davantage de méthode pour réfléchir collectivement à des sujets philosophiques ? Cela me permet de faire le lien avec le café philo dédié à la connaissance de soi.

                            Du café philo de la connaissance de soi.
                            Il s’agit de se donner la possibilité d’aller plus loin dans l’exploration de certaines questions. L’idée est d’approfondir une thèse soutenue par l’un ou l’autre des participants, et de la travailler de manière serrée en petit comité.
                            Cette pratique du dialogue (et/ou de la consultation philosophique) peut se justifier pour renforcer notre attention-concentration tout en les associant aux compétences de quelques-uns parmi nous.  Nous partons du constat que certaines de convictions sont « identifiées » à des résistances (ou à des impensés) et qu’il nous faut parfois tester la valeur épistémologique et/ou herméneutique de nos pensées pour en éclairer des aspects passés sous silence.  Si vous souhaitez essayer, vous trouverez des informations dans ce forum, ici.  Chacun peut venir et se rendre compte par lui/elle-même de cet échange, mais il faut obligatoirement s’inscrire à ces rencontres (doodle ici).  

                            Note 1, par rapport à l’introduction de Clarisse. Merci à Clarisse pour ce premier débat : Il est très intéressant d’être attaché à une thèse, tout en se réjouissant d’en voir la possibilité de la questionner. C’est ainsi que l’on peut prendre du recul par rapport à sa manière de se penser, d’écouter et de comprendre le positionnement d’une diversité de participants. Faisons également le lien avec une manière de penser la philosophie.

                            Si vous avez lu et/ou participé à cet échange, n’hésitez pas à en rapporter ce que vous y avez retenu ou à rédiger votre propre intervention. Merci pour votre attention.

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                            René Guichardan, café philo d’Annemasse.
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                            René
                            Maître des clés

                              Ci-dessous, un argument d’Aristote en faveur de la démocratie. 

                              « Actuellement, en effet, ce sont les citoyens réunis qui rendent la justice, délibèrent, décident, et ces décisions portent toutes sur des cas particuliers. Certes, pris individuellement, les différents citoyens sont sans doute pires comparés à l’homme le meilleur, mais la cité est composée de beaucoup de ces gens, et comme un festin auquel on participe collectivement est meilleur que celui qui ne concerne qu’une seule et même personne, pour cette même raison aussi une masse nombreuse décide mieux que n’importe quel individu. De plus, la multitude est plus difficile à corrompre : comme une plus grande quantité d’eau, la masse est plus difficile à corrompre que des gens peu nombreux. Or, quand un individu est dominé par la colère ou quelque autre passion de ce genre, il est nécessaire que son jugement soit altéré, alors que, dans l’autre cas, c’est toute une affaire pour que tous se mettent en colère et se trompent en même temps. »
                              Aristote. Politiques, III, 15.

                              En résumé, deux arguments essentiels : une masse, plus nombreuse, décide mieux, qu’un individu ou qu’une oligarchie (dont le savoir, l’expérience et l’aptitude à se rendre compte de la diversité sont nécessaires plus limités que la masse prise dans son ensemble, et à qui on prend les avis.
                              Une masse est plus difficile à corrompre qu’un individu et/ou qu’une oligarchie.

                              Un argument d’un autre genre contre la valorisation excessive de la raison efficace et toute puissante :
                              Voici un très court extrait d’une conférence intitulée : Du bon usage de l’impasse dans la pensée, de Patrice Loraux, un philosophe peu connu :

                              4- Un rat très malin sort trop vite du labyrinthe ; un rat qui l’est moins se heurte partout, mais dessine ainsi le dédale. Sorte d’apologue chinois.

                              5- Ni trop génial ni trop borné, un philosophe comme Aristote se heurte aux difficultés, mais ainsi, il les indique, persévère et poursuit pensivement sans se perdre dans aucune aporie abyssale.

                              6- Modifions la fiction en supprimant l’observateur (vérificateur, psychologue cognitiviste mesurant les performances…) : la pensée exige de n’être pas placée sous surveillance.

                              7- On le comprendra mieux plus tard : c’est un labyrinthe dont il n’y a pas à sortir à la différence de la Caverne de Platon.

                              Voici le lien où l’on peut retrouver cette prise de notes : https://lycee-henri4.com/wp-content/uploads/2020/11/Conference8.pdf

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                              René Guichardan, café philo d’Annemasse.
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                              René
                              Maître des clés

                                Un compte rendu à partir de la citation de Robespierre

                                Nous étions environ 25 personnes pour cette rencontre.

                                La citation de Robespierre , ci-dessous :
                                « La plus extravagante idée qui puisse naître dans la tête d’un politique est de croire qu’il suffit à un peuple d’entrer à main armée chez un peuple étranger pour lui faire adopter ses lois et sa constitution. Personne n’aime les missionnaires armés. »

                                Et les questions qu’elle a suggérées (accompagnées d’une analyse et de reformulation) :

                                De la proximité des questions :
                                – les 3 premières évoquent un type de rapport de force (de persuasion dans nos rapports à autrui).

                                – Les 3 suivantes interrogent l’horizon des valeurs : à l’aune de quoi le rapport de force (morale, croyance, valeur) s’établit-il ? La tension semble résulter de la possibilité (ou de l’impossibilité) de partager un monde commun, notamment en raison de la diversité des mobiles, valeurs, cultures, intérêts qui animent chacun, les peuples et les nations.

                                Les deux dernières questions sont (à mon sens, et dans ce premier temps) en rupture avec les précédentes. La question de la constitution pose celle des moyens de se gouverner, de faire État pour un peuple/une nation.

                                La dernière fait appel sur un mode ironique à notre subjectivité, elle souligne certainement le manque de rationalité et d’éthique de ceux qui nous gouvernent.

                                Quant aux deux questions du rapport « violence et liberté », elles supposent le dépassement de la question : en effet, si la violence conduit à se libérer, celui qui en subit le jouc, voudra à son tour se venger et/ou retrouver sa liberté perdue. Et, inversement, si ma liberté se gagne au détriment d’autrui, il ne tardera pas à vouloir la renverser.

                                En gros, ça peut se représenter dans le schéma ci-dessous :

                                Spoiler alerte. En fin de débat, il m’a semblé que la discussion pouvait se rapporter à la citation de Pascal (cliquer ici) que Philippe connaissait par cœur :

                                Bien entendu, je ne partage pas toute la philosophie de Pascal, notamment son volet moral qui laisse supposer, bien qu’il ait raison dans les faits, que c’est la justice du fort qui s’impose, et non celle du plus juste (ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste).
                                Mais, en philo, il ne s’agit pas de donner raison aux faits, de prendre pour acquit qu’ils s’imposent d’eux-mêmes, comme s’ils n’étaient pas le produit d’une manière de voir, comme s’ils ne résultaient pas d’une volonté, de désirs ou encore, d’intérêts qui animent des groupes contre d’autres groupes, des classes sociales contre d’autres classes sociales, des gouvernants contre des gouvernés, des nations contre d’autres, etc.  Les faits sociaux sont construits.

                                Par rapport à la citation de Pascal
                                De cette citation, je retiens cette tension qui, dans les groupes humains, structure les rapports entre justice et pouvoir. Ce sont des constantes historiques et anthropologiques. En effet, il n’existe aucun groupe social, tribu, cité-État, empire ou nation qui n’ait dû, pour se gouverner et se maintenir dans l’histoire, contenir cette tension entre pouvoir (qu’il soit militaire, politique et/ou économique) et justice (qu’elle soit divine, sociale, redistributive) afin précisément de « se stabiliser », afin de ne pas s’auto-détruire totalement. Mais notre débat n’a pu ou su se focaliser sur une tension spécifique afin de la creuser plus à fond (et c’est normal dans un groupe assez diversifié). Cela dit, j’ai retenu un ou deux points sur le fond et sur la forme de notre échange.

                                Un point aveugle à l’égard de ce que l’on est, et éventuellement à la violence que l’on porte en soi.
                                En situation de conflit et/ou de violence, lorsqu’on s’y trouve pris et/ou lorsqu’on agresse l’autre, en sommes-nous conscients ? Si oui, peut-on alors cesser l’agression et résoudre ensemble le problème ? La question a été posée.
                                C’est probablement ce qui convient de faire (être conscient des effets de soi sur l’autre, revenir à la raison, se comprendre, faire appel à des médiateurs, à plus de justice, à plus d’éthique pour ne pas se perdre davantage dans la passion et l’aliénation du moment, etc), mais ce n’est pas ce qui se fait à l’échelle du monde aujourd’hui, ni ce qui se fait toujours à l’échelle de soi et de nos interactions interpersonnelles.

                                Tant de savoirs.
                                Sont évoqués une diversité de théories et d’auteurs, notamment en sciences sociales (je poste des références en bas de page) :  Stanley Milgram (et l’autorité scientifique), le désir mimétique (René Girard), l’expérience de Stanfort (prisonnier et gardien), de Nash (conformisme),  Michel Terestchenko (philosophe), Eichmann (et la banalité du mal d’Arendt) Yan Patocka (philosophe tchèque), Nicolas Grimaldi (philosophe), mais aussi des théories de la guerre, de la géopolitique. Des choses, des références que, pour la plupart d’entre nous, avons seulement ouï-dire, que nous imaginons ou connaissons à différents degrés. Rousseau a été mentionné en raison de la réticence pour un homme non encore corrompu par la société (et les groupes d’intérêts que toute société constitue), à faire souffrir autrui. En effet, on souffre naturellement de voir souffrir l’autre. Une empathie nous rattache à l’être humain, à tout être humain si on ne porte pas en soi de contentieux. A l’époque, Rousseau parle de « pitié » (voir ici) et souligne la différence entre l’amour de soi (estime de soi) et l’amour-propre (celui qui envie l’autre, se compare à lui et reste autocentré, préoccupé par son seul moi).

                                Entre soi, l’autre et le monde.
                                Dans ce second temps, l’ordre du problème qui se construit est d’une part, celui du rapport à la liberté en soi (sphère du privé, de l’individu, des interactions personnelles) et celui d’autre part, du rapport au groupe et au collectif par lequel on se gouverne.
                                Les rapports à soi, à autrui et au collectif, lors de notre échange, n’ont pas été beaucoup différenciés. Or, ils ne se vivent pas sur les mêmes plans, avec les mêmes référents, avec les mêmes valeurs, ni en raison des mêmes buts. On ne s’y trouve pas impliqué de la manière. Chacun de nous, de normalement constitué, fait la différence entre soi, l’autre et le collectif. Cela a été malgré tout souligné lors notre échange, mais peu exploité.

                                Ensuite, le lien a été fait avec la taille du groupe (de la commune, au département, à la nation) et le besoin de se référer à une décision qui doit être prise, autrement dit à une autorité. Une autorité ou à quelque chose qui fasse autorité (une valeur, un comité éthique, un groupe de citoyens, une convention, une association, etc.). En effet, un ordre de priorité des décisions à prendre doit être défini, car la réalité n’attend pas. La question qui se pose est celle de l’adéquation d’une réponse susceptible de satisfaire, au mieux, tous les plans de notre réalité, avec la difficulté que nous avons de la reconnaître comme étant « commune » à tous. En effet, notre réalité n’est partagée par aucun dans les mêmes conditions. Nous vivons sur une même planète sans en partager la même réalité (psychologique, sociale, économique, environnementale, etc.).

                                Une prise de recul.
                                Je note cet aller-retour entre les exemples, les références et peut-être une « volonté générale » du moment qui ne parvient pas à faire aboutir le débat avec plus de clarté. Toutes sortes de raisons peuvent être invoquées, mais je retiens deux choses : la rupture ou le fossé qui a été souligné entre le niveau d’instruction et la compétence relationnelle (la sensibilité, l’attention à l’autre), il n’y a pas de lien nécessaire entre les connaissances et la sensibilité, entre le niveau d’instruction et ses valeurs morales, entre le niveau technologique d’une civilisation et son éthique. Ces deux niveaux sont-ils antinomiques ou simplement mal articulés ? Autrement dit, développons-nous nécessairement l’un au détriment de l’autre ? Ou cela ne relève-t-il que notre conditionnement ?

                                Second point : le fait que nous soyons tous capables (hors cas pathologique) de faire la différence entre soi et autrui, entre le personnel et le commun, entre l’intérêt privé et l’intérêt général, nous rend aptes à résoudre la / les crises que nous traversons. L’idée serait de savoir le faire avec un minimum de dégât pour soi, pour autrui et pour le monde. Ou, pour le formuler sur un mode positif : avec un maximum de bonheur partagé pour tous.
                                A ce titre, je trouve intéressant d’aller autant vers une connaissance de soi, que celle du monde et de connaître (pour revenir à notre sujet socio-politico-démocratique) l’expérience de démocratie directe qui a lieu en ce moment même dans la Creuse (réf ci-dessous). Elle témoigne du fait que le fatalisme ambiant et les déterminismes politico-sociaux n’ont rien d’une fatalité, en dépit des inerties certaines et du cynisme qui anime ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui.

                                Des références, des ressources
                                – La série des quatre exposés ci-dessous d’Annick Stevens : Réinventer la démocratie  

                                1° La faillite du système. 
                                2° La Révolution, la république représentative vs la démocratie directe. 
                                3° Retour aux sources, la démocratie en Grèce Antique. 
                                4° Démocratie directe, ils l’ont fait. 

                                Deux conférences de Michel Terestchenko
                                – Vulnérabilité, banalité du mal, banalité du bien. 
                                Relativisme et universalité des valeurs : existe-t-il des réalités morales ? 

                                Jan Patočka
                                Philosophe de la dissidence – Répliques. 1998

                                Hannah Arendt
                                –  Une série de 4 épisodes sur « Condition de l’homme moderne » France Culture 2022.

                                Nicolas Grimaldi : 
                                L’effervescence du vide. Libraire Mollat. 2012

                                Deux références à liées à J.-J. Rousseau :
                                Rousseau, par Pacôme Thiellement. La Révolution arrive. 
                                – Rousseau par Martin Rueff, un spécialiste, lors d’un cours au Bénin : Éduquer les filles. 

                                Un peu de géopolitique :
                                Une histoire de la création des Nations (et des apatrides). Guillaume Fleurance.
                                Ukraine, une guerre totale | Gabriel Galice. Economiste et politologue, président de l’Institut International de Recherches sur la Paix à Genève (GIPRI).
                                Dans ce forum, trois théories sur la guerre : la guerre juste, la guerre utilitaire, la guerre selon Clausewitz. 
                                Jacques Baud, pour comprendre la guerre russo-ukrainienne. Le plan de paix en 28 point. 
                                Emmanuell Todd. Elucid Media. 30/01/2026

                                Expérience de psychologie sociale :
                                L’expérience de Milgram, expliqué par David Louapre, de Science Etonnante.  Durée 22mn.
                                Edward Bernays, le neveu de Freud, n’a pas été mentionné, mais il vaut la peine de le connaitre son « influence ».

                                A propos d’économie
                                Adam Smith est considéré comme le père du libéralisme. Mais c’est faux, C’est l’ultra libéralisme qui en détoure la pensée pour se l’approprier. Ecouter ici, Dixit, qui resitue sa pensée. 

                                Pour celles/ceux qui doutent que l’économie et la mondialisation financière soient compatibles avec la démocratie, vous pouvez écouter le cours d’économie de David Cayla (professeur d’économie à l’université de Nantes). Cliquer ici.
                                Vous pouvez écouter aussi l’anthropologue David Graeber, expliqué par Tzitzimitl, Esprit Critique. Cliquer ici.

                                A propos de la citation de Robespierre,
                                La terreur, comme on vous l’a jamais racontée. Par Pacôme Thiellement sur Blast Info.
                                >> Podcast tiré de la série : L’empire n’a jamais pris fin. (Cliquer ici)

                                Soyez les bienvenus-es pour rédiger votre réaction, ce que vous avez retenu, la réflexion que notre échange ou que ce compte rendu vous inspire. Merci de votre attention. Ps : ci-dessous (message suivant), j’ai rajouté deux références, l’une d’Aristote, liée à des arguments en faveur de la démocratie, l’autre provient d’un philosophe atypique, Patrice Loraux, qui se méfie d’une philosophie trop académique : Du bon usage de l’impasse dans la pensée

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                                René Guichardan, café philo d’Annemasse.
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                                René
                                Maître des clés

                                  Un mini compte rendu, pour la forme.


                                  « Pour être sûr, je doute de tout ».

                                  Blague ironique à propos de Descartes.

                                  La question touche à la philosophie de la connaissance, et par rapport à Descartes, à la métaphysique (science qui dépasse l’ordre des étendues (= ce qui est mesurable dans le temps et l’espace)

                                  De quoi le doute est-il le nom ?

                                  Selon que le doute  (le questionnement de ce qui est) porte sur :
                                  – soi et l’être pensant = problème existentielle de l’identité et la réalité du soi.
                                  – Sur autrui, sa femme, la société = problème du sens de la vie sociale, politique, du sens des civilisations.
                                  – Sur la philosophie de la connaissance et la science : que peut la raison ?
                                  ou encore sur le poids de l’économie, de la justice, de l’éducation etc. dans les choix politique, on ne pose pas la même question.

                                  Ces différentes manières de douter ne sont pas comparables entre elles par les manières de procéder, par les visées recherchées, par la possibilité d’obtenir des résultats, par la volonté qui anime le chercheur, etc.

                                  Descartes cherchait, au XVIème à fonder une science de la vie, au même titre que Galilée et Newton ont fondé une science physique : une science de la matière. D’où l’amorce du doute pour questionner l’ensemble de la philosophie jusqu’à lui. A la suite de quoi, il fonde une méthode, non plus pour douter, mais pour proposer une manière d’apprendre.

                                  Dans le débat, il semble que c’était plutôt les questions « existentielles » qui prenaient le pas sur les autres préoccupations : il s’agissait de ne pas être paralysé par le doute.

                                  Polémique sur la formulation : Je pense, je suis / je pense, donc je suis.
                                  Les deux formulations existent, Descartes le dit en deux façons :
                                  Dans les Méditations métaphysiques, il témoigne d’une lumière intuitive : quoi que je pense, je suis.
                                  Dans la Méthode, il résume sa méditation : je pense, donc je suis.
                                  Dans tous les cas, il s’agit pour Descartes d’asseoir des éléments certains d’une pensée métaphysique (claire et distincte), c’est-à-dire, qui dépasse les sens sur lesquels on ne peut se fonder, puisqu’ils sont trompeurs.

                                  Piège éventuel : douter de tout sans méthode, sans structure… et se perdre dans la forêt.

                                   

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